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De simples songes

 
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Wasite
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MessagePosté le: Sam 22 Juil 2017 - 21:52    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Petit avant propos : La nouvelle se décline en trois chapitres, en espérant qu'elle vous plaise.
Bonne lecture.

___________________________________________________________________________________________________________________
Chapitre 1

Des cris, partout des hurlements, dans les rues, les maisons ou dans le métro. Paris s’était transformé en un capharnaüm cauchemardesque. « Que c’est-il passé, maman ? » Me demande ma fille. Tout ce que je peux lui raconter est l’apparition des « Songes » comme je les ai appelés. C’était un jour sans particularité, un jour banal. J’attendais à Châtelet ma ligne lorsqu’un clochard à commencé à hurler puis à courir pour aller s’effondrer quelques mètres plus loin sous l’effet de l’alcool. Il interpellait les passants, qui l’ignoraient. Mon métro est arrivé et je l’ai pris. C’est en regardant par la fenêtre que je vu un militaire mettre en joue quelque chose d’invisible. Il tira et les balles ricochèrent dans tous les sens, touchant de nombreuses personnes. Une vitre proche de moi éclata et une vieille eu le crâne fracassé par une cartouche de FAMAS. Le véhicule avait déjà commencé à avancer et continua sa route à pleine vitesse. Les gens paniquèrent et coururent anarchiquement. Je me collai le plus possible sur une parois afin d’éviter tout mouvement de foule. Quelques personnes devinrent violentes et en agressèrent d’autres, la confusion était à son paroxysme. Bien sûr, il y avait certains qui immobilisèrent les fous et ramenèrent un semblant de calme. Jusqu’à qu’ils deviennent agressifs à leurs tours. La rame se transforma en un véritable champ de bataille où tout le monde se battait contre tout le monde. Je me suis accroupie, me faisant la plus discrète du monde. Le métro prit de plus en plus de vitesse. Les rapides coups d’œil par les carreaux me permirent de voir que la machine ne se stoppait pas aux stations et que ces dernières étaient dans le même état que le wagon. Avec des soldats armés jusqu’aux dents en plus… C’est à ce moment que j’entendis un bruit sourd de collision, on venait de percuter quelques choses. Je me cognai la tête contre une rambarde et perdis connaissance.       


       
En émergeant, la première chose que je vu fut un homme de solide constitution, couvert de sang, en train de forcer les portes avant. Partout autour, de moi, il n’y avait que des cadavres. Le sol était couvert de sang et de tripes. Ce spectacle m’a empêché de dormir pendant longtemps. Hagarde, je me suis levée et dirigé vers le type. C’était une sorte de loubard encapuchonné avec un sweat de marque et un jogging. Il tourna la tête vers et recula de quelques pas. « Recule, putain », je ne parvins pas à répondre, « je te dis de reculer, salope. Tu vas pas m’avoir, putain ». Tout en me fixant du regard, il ramassa un bout de barre de fer arraché de l’engin et me tint en respect. Il n’osait toutefois pas m’approcher. En effectuant de petit pas arrières, je me reculai, mais trébuchai sur un corps. Pendant que je me remettais sur mes pieds, il saisit l’occasion pour ouvrir les portes et s’enfuir de la rame. Quelques minutes après, je lui emboîtai le pas. Au moment de sortir, je sentis une odeur d’eau de Cologne bon marché et de tabac froid. Les larmes envahirent mes yeux, mais je repris vite le contrôle de la situation.       

       
Il n’y avait pas de lumière dans le souterrain, je m’éclairais à la lumière de mon portable. Les seuls sons perceptibles étaient ceux d’une lointaine fusillade et de la course du jeune homme de tout à l’heure. Il s’arrêta brusquement et hurla des mots que je ne comprenais pas, à cause de la distance. Il poussa de longs cris qui s’éloignaient de plus en plus, comme si le garçon était traîné. Je me stoppai naturellement et songeai à faire demi-tour. C’était malheureusement impossible, car le tunnel était bouché par le métro accidenté, et le bruit de fusillade venait de l’autre côté. J’ai attendu un peu de temps et me suis avancé prudemment. Tout était silencieux. En m’avançant, je remarquai que le chemin était souillé par une petite flaque de sang. En son centre, il y avait un doigt coupé. D’abord horrifiée, je notai vite que la coupure n’était pas net. Il y avait des traces de dents humaines. La flaque était complétée par une petite traînée de sang longue de plusieurs mètres et bifurquant sur une porte réservée à la maintenance. Le plus affreux était les ongles incrustés dans le sol sur le chemin. Je me détournai de l’entrée et continuai ma route, la mort dans l’âme. À mesure que je récupérais toute ma tête, j’étais de plus en plus anxieuse pour ma fille. J’espérais qu’elle eu le réflexe de se cacher, bien qu’elle n’est que 8 ans. Mon unique objectif était de foncer à son école pour la sauver et ensuite quitter la ville. Des douleurs violentes sur mon bras me sortirent de mes pensées. Je regardai et vu que mes anciennes cicatrices, c’était rouverte. Elles brûlaient, à la manière de la date où je l'ai reçu. Cela ne m’empêcha pas de continuer ma route.       

       
L’odeur d’eau de Cologne et de tabac empestait de tous les côtés. Je fis mon possible pour me ressaisir, pour ne pas céder à la panique. Et là, des bruits de pas derrière moi. Je tournai la lampe torche de mon téléphone vers cette direction. Il était là, lui, j’aurais pu reconnaître cette silhouette entre mille. Sa veste, son chapeau melon, cette démarche nerveuse et peu assuré… Tranquillement, il s’avançait en fredonnant sa chanson favorite. Lie lie lie de Serj Takian.       
« My baby, my baby,/ let me know because you love me,/ you love me/ Let me go »       
Il m’était impossible de bouger, cela ne pouvait être qu’un délire post traumatique.       
« And you're my lover, you pay me/ Twice my size/ And on your knees you lay/ In my thighs ».       
Cette voix rocailleuse et chargée de colère était bien la sienne. De toutes mes forces, j'ai lutté contre ma tétanie. Il était presque à porté de moi, je pouvais discerner sa barbe mal entretenue, ses joues creuses, et même ses yeux dilatés. Il tendit ses bras, comme s’il voulait une accolade.       
« Take my hand and lets end it all/ She broke her little bones/On the boulders below/ Take my hand and lets end it all ».       
J’ai couru, je ne l’ai jamais fait aussi vite. Je ne sentais même pas le brasier dans ma poitrine, ni les écorchures dû aux multiples chutes d’une fuite effrénée dans le noir le plus total.       

       
C’est essoufflée que j'ai grimpé sur une station déserte. Impossible de me souvenir laquelle. Seules les lumières des issues de secours éclairaient la pièce. J’entendais des gémissements venant des recoins. Le sol était irrégulier, meuble et humide. Il ne fallait pas regarder, je ne pouvais me permettre un traumatisme supplémentaire. Je pris la première sortie pour regagner la surface. Le soleil était déclinant, une fin d’après-midi probablement, et les rues désertes. Chose impensable à Paris. Je tentai d’appeler la police, les pompiers, l’école, et même le service client, mais personne ne décrocha. Je me repérai à l’aide de mon portable ; bordel, j’étais sacrement loin de ma fille. Je tentai de forcer les voitures à proximité sans succès, j’avais perdu la main. Il fallait donc continuer à pied. Au bout d’un certain temps, je vis une voiture arrivé et se garer brusquement près d’un centre commercial. Un homme craintif en sortie et s’engouffra dans le magasin, faisant fi de mes interjections. Encore endolorie par mes blessures, je mis une bonne dizaine de minutes avant de pénétrer, à mon tour, le lieu.       

       
L’endroit avait visiblement été pillé, mais au moins l’électricité fonctionnait encore. Je cherchais le type, mais il avait comme disparu. Jusqu’à que je remarque un cadis aux trois-quarts remplis devant l’entrée réservée au personnel. Elle n’était pas verrouillée. L’homme était bien là, ligoté sur une chaise au centre, nu avec ses vêtements éparpillés autour de lui. Sa mâchoire était déboîtée, comme si l’on avait enfoncé un énorme tuyau dans sa gorge. Il voulut parler, cependant aucun son ne sortit de sa bouche. Après un rapide tour visuel de la pièce, je me précipitai pour le détacher tout en lui demandant son nom.       
« Tu sais pourquoi le petit Timmy est riche ? » La voix aiguë et criarde venait de nul part. Je me mis sur mes gardes, guettant le moindre mouvement.       
« Car le silence est d’or, ahahahah ».       
Un visage, ridiculement petit, sorti d’un recoin sombre, un visage blanc avec un gros nez rouge et un sourire peint jusqu’aux oreilles. « Je suis triste, tu sais, car je n’ai pas réussi à faire de la corde à sauter. En même temps, la mienne est trop petite. Regarde ». Dit il en me lançant un étrange os triangulaire entouré de chair.        
« Oh la la, à part parler, elle ne sert vraiment à rien ! Ahahahah ».       
C’est alors que le clown s’avança. Le reste de son corps était ignoble. Des jambes minuscules avec des pieds immenses, un ventre proéminent. De telles sortes, qu’il devenait plus large que haut. Ses bras étaient de longueur inégale. Il y en avait un qui traînait sur le sol et l’autre qui dépassait à peine les épaules. Le premier avait des doigts microscopique et le second, de très longs appendices. Ses vêtements étaient multicolores, exactement ceux d’un clown classique.       

       
Il sortie un gigantesque marteau de sa manche et fit quelques pas vers moi.       
« Tu n’es pas invitée à notre petite sauterie. Vas t’en ! ». La chose était visiblement en colère et continuait à s’avancer à mesure que je reculais.       
« T’es quoi ? » Parvins-je à bredouiller en réponse.       
Il fut apparemment ravi de ma réponse. Tout en effectuant une petite danse sur lui même, le monstre prit une voix exagérément grave de conteur.       
« Le petit Timmy avait 5 ans, ses parents qui l’aimait beaucoup lui ont organisé une super fête d’anniversaire. Mais, le petit Timmy n’a pas aimé le clou du spectacle : le brave Bizzaro le rigolo. C’était un super clown pourtant ! Il faisait pleins de supers tours. Malheureusement, Timmy a eu une trouille bleu et n’a pas arrêté de hurler. Pendant des semaines, il en a fait des cauchemars. Depuis ce jour, il a peur des clowns, de MOI. ». Sur le dernier mot, son cou s’allongea pour venir à quelques millimètres de mon visage. De panique, je tombai en arrière.       
« Tu... Tu es Bizzaro c’est ça ? Tu veux te venger d’un gamin ? ». Je dus faire un effort surhumain pour réussir à prononcer ces quelques mots. Il s’esclaffa de rire, puis me regarda d’un air soudainement sérieux et grave.       
« Non, je suis sa peur. Je suis tel qu’il voit les clowns. C’est pour lui que je suis là. Toi, tu n’es pas à moi. Autre chose viendra pour toi. Mais, si tu nous empêches de nous amuser… Je vais devoir te punir, sévèrement. ».       
Comme s'il était monté sur ressort, le corps rejoignit en un instant la tête. Tout en riant, il leva le marteau au-dessus de mon visage. Les yeux dégoulinants de folie meurtrière.       

       
Soudainement, des bras serrèrent le cou du monstre. Le type comateux tentait de maîtriser sa peur. Je me leva rapidement pour attraper le marteau. Je réussis, mais je me fis repousser d’un violent coup de pied, ce qui fit lâcher ma prise. Je retombai plus loin. L’homme réussi à repousser le clown et profita de ce gain de temps pour ramasser l’arme.       
Ce dernier nous regarda avec amusement et, en mimant de la difficulté, sorti une tronçonneuse en marche de ses manches.       
« Timmy, tu ne veux plus jouer avec moi ? Le spectacle n’est pourtant pas terminé ». Ricana l’abomination tout en se dirigeant lentement vers l’homme chancelant.       
L’homme me regarda, je vis la résignation et également de la détermination, il avançait sans peur. Arrivée face à face, la chose baissa son arme et le type frappa avec vigueur le ridicule visage du clown qui disparut. L’inconnu tomba presque immédiatement en vomissant du sang. Je courus pour l’aider, c’était malheureusement vain.       

       
Je ne m’attardai pas et pris les clefs de voiture à l’intérieur du pantalon du défunt. Puis, le véhicule en direction de l’école de ma fille. Sur la route, je croisai des pillards, des gens en état de choc, mais surtout des enfants. Il y avait beaucoup d’enfants. C’était comme si les gamins n’étaient pas affectés. Je n’en suis pas fière, mais je ne me suis pas arrêtée. Je n’ai aidé personne sur la route. Avec le recul, je vous avoue ne pas regretter mon choix. La vie de ma fille passait et passe avant tout.       

       
La radio s’est soudainement allumée, sur la route, et une musique passait en boucle. Lie lie lie… J’avais peur, j’étais terrorisée. J’ai tout de même atteint sans encombre l’école. Je voulus ouvrir les portes, mais elles se verrouillèrent ; puis vint l’odeur d’eau de Cologne bon marché et de tabac froid.       
« My baby, my baby,/ let me know because you love me,/ you love me/ Let me go ». Sa voix me glaça le sang, une affreuse sensation me parcourut l’échine et mon cerveau cessa momentanément. Il était là, sur le siège passager, fumant une cigarette.       
« Tu m’as manqué, tu sais » Dit-il, d’une voix d’outre-tombe. Je ne sus pas lui répondre.       
« Je sais pourquoi tu m’as tué, je le sais... »       
« Par ce que tu... » Ai-je tentée d’intercéder       
« Par ce que tu es une catin avide de fric ! Voilà pourquoi ! Tu m’as éliminé, tu as pris mon pognon et tu es parti. C’est tout ce qu’il y a dire. » Il hurlait, à présent. J’étais encore plus terrifiée, mais cette peur encouragea ma réponse colérique.       
« Sale enfoirée, tu as écrasé tes clopes sur mon bras, tu m’as défoncé la gueule et braqué avec mon flingue. Tout ça par ce que je suis tombée enceinte de quelqu’un d’autre que toi. Tu méritais de crever ! ».       
« Vraiment, tu ne m’as jamais ouvert le bide avec un tesson de bouteille ? Tu ne m’as jamais frappé avec un barreau de chaise ? Et enfin, tu n’as pas empoisonné en douce ma bière… ? ». Sa réponse fut calme, posée. À la limite du mélodieux       
« J’ai fait ce que j’avais à faire ». Mon ton était sec, un brin de remords ; refoulé rapidement.       
« Tu voulais ma part du casse. Ne te fais pas passer pour une victime, tu as toujours été la plus violente de nous deux. Tout ça pour élever un chiard qui n’est même pas de moi ». On sentait une rage bouillonnante en lui.       
« Il me fallait de l’argent pour lui offrir une vie décente, et tu ne m’aurais traqué pour récupérer ton foutu fric ». Mon timbre était redescendu, je murmurais presque à présent.       
« Je vais te crever lentement, salope ! » Il était littéralement devenu fou, je sentais une myriade de postillons m’éclabousser le visage.       
Je le regardai dans les yeux. « Va te faire foutre ».       

       
Il se rua sur moi, plaqua ma tête contre la vitre puis la fracassa contre celle-ci en empoignant mes cheveux. Complètement sonné, il me frappa violemment le visage sans s’arrêter. Bien que sentant la douleur des impacts, je ne pensais qu’à une chose : Est ce que ma fille va bien ? Est elle en sécurité ? Ce porc m’empêche de la rejoindre… C’est à ce moment que je me rendis compte que ses coups étaient de moins en moins forts. Je n’avais plus peur de lui, cet enfoiré n’était qu’un contretemps. J’ouvris mes yeux endoloris, et je vu un enragé tentant désespérément de me faire mal, sans succès. Je le repoussai d’un geste de la main et me relevai. On pouvait le voir hurler, essayer de m’agripper… Sa voix était imperceptible et sa poigne, celle d’un nourrisson.       
Sans un regard, j’ouvris les portes et sorti. Ce fut la dernière fois que je vu mon Songe, je l’avais vaincu pour de bons.       

       
L’école semblait déserte. Dans le vestibule, je remarquai une immense toile d’araignée ou gisais un cadavre à semi-dévoré en son centre. Plus loin, à l’intersection d’un couloir, un corps statufié… La plupart du personnel connu un tragique destin. Au fur et à mesure que je progressais au sein du bâtiment, des enfants en bas âge sortaient pour se réfugier auprès de moi. Je demandai aux plus bravaches de réunir leurs camarades, ce qu’ils firent promptement. Je tachais de les rassurer en leur expliquant qu’il fallait partir et que leurs parents les rejoindraient plus tard. Un mensonge, mais je n’avais ni la force ni le temps d’expliquer la situation et de gérer réactions qu’elle susciterait. Lorsque les gamins revinrent avec les timides, je vu avec soulagement que mon enfant était parmi eux. Elle sauta dans mes bras, aussi soulagée l’une que l’autre.       
Un chapitre de notre vie s’est ainsi fermé. Nous devions maintenant survivre dans une ville fantôme. Je dois m’occuper de tous ces enfants. Comment vais-je réussir tout cela ?  

______________________________________________________________________________________________________________________________________
Chapitre 2    

    
Nous avons essayé de quitter la ville, de nombreuses fois. C’était malheureusement impossible, plus je m’approchais des limites, moins je voulais partir. Une étrange sensation me forçait à rester, toute volonté de fuite quittait mon esprit. Ma fille, les enfants et moi sommes donc restés, pillant les magasins pour nous nourrir. Les enfants n’étaient pas affectés par les songes ni par l’emprisonnement, cependant, je ne connaissais pas l’état du monde extérieur et ne pouvais me résoudre à les laisser seuls dans l’inconnu. Peut-être, avais-je peur de la solitude et me mentais à moi-même. Bref, nous avons apprit à vivre dans une gigantesque ville quasi-morte. Il y a bien des survivants, des personnes ayant réussi à vaincre leurs songes, mais l’expérience a rendu fou la plupart. L’absence de loi a également libéré les plus bas instincts des gens. J’ai donc pris la décision de les éviter le plus possible. De toute façon, les sains d’esprit m’imiteront et il ne reste que les malades pour tenter de nous approcher.    
Durant les premiers mois, la France et différents autres pays ont envoyés des expéditions militaires. Nous avons vu arrivés des soldats, des jeeps et parfois des tanks. Le résultat était à chaque fois similaire, ils pénétraient la ville puis finissaient par s’entre-tuer ou assassinés par leurs peurs. Au fur et à mesure du temps, les tentatives cessèrent progressivement. Je pense que les gouvernements ont mis Paris en quarantaine et nous regardent via des satellites. Mais bon, ce ne sont que des suppositions. Parfois, je me demande comment la province a réagit à la destruction de Paris, ce que les gens pensent, ce qu’est devenu le pays… La réalité du quotidien reprend vite le dessus. Principalement, la quête de nourriture enfaîte.    

    
Nous nous sommes installés dans un hôtel, un lieu assez discret où j’essaye de garder un semblant de vie normale. Je fais la classe tous les jours, bien que cela ne soit pas très probant, et nourrit tant bien que mal tout le monde. Je précise que je n’ai jamais favorisé ma fille, j’ai toujours été juste. Cela reste spartiate. Ce que certains n’ont pas supportés ; sur la vingtaine d’enfants recueillis, il n’en reste qu’une petite quinzaine. Nous n’avons jamais revu les fugueurs. La collecte est faite à bord d’une camionnette et accompagnée de deux des plus costauds pour m’aider à fouiller les magasins. Le problème étant qu’il faut s’aventurer de plus en plus loin pour trouver de la nourriture, ce qui accentue les risques et me force à laisser les gamins seuls une grande partie de la journée. Cela allait mal tourner, c’était évident.    

    
Tim, Francis et moi avions mis en temps infini pour trouver un supermarché encore vierge. Il y avait un problème, c’était trop beau. Les environs avaient clairement été visités : voitures forcées, vitrines brisées, devantures des échoppes vides… Pourquoi pas celui-ci ? J’ai demandé à mes deux compagnons de m’attendre dans le véhicule. Et, lampe troche en main, je pénétrai le bâtiment. Avant de l’allumer, j’ai guetté le moindre bruit suspect : rien, à part quelques grattements. Je les mis sur le compte de rats. Pas très rassurée, je commençai néanmoins la fouille lorsque le faisceau s’arrêta sur une forme étrange, entre deux rayons. Une boule assez imposante, le noir rendait une identification précise impossible, puis je vu qu’elle bougeait et grattait par terre. Je compris ce que c’était. Doucement, je fis quelques pas en arrière, mais c’était trop tard. La boule se redressa. C’était un colosse de deux mètres, sûrement un ancien employé au vu de son uniforme. En plus d’une taille impressionnante, il était particulièrement musclé, une sorte de taureau humain. Son visage lacéré était figé, comme coulé dans de la cire. On y distinguait clairement une expression de terreur et d’horreur. C’était un « Rêveur ». Il se dirigea lentement vers moi, je courus en direction de la sortie. Quelques secondes plus tard, une force titanesque me percuta et je perdis connaissance en m’écrasant sur le carrelage. Je me suis réveillée au même endroit, avec une formidable douleur aux os. Le géant était là, en boule et grattant le sol. À côté de lui, gisaient Tim et Francis, écrasés sur le sol. Je me suis retenu de pleurer, c’était de ma faute, mais je ne pouvais pas craquer. Ma fille et les autres enfants dépendaient de moi.    

    
Toujours étendu sur le sol, je réfléchissais à une solution. Ces choses, les Rêveurs, sont des personnes laissées presque vivantes par leurs songes. Ils perdent toute humanité et deviennent des sortes d’automates au comportement répétitif et prévisible. Ils n’ont ni besoin de manger, ni de dormir ou de déféquer. Des robots à jamais terrifiés... Tous ne sont pas violents, par contre ceux qui le sont font preuve d’une grande sauvagerie. L’unique chose qui perdure de leur ancienne vie est une expression de terreur perpétuelle. Pour m’en sortir, il faut juste comprendre ses mécaniques. Pourquoi il m’a laissée vivante et pourquoi il m’a agressée. Je me relevai doucement puis l’un de mes os craqua. Le monstre se tourna immédiatement et me fixa. Je fis un léger geste, il se leva. Je compris donc son fonctionnement. J’ai simplement attendu qu’il se reprenne sa position pour de nouveaux bouger. Ce fut une espèce de partie de 1.2.3 soleil infernal. Je réussis à m’en sortir et à regagner la camionnette. La nuit était déjà bien avancée. À peine au volant, j’éclatai en sanglots.    

    
Je n’ai pu rapporter que quelques friandises à mes protégés, pris dans un distributeur sur le chemin. Il était tard et tout le monde dormait lorsque je suis rentré à l’hôtel. Il n’y avait que Mickaël, notre Rêveur à nous. Comme d’habitude, il était au comptoir à écrire avec son crayon imaginaire sur une feuille imaginaire. Mickaël était notre mascotte en quelque sorte et mon confident aussi. Le genre de type qui ne te coupe pas et t’écoute toujours jusqu’au bout. Évidemment, je lui ai mis un masque amusant de Winnie l’ourson pour ne pas que les gamins soient effrayés. Je ne crois pas que ça le dérange. Je me suis assise à côté de lui, lui racontant ma sale journée. « Je suis fatiguée, j’aurais vraiment besoin de vacances… J’ai tellement merdé, Mickaël, j’ai tellement merdé... ». J’arrêtai brusquement ma complainte quand j’entendis un hélicoptère et des voix à l’extérieur. Des gens hurlaient avec un mégaphone. Je me mis à la fenêtre pour observer subrepticement la scène.    

    
Trois jeunes gens portant des masques à gaz, avec le symbole de la croix rouge dans le dos. Ils venaient de se poser avec leur hélico dans une rue dégagée. « Nous sommes ici pour vous aider, nous sommes les secours ». Ils progressèrent dans la rue et se rapprochèrent dangereusement de l’hôtel. « Si vous nous entendez, nous avons un moyen de transport ». Ils me dépassèrent sans me remarquer, immense soulagement. Je montai rapidement à l’étage afin de suivre leur avancé. « Nous voulons vous aider... ». Je remarquai des signes de nervosité dans le petit groupe, pauvres d’eux… Puis, ils virent Scrouge. Un Rêveur attendant à un arrêt de bus et devenant agressif si l’on s’approche trop de lui. Les enfants l’ont appelé ainsi, car ils le considèrent comme le papy grincheux du quartier. « Monsieur, monsieur, nous sommes de la croix Rouge. Est ce que vous allez bien ? » S’époumona une voix féminine, toujours avec le mégaphone. J’étais trop loin pour entendre le reste de la scène, je pus seulement voir Scrouge massacrer la jeune femme puis être maîtrisé par ses deux comparses. Ils tirèrent leur amie loin de là, puis ce fut aux songes d’arriver… J’ai préféré aller me coucher avant de voir la boucherie.    

    
Avant de me coucher, j’ai été embrassée ma fille. Elle dormait comme un bébé, la voir paisible est un soulagement. Elle ouvrit les yeux :    
« Salut, maman ». Me dit-elle, encore à demi-endormie.    
« Coucou, ma puce ».    
« Tout c’est bien passé ? ». Me demanda t-elle    
« Je t’expliquerai ça demain, en attendant dors s’il te plaît ». Je ne voulais pas lui gâcher sa nuit, elle serait suffisamment triste demain.    
« Tim et Francis ne sont pas revenus, c’est ça ? Comme Léo ? ». Son regard était humide, mais je ne voulais pas lui mentir. Je ne répondis pas.    
« Ce n'est pas de ta faute, je sais que tu fais ce que tu peux... ». Elle me sourit, même si je sentais qu’il était forcé.    
« Malheureusement, ce n’est pas toujours assez. Je te promets que ça n’arrivera plus ». En effet, j’avais pris la décision de partir seule à présent.    
« Je t’aime maman ».    
« Je t’aime, ma puce ».     
En quittant la pièce, je l'ai entendu pleurer contre son oreiller.    

    
Je me suis écroulée sur mon lit, assommée par la fatigue. J’ai émergé tôt le matin afin de trouver un déjeuner aux petits, ils en auront bien besoin pour surmonter la terrible nouvelle. Je réussis à trouver mon bonheur au sein d’une petite épicerie. Un véritable coup de chance : il y avait pas mal de réserve et de quoi vivre une ou deux semaines en rationnant. Enfin, le rationnement commencerait à partir de demain. Aujourd’hui, je vais lâcher un peu de leste. J’ai chargé le tout dans une camionnette. On était en fin de matinée lorsque je pris la direction de chez-moi. Arrivant sur place, je me suis garée devant les portes. C’était étrange, l’hélicoptère avait disparu puis un vent de panique me secoua, la porte était défoncée. Je rentrai en trombe dans le bâtiment en hurlant chaque nom de chaque enfants, hurlant le nom du mien. Il n’y eu aucune réponse. L’endroit avait été retourné de fond en comble, les maigres réserves : pillées… Je repris espoir quand je me rendis compte qu’il n’y avait pas de cadavres non plus. C’était un enlèvement ! Il fallait que s’en soit un… Je glissai un couteau de la cuisine dans ma botte et parti sauvé mes protégés.    

    
Pendant des semaines, j’ai remué le moindre coin de cette putain de ville fantôme : interrogeant tout les survivants, pistant tout les véhicules, examinant tout les bâtiments pouvant accueillir autant d’enfants… Malheureusement, les très rares rescapés n’étaient plus que des ombres d’être humain. Des fous solitaires, de petits groupes paranoïaques ou même des sauvages… Durant cette période, de nombreuses choses m’arrivèrent, mais ce n’est pas le sujet. Peut-être, le raconterai-je un jour. Quoique qu’il en soit, c’est plus de trois mois après l’enlèvement que j’ai trouvé mes premières pistes. C’était dans un immeuble, le dernier appartement du dernier étage du bâtiment. Je fus étonné de trouver de l’électricité fonctionnelle. Probablement grâce à un panneau solaire ou à une éolienne, quelque chose comme cela. L’habitation était très grande, plusieurs chambres, un grand salon. Un 80m2 au minimum. Une odeur épouvantable empestait le lieu, une odeur de pourriture infâme. Elle venait de la chambre du fond. Je m’y rendis et vu un homme étendu sur son lit, une boite d’antidépresseur vide et une bouteille de vodka à côté de lui. Le soleil éclairant la pièce avait accéléré la putréfaction du corps et les insectes se repassaient déjà de sa chair morte. En fouillant l’endroit, je trouvai rapidement une caméra à l’aspect usée.    
L’homme tenait une sorte de journal intime et des moment de vie avec quatre enfants. Il y a décrit avec fierté comment il a vaincu son songe. Une masse grouillante de vers voulant le dévorer. Je souris à l’ironie de la situation. Plus les vlogs (si je puis dire) avançaient dans le temps, plus le ton s’assombrit. Les enfants étaient de moins en moins bien portant. Il confiait sa difficulté à trouver de la nourriture, sa peur des autres survivants, des rêveurs et l’approche de la puberté de l’aîné. L’ambiance au sein de la famille était extrêmement glaciale, presque explosive au fil du temps. Les conflits étaient réguliers et les maladies, courantes. Puis, il rapporta une crainte ramené de son expédition quotidienne. Le père était avec son fils en quête de vivres lorsqu’ils remarquèrent un groupe de gens en treillis armés fouiller un supermarché. Les deux se firent remarquer puis poursuivre par les militaires. L’homme fut blessé à la jambe, mais ils parvinrent tout de même à s’enfuir. Le type était visiblement désespéré, car sa blessure l’empêchait de sortir et son fils devait prendre le relais. Ce dernier tentait alors constamment de prendre l’ascendant sur son paternel. La nourriture se fit de plus en plus rare. Les enfants, de plus en plus faible. Puis, vint un jour, ou le fils revint de son expédition quotidienne avec autre chose que des conserves. Le commando était avec lui et s’empara des gamins. L’homme essaya par tous les moyens de protéger ses progénitures, sans succès. Il se retrouva seul, pleurant son impuissance. L’ultime entrée est lui, avec de la vodka et des médicaments, offrant une dernière confession à son très improbable public.    

    
Il était donc probable que ces types soient les mêmes ravisseurs que ceux de ma fille. Qui plus est, c’était possible qu’ils opèrent dans ce coin ou non loin d’ici. Il fallait que j’inspecte en détail cet arrondissement. Ce que je fis méthodiquement. Cependant, ce fut non pas dans le coin, mais dans un quartier adjacent que j’atteins mon but. Devant un immense magasin, sur une place dégagée, je vis l’hélicoptère. Ce dernier était laissée seul, mais partiellement remplit avec des stocks de nourritures, vêtements et autres produits de nécessités.    

    
Je me suis infiltrée par une porte réservée au personnel, prête à bondir au moindre mouvement. Le lieu était très sombre et des bruits de gémissements brisaient le silence. Je me rapprochai d’un immense atrium, éclairé par un toit en verre en son centre. Celui-ci était parsemé d’une étrange toile d’araignée. Dans chaque endroit sombre, la toile s’était répandue si bien que tout passage était impossible sans couper. Le plus perturbant était que le tissu n’était pas fait de soie, mais de tendon et de chair. Elle suintait de sang et soutenait des cadavres à demi dévorés. Un songe éveillé. Ce n’est pas la première fois que j’en voyais un. Je ne sais pas pourquoi, les songes arrivent parfois à s’émanciper de leurs proies après les avoir tuées. Je n’ai pas besoin d’expliquer à quel point ils sont dangereux. J’observai la scène et vu des hommes en habits militaire empêtrés, emprisonnés dans des cocons de peaux et de pus. Je restai à bonne distance de la scène, contournant discrètement le centre afin d’atteindre ce que j’identifiais comme un débarras. Les cris et hurlements des victimes me permettaient d’éviter de me faire repérer en masquant le bruit de mes pas. Dans ce qui fut une boutique de chaussure, il y avait des sortes de grandes caisses faites en nerfs, en os et relié par de la chair tendue. À l’intérieur, elles contenaient une immense quantité d’affaires appartenant aux victimes, très certainement. Pendant que je cherchais des armes, je vis la bête immonde. D’un angle sombre près du sommet, elle surgit. Une araignée immense de plus de deux mètres ; une araignée croisée avec un humain. Ses pattes étaient immenses et son corps rabougris. Enfin, pas vraiment un corps, mais une immense tête parodiant un cinquantenaire. Des bajoues énormes, un nez minuscule, une petite barbe et des yeux complètement proéminent cernés de lunettes ronde à gros carreaux incrustées dans la chair. Les huit pattes étaient des jambes extrêmement poilues. L’extrémité était faite de mains griffues colossales complètement disproportionnées en comparaison du reste de la créature. Elle s’approcha tranquillement d’un soldat terrifié et à l’aide de ses griffes, l’écorcha délicatement afin de manger sa peau. On aurait dit une sorte d’apéritif abominable. Je profitai des hurlements pour chercher le plus vite possible une arme, et bingo, un kalachnikov chargé. Heureusement, que ce n’était pas la première fois que j’en tenais une.    
Le monstre, après avoir goulûment consommé la moitié de l’épiderme, s’arrêta. Elle ouvrit la bouche et vomit une quantité astronomique de sang, et simultanément à l’aide de ses pattes, sorties des tendons et des nerfs du liquide qu’elle tissa pour embaumer le pauvre gars. Je me cachai derrière un présentoir, ajustai ma cible et retins ma respiration. Mes trois balles firent mouche. Les mains lâchèrent leurs prises et l’immondice tomba au sol. Visiblement surprise et paniquée, elle se précipita sur sa toile avec une agilité extraordinaire. Bien que je me soit caché, elle me repéra. En un instant, elle me cracha du sang en ébullition tout en se déplaçant afin de se rapprocher de moi. Retranchée derrière mon abri plutôt long, je me décalai de quelques mètres. Je savais qu’elle n’avait pas remarqué, car le liquide continuait d’affluer, commençant à faire fondre le bois. Du bout de ma cachette, je me préparai, refis les gestes d’usage puis me relevai la nouvelle salve eue le même succès, bien que la chose soit en mouvement. Le cri qui retentit fut ignoble et profondément dérangeant. Elle se précipita vers le sommet de sa toile et sauta à travers la vitre. Je la perdis de vu, je savais cependant, qu’elle ne reviendrait pas de sitôt. Pas avant de s’être remise de ses blessures.    

    
Je me suis approchée d’un des soldats encore conscient. C’était un jeune, même pas vingt ans.    
« Merci, merci, sauvez moi. Je vous en supplie ! » Me supplia-t-il.    
« Où est votre base » Mon ton était sec, cassant.    
« Je… Quoi ? Je ne peux pas vous le dire. Je vous en prie... » Il y avait de l’incompréhension de ses yeux, puis un éclair de lucidité.    
« Je ne me répéterai pas, parle ou crève ».    
« Je parle et vous me libérez, d’accord ? » Ce petit con veut négocier avec moi ? Quel culot !    
« PARLE, PETITE MERDE », ma colère était non feinte. Je sorti mon couteau, j’allais être moins gentille si ce connard ne répondait pas. Il déglutit quand il vit cela.    
« Nous sommes dans une ancienne usine reconvertis, au sud de cette position. Vous suivez la route et vous devriez voir une colonne de fumée, c’est là. Détachez-moi, pitié, je n’ai jamais approuvé les raids... ».    
Je lui ai tiré une balle dans la tête. C’est la seule sortie que je pouvais et voulais me permettre. Aucune de ces ordures n’allaient s’en tirer impunément. 

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Chapitre 3


Le jeune homme n’avait pas menti, ils étaient bien dans cette veille usine reconvertit. Du haut d’un immeuble, je les observais avec mes jumelles. Le bâtiment disposait de deux entrées : une pour ce qui fut l’accueil et l’autre de service. L’ensemble était grillagé et gardé. Il y avait plus ou moins une dizaine de personnes armées gardant constamment les lieux. Les trois miradors de fortunes disposés autours contenaient un garde à chaque heures du jour et de la nuit. Cependant, la défense était loin d’être optimale, mais n’était pas inefficace pour autant. S’infiltrer était faisable, cependant cela comportait de gros risques. De plus, ceci n’était que le moindre des soucis. Non, le véritable problème serait d’évacuer la cinquantaine d’enfants emprisonnés sans se faire repérer. J’avais beau me figurer tout les scénarios possible, imaginer diverses solutions, aucun ne me semblaient crédibles ou réalisables. Je devais me débarrasser des gardiens. 
Comment réussir cela ? Pour le moment, je n’en avais aucune idée. Il faudra que je montre patiente et que je récolte toujours plus d’informations sur ces soldats. Au vu de leur comportement et de leurs manières, ce n’était probablement pas de vrais professionnels. Je pouvais me servir de cette inexpérience. 

 
L’attente est quelque chose d’atroce, les journées à observer les allers-retours de ces monstres… Voir des enfants amenés de force dans ce sinistre endroit. Voir l’indifférence des bourreaux devant les pleurs. Voir ces mêmes êtres rire, jouer au foot ou aux cartes… Toutes les nuits, je rêvais de nouvelles méthodes pour les faire payer. Mais ce n’était pas ça le pire, c’était d’être la spectatrice impuissante de l’asservissement des gamins, de ma fille… Ils travaillaient tous les jours dans un vaste champ dégagé derrière l’usine. De l’après-midi au soir, ils remuaient la terre et mettaient en culture différentes pousses. Les réticents étaient battu violemment par les gardes. Les enfants trop faible ou trop peu performants au champ servaient au ménage ou à la cuisine. Les gardes avaient un rite étrange le matin, ils réunissaient les petits dehors les beaux jours et à l’intérieur les jours de pluie. Ils était tous assis devant un homme accompagné d’un paper-board. Je me suis rendu compte que ce type leur faisait la classe. Je n’expliquais pas pourquoi ces ordures s’embarrassaient à instruire ceux qu’ils considéraient comme des esclaves. 
Les pré-adolescents avaient droit à un traitement différent. Ils partaient parfois avec les adultes et devaient suivre une sorte d’entraînement. Apprentissage du combat au corps-à-corps et aux armes à feu. Apprentissage d’une discipline de fer. Régulièrement, un gardien les enfermait dans une boite exposé au soleil ou les humiliait publiquement. Il était interdit de se plaindre ou de détourner les yeux lors des sévices, sous peine de dégradations supplémentaires. Pendant ce temps, un type clamait avec un mégaphone les vertus du courage et de l’abnégation. 

 
Une nuit, tard, je vis sortir de l’usine un des soldats. Il était habillé différemment de l’accoutumer : il portait un costume, une cravate et aucune arme. Suivit de quatre gardes, il prit par la main le plus âgé des gamins qui l’attendait dans la cour. Les autres soldats présent firent une haie d’honneur au cortège jusqu’à la sortie. Ils hurlaient un nom : « HENRI, HENRI, HENRI… ». L’adolescent, bien que semblant terrifié, bombait le torse avec fierté. Le groupe marcha lentement le long de la rue pendant plusieurs dizaines de minutes. Furtivement, j’espionnais leurs déplacements. Ils arrivèrent dans un ancien musée éclairé à la seule lumière de leurs lampes. Je réussis à rentrer sans me faire repérer et observai la scène depuis un recoin sombre. C’était un vaste hall et Henri s’était positionné en son centre, accompagné de l’homme. Le reste de la troupe était située sur des passerelles entourant l’immense pièce. Cela dura pendant près de cinq heures, où le type injectait je-ne-sais-quoi au gamin, à intervalles réguliers. Puis, un bruit retentit des ténèbres. Celui que je suppose être le chef le prit par les épaules et lui murmura quelque chose à l’oreille, avant de se placer devant l’unique sortie. 
Le bruit se fit de plus en plus fort. Sorte de pas mêlés de petit couinement porcin. Cela semblait venir de loin, de très loin, mais se rapprochant petit à petit. À mesure que le songe approchait, la confiance de l'adolescent diminuait. Ses jambes commençaient à trembler, firent de petit en arrière. Les hommes ne cessèrent de l’encourager et de l’acclamer. Malgré cela, Henri ne semblait pas plus rassuré. Un couinement retentit, fort, comme s’il n’était qu’à quelques mètres. L’enfant tenta de prendre la fuite. L’autre le retint puis le repoussa vers le hall, faisant fis des supplications. Il hurlait aux adultes de l’aider, qui restèrent stoïque. L’acclamant toujours. Un autre couinement couvrit totalement le brouhaha. Nous nous sommes tous couvert les tympans. Et, dans un relatif silence, apparu le songe. C’était un homme exagérément obèse de plus de deux mètres. Son visage était caché par une tête de cochon. Une tête qui semblait être celle d’un véritable cochon. Le cauchemar était nu, et agitait un couteau de boucher. Mais, ce n’était pas le plus perturbant. Il était coupé en deux verticalement. Les parties reliées entre elles par ses tripes ainsi que ses viscères tendus et dégoulinante de graisse. Je ne pouvais pas l’aider, personne ne peut vaincre le songe de quelqu’un d’autre. Pas tant que ce dernier n’est pas émancipé, en tout cas. 
Il s’approchait vite d’Henri, poussant une série de grognement rapide et nerveux. On sentait une grande jouissance dans ses éructations. Il voulait le gosse, il le voulait à tout prix. Ce dernier reprit immédiatement la fuite. Et encore une fois, il fut arrêté. « Isaac, sauve moi ! Il va me faire du mal ! ». Supplia le pauvre garçon. Isaac ferma les yeux tout le tenant fermement, et se pencha. « Détruit tes peurs » lui répondit il, et le poussa vers la créature. L’enfant s’écroula au pied de son songe, qui se jeta goulûment sur lui. La chose dévora vivant l’adolescent tout en le lardant de coups de couteau. La sauvagerie de la scène était abominable, l’horreur plus qu’inhumaine. Je crois qu’un des soldats s’évanouit. Les autres mirent en joue la créature, au cas où elle deviendrait éveillée. Ce qui n’arriva pas. Après avoir englouti la plus infime trace d’Henri. Elle disparut dans l’obscurité. 
Le lendemain, Isaac organisa un enterrement avec un mannequin habillé des affaires du défunt en guise de corps. L’oraison funèbre se résuma à un discours ventant les mérites du courage, de la discipline et de la collectivité afin d’éviter un sort similaire à celui du malheureux. Ce type est vraiment une ordure de la pire espèce. Il érige une mort infantile dont il est responsable en arme de propagande. Je vais le crever, je le jure. 

 
La même nuit, je vis une ombre se faufiler. Essayant de déjouer la surveillance des sentinelles. Elle parvint à s’éclipser hors de l’usine. Je regardai le gaillard courir au hasard des ruelles, et rentrer dans un immeuble à des kilomètres de là. C’est sans difficulté que je pus le pister, il n’était pas d’une grande vigilance. Je l’ai observé s’effondrer sur des marches au rez de chausser de la bâtisse. Peu de temps après, il sombra dans un sommeil profond. Je suis alors rentrée à pas de loup. J’ai éloigné son fusil de lui et vérifié s’il avait d’autres armes. 
Ceci fait, j’ai relevé son chapeau posé sur ses yeux, et braqué mon kalachnikov : 

 
« Debout, lève toi ! ». Il émergea en panique et mis quelques secondes avant de comprendre sa situation. Il me lança un regard interloqué. 
« T’es qui ? ». Il avait l’air confus et légèrement alcoolisé. 
« Une maman très en colère, connard ». À ce moment, je me demandais encore si j’allais le laisser en vie. 
« ... ». Il détourna simplement le regard du mien, il se sentait encore plus coupable qu’apeuré. 
« Pourquoi tu t’es enfui ? Qu’est-ce qui se passe là-bas ? Tu vas tout me dire sur tes amis. ». Mon ton était particulièrement intimidant, et je savais que ce type n’allait pas me résister longtemps. 
« Je ne peux plus supporter ça, ce groupe… Ces méthodes. À quoi bon survivre si c’est pour devenir… Des barbares… Hier, c’était trop… Ce pauvre... ». Je pense qu’il était sincère, mais je me fous de ses remords. 
« Et tout ces gosses mis en esclavages ? Ça devait être dur de profiter d’eux, aussi ? ». J’espère que ce demeuré saisira le sarcasme. 
« Le but est de les renforcer, de leur permettre d’affronter leurs peurs ! Tout en assurant la survie de notre communauté ! Ce n'est pas avec de la complaisance que... ». Mes reproches semblèrent l’avoir choqué au plus profond de lui. 
« Va dire ça à Henri ! »
« Comment tu... ? (je rapprochai le canon près de son visage avant qu’il ne puisse finir son interrogation). C’était… De trop. Tu as raison, j’en ai marre des conneries d’Isaac et de cette putain de communauté. T’as peut-être raison, je mérite de mourir. Alors vas-y, j’suis trop fatigué pour lutter ». Il se leva partiellement, découvrant son visage barbu et usé. Il me fixa, les yeux emplis de désespoirs.  
« Est ce qu’une petite fille nommé Mathilde te rappel quelque chose ? Cheveux court et brun, yeux verts, habillés avec un sweat vert et d’un jean, elle va bien ? ». Je fis preuve d’une incroyable maîtrise de moi-même pour poser cette question sans que mon ton ne trésaille. 
« Oui, elle travaille en cuisine depuis peu ». 
« Vous êtes combien ? ». 
« 19 gardes et 46 enfants ». 
« Combien de gardes permanent à l’intérieur de l’usine? ». 
« 2 ». 
« Les enfants sont ils enchaînées ? ». 
« Non, ils sont enfermés dans une pièce la nuit, un mec à la porte ». 
« Parfait, t’as vraiment des regrets ? ». J’espère pour lui qu’il saura se montrer convainquant. 
« Hier, j’ai vu Henri se faire bouffer par un démon. Et nous, les adultes qui sommes sensés le protéger, nous sommes restés sans rien faire… Toutes les théories à la con d’Isaac ne changeront rien à ça, nous irons brûler en enfer... Ouais, j’ai des regrets. ». Sa voix était chargée, comme si elle supportait un poids trop lourd pour elle. 
« Tu peux te racheter… Partiellement. Aide moi à sauver les enfants. Aide moi à trouver une manière de les sortir de vos griffes. ». Je ne saurais dire pourquoi j’ai accordé si facilement ma confiance. Naïveté, intuition, lassitude ? Aucune importance, en fin de compte… Il réfléchit un instant. 
« D’accord, ce sera l’occasion de ma rédemption. Réparer mes pêchés. » 
« Garde ton baratin déculpabilisant pour toi. ». Pas question que j’écoute les complaintes de ce salopard. 
« Je crois savoir comment te faire rentrer sans éveiller les soupçons. Je peux te faire passer pour un zombie ». 
« Un Rêveur ? Qu’est-ce que tu veux dire ? ». Ils avaient des rêveurs à l’intérieur ? Comment ce fait il que je n’en avais jamais vu. 
« Rêveur, le nom est plus poétique... ». 
« Bref… ».  
« Et bien, nous en amenons parfois discrètement des inoffensifs. Isaac exige que les enfants ne les voient pas. Ils sont transportés dans des caisses. C’est pour ça que tu ne les as jamais vus, je suppose ». Il mâchait ses mots, comme pour écourter un sujet particulièrement déplaisant. 
« Pourquoi, qu’est ce que vous en faites ? ». Je connaissais la réponse, au fond de moi, mais je fus ingénue sur le moment. 
« Les hommes et les femmes ont parfois des besoins, et tous ne veulent pas les assouvir entre eux... ». Il devenait rouge de honte et bafouillait ses phrases. 
« Stop, ça suffit ! Donc, tu veux me faire passer dans une caisse comme Rêveuse ? ». 
« Non, je fais croire aux vigiles que je t’ai fait sortir afin de… Tu vois. Et que je te ramène à l’intérieur. Il y en a tellement que personne ne se posera de questions. C’est le moyen le plus rapide et sûr ». Il n’était pas à l’aise du tout, et l’idée de côtoyer un nécrophile ne me mettait pas à l’aise non plus. Me débectait pour être exacte. 
« Très bien, faisons cela. ». Il se leva et remit son chapeau à la fin de ma phrase. 
« Je m’appelle David au fait, et toi ? » 
« La ferme et avance ». Ce type me répugnai. 

 
Nous sommes arrivés non loin du parvis de l’usine. Je me stoppai. 
« Une fois rentrée, tu me rejoindras rapidement. Et tu suivras mes instructions pour nous débarrasser de tes anciens camarades ». 
« Non, je ne tuerai aucun d’entre eux. Et je refuse de t’aider à le faire. ». Je me retournai vers lui, le fusil pointé sur son ventre. 
« Tu peux me trouer, mais tu n’auras jamais de meilleure occasion de sauver les enfants. ». Il avait peur, cela se voyait, mais il fit face avec un certain courage. Je pesai le pour et le contre. J’en arrivai à la conclusion que ma vengeance n’était pas la priorité. 
« D’accord, mais je veux Isaac. ». 
« Je me moque du sort de cet enfoiré. Les autres, je vais leur apporter du café avec du somnifère. Ne t’en fais pas, tu n’auras pas de problèmes pour sortir. Il y a cinq personnes de garde, huit qui dorment et le reste en collecte. Je m’occupe de tout ce beau monde. Par contre, il va falloir que tu retires tes vêtements. Aucun des Rêveurs n’en a... ». C’était dangereux, un Rêveur ne sent pas le froid, mais moi oui. Si j’ai ne serait-ce qu’un frisson, je risque d’être démasquée. 

 
Je me suis exécutée et David me donna un masque. Faut croire que nous avions un point commun, eux et moi. La nuit était glaciale et je peinai à marcher. Je ne sentais déjà plus mes doigts. Nous nous sommes avancés devant l’entrée, essayant tout de même de rentrer subrepticement. Hélas, un « HALTE » nous figea tous les deux. Une femme descendit de son mirador et vint vers nous. Je restai droite comme un piquet, me concentrant sur tout sauf le vent gelé qui chatouillait mon dos. 
« Salut, David. Qu’est-ce que tu fous avec ce zombie ? » 
« Salut Cathy, et bien, j’ai envie de me détendre loin de la maison ». 
Je sentais mon nez couler. Dépassant ma bouche et roulant sur mon menton. Mes poils hérissés sur tout le corps. 
« Tu aurais dû me prévenir, t’imagine, tu serais tombé sur Isaac ou un des lèches-cul… Tu aurais été corvée de récolte pendant trois mois ». 
Je tenais difficilement, j’avais l’impression que mes membres s’enflammaient, que des engelures poussaient sur chaque recoin de ma peau. Je n’en pouvais plus. Je n’allais pas tenir. 
« En parlant de ça… Je vais vite la renvoyer à la réserve avant de me faire choper ». 
C’était terminé, je ne pouvais plus me retenir, les insupportables picotements allaient avoir raison de moi. Puis, il me prit par la main en vitesse sans attendre la réponse de son amie. 
« Dépêche toi ! ». 

 
Nous sommes entrée dans l’usine. C’était remplit de vivre, de provisions, de divers nécessaire de vie… Il y avait une telle abondance… Je ne pus m’empêcher d’être admirative devant cette richesse. Devant les trois camions à grande contenance, le bus, les dizaines caisses de provisions… Je pris une grande inspiration, reprenant ainsi ma concentration. Nous sommes passés devant deux gardes en train de jouer aux fléchettes qui firent un sourire complice à leur compagnon. Nous avons ensuite montés l’étage pour atteindre une pièce sombre. Il me dit d’attendre qu’il s’occupe des deux gars du bas avant de sortir. 
L’attente dura près d’une heure, pendant ce temps, je saisis une lampe et vu l’endroit. Un immense débarras reconverti en harem. Quelques canapés et lit poussiéreux, mais surtout une cinquantaine de Rêveurs masqués et nu, des deux sexes et de tous âges… J’éteignis vite la lumière en espérant que David ne traîne pas. Lorsqu’il rouvrit la porte, il me fis signe de descendre. 
« Je vais dégager la sortie, tu peux aller prendre les enfants ». Il me lança un set de clefs. 
« Non, d’abord Isaac. Je m’occupe de lui en premier ». 
« Très bien. Ses quartiers sont à l’étage du dessus. Il l’a insonorisé alors personne n’entendra les coups de feu. Bonne chance. ». Je lui répondis par un léger signe de tête. 

 
Je récupérai armes et vêtements sur les corps inconscients et dans une des caisses. Puis gravit les marches, plus déterminée que jamais à en finir. J’arrivai devant la dernière porte, du dernier étage. J’ai tourné la poignée, et pénétré dans la grande pièce. Isaac était là, assis autour d’une table à manger, accompagné d’un jeune homme, un autre Rêveur. Tout l’endroit était aménagé comme un petit appartement. Il y avait plusieurs pièces, dont deux chambres, une salle de bain, un salon… L’homme releva la tête, ne masquant pas sa surprise. De près, il perdait beaucoup de son charisme. Ce n’était qu’un bonhomme dégarnit et ridés à la quarantaine vieillissante. Je fermai la porte du pied, tout en gardant l’arme pointée sur lui, prête à tirer.  
« Qui êtes-vous ? ». Il posa sa serviette sur la table. « Quelqu’un qui ne m’approuve pas, vraisemblablement ». Il soutenait mon regard, sans ciller. 
« Pas vraiment, non, tu as enlevé mes protégés, ma fille ! Pour les réduire en esclavage ! ». Il allait devoir répondre de ses actes. 
« Tous les enfants que nous avons recueillies étaient sous-nourris, certains aux portes de l’adolescence et ce que cela suggère… Nous leur apprenons à être fort devant leurs peurs, à résister… Nous leur offrons une vie meilleure, des chances de survie. ». Il se foutait de moi ? Comment pouvait-il affirmer de telles choses ? 
« Et Henri ? Il a eu de meilleures chances de survie ? Bouffé par son songe après avoir trimé pour toi ! ». 
« Je n’ai pas le pouvoir de les sauver, simplement de mieux les armer. La réussite n’est pas assurée, mais mon éducation offre de plus grandes garanties qu’une autre, complaisante, n’apportant presque aucune chance de résister à ces… Choses ». Il regarda brièvement le Rêveur à côté de lui, je vu une étincelle de tristesses défigurer son faciès.  
« C’est comme cela que tu justifies tes pratiques dégueulasses, ton esclavage immonde… ». Bordel, il croyait vraiment à ce qu’il racontait ? 
« Ils travaillent pour la survie de tous. Cela permettra de pérenniser nos denrées, donc assurer notre futur. La brutalité et la discipline renforcent leur esprit et leurs corps, au vu de ce qu’ils vont devoir affronter. Tous les survivants de Paris l’étaient déjà avant la chute. Et mes protégés le seront également. C’est notre travail comme adultes que de préparer du mieux possible les enfants à leur avenir. Aussi immonde soit-il ». 
« Tu es un grand malade, et je vais te tuer ». Ma voix était calme, tranchante. 
« Je le crains. M’offririez-vous une dernière volonté, je vous prie ? ». J’effectuai un geste à l’aide du canon de mon fusil pour communiquer mon approbation. Il me remercia en joignant ses mains et en baissant la tête. Il releva le Rêveur et le coucha dans la chambre à côté. 
« Je dois y aller, mon grand. Sache que j’ai toujours été très fier de toi. ». Il l’embrassa sur le front. « Je t’aime mon fils ». 
Isaac ferma avec précaution la porte et se plaça devant moi, mon canon droit sur lui. 
« Je ne souhaite pas qu’il assiste à ma mort. Je crois qu’il ne pourrait pas l’accepter. Ce garçon est sensible, vous savez ». 
Je ne répondis pas, une boule dans la gorge. 
« Je confesse que j’ai peur, très peur. J’ai peur qu’il n’y ait qu’un grand néant, personne pour m’attendre de l’autre côté. Pensez-vous que mes proches m’attendent ? Prêt à me hurler « Bienvenu » ? ». Quelques larmes roulaient sur ses joues creusées. « Prenez soin des enfants, inconnue, ils sont tout ce pourquoi j’ai survécu. ». 

 
J’ai fait feu. Isaac s’effondra sur le sol. Bizarrement, je n’eus aucun sentiment de satisfaction, aucun soulagement. Un sentiment de vide m’envahit. Je me ressaisis mais, je ne sais combien de temps cela me pris, et redescendis les marches afin de rejoindre David. Il avait déjà commencé à regrouper les enfants dans un bus. Il me fit un signe du bras, et je l’aidai à faire rentrer tout le monde le plus silencieusement possible. Mon allié m’expliqua que l’important était de faire vite, qu’il avait injecté à ses compagnons endormis du somnifère, mais que l’on devait sortir avant le retour de l’équipe de récup’. Convaincre les enfants fut plus difficile que prévu, mais David persuada les réticents en leur expliquant que c’était une excursion prévue. Heureusement, que les enfants sont un peu idiots. Surtout, que je n’ai pas été d’une grande aide, car je serrai ma Mathilde fort. Une fois tout le monde à bord, nous avons foncés hors de cet Enfer. Une fois garé à des lieux de l’endroit, David vint me voir.  

 
« Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? ». 
« On sort les gamins de Paris, ce qu’on aurait dû faire il y a longtemps ». 
« Ouais, t’as raison. » 
Il reprit le volant et roula puis, en plein milieu de la route, s’arrêta. 
« Je ne peux pas aller plus loin. Je n’y arrive pas... ». Il avait l’air désolé dans son timbre. Pourtant, il n’avait aucune raison de l’être. Le soleil commençait à se lever, l’atmosphère, à se réchauffer. En suivant la route, les enfants tomberaient bien sur quelqu’un. Ils pourraient grandir dans un environnement bien plus sain qu’ici. 
Nous avons fait sortir tous les enfants et David commença à leur faire un discours sur la marche à suivre sans lui. Pendant ce temps, je m’accroupis devant ma fille. 
« Tu vas devoir continuer sans moi, mon cœur ». 
« Pourquoi tu ne peux pas venir, je ne veux pas partir sans toi ! ». Ses yeux se gonflaient et s’humidifiaient. 
« Je ne peux pas faire autrement. J’aimerai, mais je ne peux pas. Toi, tu dois partir et vivre une belle vie. ». 
« Pourquoi ? ». Elle pleurait à chaudes larmes. 
« Par ce que c’est pour ça que je t’ai mis au monde. Pour que tu sois heureuse ». J’essayais de ne pas pleurer également. 
« Mais, je suis heureuse avec toi maman. ». Elle s'accrocha vigoureusement à ma chemise. 
« Non, tu ne le seras pas. Je ne peux pas te protéger, ni t’offrir quoique ce soit de bon ici. Tu sera triste un temps, mais ça passera car tu es forte ». Je le serrai dans mes bras, nous pleurions toutes les deux. « Promets-moi d’être heureuse »
« Je te promets maman ». Nous avions peiné à prononcer ces simples mots. 

 
Le discours était terminé et nos adieux également. J’embrassai tous mes protégés en leur souhaitant bonne chance, puis les regardai s’éloigner. Mathilde se retourna plusieurs fois pour me faire des signes de la main. Jusqu’à qu’elle quitte mon champ de vision. 
Je suis resté plusieurs heures, à contempler l’horizon, certaine que la vie serait clémente envers ma fille. Puis David et moi nous nous sommes quittés. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, je ne l’ai jamais revu. Quant à moi, mon objectif serait à présent de vivre au sein de cette ville morte en essayant de sortir un maximum d’enfants de là. 
   
    


Dernière édition par Wasite le Lun 14 Aoû 2017 - 18:34; édité 6 fois
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MessagePosté le: Sam 22 Juil 2017 - 21:52    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Dim 23 Juil 2017 - 09:42    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Cohérence de l'histoire et des personnage : Elle est dans le métro mais elle se colle contre le mur ? "et même le service client" Quel service client ?...

Sentiments éveillé : De la curiosité, de l'intérêt

Style/lisibilité : "qu’il la coupure n’était pas net." C'est tout bon pour le reste

Intérêt : Pour l'instant c'est tout bon, je pense cependant qu'il est préférable d'avoir le texte complet pour voter (puis j'avoue, j'ai hâte de connaitre la suite).
________________
"J'aime les filles cinglées parce qu'elles n'ont pas de limites, elles passent leurs temps à provoquer. Parce qu'elles vont vite, sans s'arrêter, respirent juste le temps de reprendre leur souffle entre deux embardées. Parce que, par instant de grâce, elles sont belles comme un matin de fin du monde. Parce qu'elles font mal à regarder, et qu'elles n'aiment personne."
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MessagePosté le: Dim 23 Juil 2017 - 14:32    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Faute corrigée et je remplace "mur".
Pour le service client, je pense à celui de Free ou orange etc. Ceux qui sont intégrés dans le répertoire.

Je ne pense pas poster l'histoire d'un seul trait. Je vois ça un peu comme Ubloo (qui est en 5 parties, il me semble). Le problème est qu'une nouvelle trop longue ne sera pas forcément lue et ça me permettra de faire des ellipses sans rupture au sein du récit. 
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MessagePosté le: Dim 23 Juil 2017 - 15:28    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Ce n'est pas parce que tu la poste entièrement ici pour la soumettre aux votes qu'elle sera publié en un seul bloc sur le site. Ça évite ce qui a pu arriver à Ubloo justement qui au fur et à mesure de l'histoire ne colle plus trop aux critères d'une CP.
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MessagePosté le: Sam 5 Aoû 2017 - 01:14    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Chapitre 2 dispo, n'hésitez pas à me donner vos retours. 
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MessagePosté le: Sam 5 Aoû 2017 - 08:34    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

C'est toujours ok pour moi, seule cette phrase "En quittant la pièce, je lui entendu pleurer contre son oreiller." est un peu boiteuse.
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MessagePosté le: Dim 6 Aoû 2017 - 15:09    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Faute corrigée
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MessagePosté le: Lun 14 Aoû 2017 - 18:35    Sujet du message: De simples songes Répondre en citant

Dernier chapitre disponible. 
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:59    Sujet du message: De simples songes

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