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Douleur exquise

 
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Loren
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PostPosted: Tue 24 Jun 2014 - 13:38    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Ces messages ont été supprimés du forum initial par l'usager lui-même, Jul54. Sauvegardés à temps, quelques heures avant suppression, les voilà de nouveau publiés par un internaute connu sous le pseudo Venom875.




Message posté le 22 juin 2014, à 19h58, par Jul54.


Bonsoir, je me présente, je m'appelle Jules, j'ai 19 ans et j'habite Nancy. Je ne suis pas vraiment un adepte des forums, mais si je viens poster ici, c'est parce que j'ai besoin d'être rassuré.


Voilà, je vous explique le problème : une de mes meilleures amies, Elise, écrit depuis toute petite. Ses personnages, ses histoires sont sa véritable passion. Et il y a quelques temps, elle s'est mis en tête d'écrire une creepypasta après être tombée sur un site où elle en a lu plusieurs. Rien de bien fou, c'était seulement un nouveau projet. Seulement, son projet a vite viré à l'obsession. Elle a créé un blog où elle a mis quelques textes sur un gars nommé Trip, qu'elle surnommait aussi le Tatoueur. Ouais, c'est fou l'originalité, hein. En tout cas, c'était son héros, son nouveau « bébé » comme elle le disait si bien et si vous voulez regarder, vous pouvez aller voir là ; http://quiesttrip.skyrock.com/. Je vous mets également les cinq textes majeurs ici, si jamais vous voulez vous épargner l'ambiance joyeuse qui règne sur le blog. Ce n'est rien de très réjouissant et je déconseille d'ailleurs les plus jeunes de lire tout ça.


C'était un jour comme les autres. Métro-boulot-dodo. Et puisqu'il aimait les jeux vidéos, il supposait que la devise pouvait s'agrandir pour s'accoutumer à sa routine tranquille de gamer. Il n'avait rien remarqué de spécial aujourd'hui qui démarque ce jour des autres. Il s'était levé, avait donné à manger à son poisson rouge, enfilé une cravate par-dessus son costume un peu froissé et s'était rendu à son travail, où il avait passé une journée longue et ennuyante, avant de revenir se planter devant sa console de jeu. Et à partir de ce moment, sa soirée avait été rythmée par les bruits de tirs des snipers et des cris plus ou moins victorieux dans son casque, qui montraient qui prenait l'avantage dans le tournoi virtuel entre ses amis et lui. Cette fois, c'était son tour, à lui de rafler les honneurs et il était en train de faire étalage de sa force, quand les voix grésillèrent dans le casque, soudainement déformées par une interférence. Il fronça les sourcils et tapota sur son micro, mais rien. Les sons ne lui parvenaient plus qu'à travers un brouillard haché de parasites. Soupirant, il envoya un message à son meilleur pote avec qui il jouait depuis maintenant plus de deux heures et se résigna à éteindre sa console. Rien ne clochait dans les installations, peut-être que le tout venait de la connexion.


Finalement, décision de dernière minute ; son partenaire de jeu lui proposait de sortir au lieu de continuer à faire les statues devant leurs télés. Rien de très emballant en perspective, juste quelques mecs réunis dans un bar en ville, à noyer leur virilité dans la bière. Cependant, entre ça et passer la soirée à attendre devant ses jeux que la connexion fonctionne à nouveau, le choix était vite fait. En fait, il n'y avait même pas de choix à prendre. L'alcool l'emportait. Ils se retrouvèrent donc tous autour d'une même table, des pintes de Kasteel rouge entre les mains et des blagues en tous genres sur les lèvres.


Il ne but pas tant que ça, presque rien à vrai dire. Pourtant, le lendemain matin fut une épreuve terrible. Il se réveilla avec une migraine qui lui comprimait le crâne comme un étau métallique, allongé sur son canapé, la vue trouble. La gueule de bois triomphait. Mais quoi ? Allez, franchement, trois bières ne pouvaient pas vous mettre dans cet état-là, si ? Il souffla bruyamment et tenta de regagner sa cuisine en titubant, une main sur le front, peut-être pour empêcher son cerveau en compote de dégouliner sur le sol. Que s'était-il passé cette nuit ? Un sifflement aiguë résonnait à ses oreilles et des tâches noires flottaient sur le film de sa vision. Ses jambes étaient lourdes, sa bouche pâteuse, mais pire que tout : il ne se souvenait pas de sa soirée. Un trou de plusieurs heures creusait sa mémoire. Il ne se voyait pas rentrer. Comment s'était-il traîné jusqu'à son appartement ? Mystère. Gouffre noir. Et plus il creusait, plus son mal de crâne s'intensifiait, laissant ensevelies les réponses à ses interrogations.


Le verre d'eau ne fut pas très efficace, pas plus que le café, qu'il but les yeux à demi-fermés. Il y avait trop de luminosité, trop de silence. Une lourde odeur de poubelles renversées planait chez lui, mais tout était en ordre, rien n'était tombé. Il ne savait pas d'où ce parfum âcre venait. Il frissonnait sans vraiment savoir pourquoi. Les 23 degrés du chauffage ne lui permettait pas d'avoir froid, pourtant il était glacé. À vrai dire, il ne se sentait pas très bien. Il avait la gorge enrouée, les poumons compressés et, de ce fait, du mal à respirer. Seul dans sa chambre, couché sur son lit, il n'arrivait pas à trouver le sommeil.


La nuit tomba rapidement sur ce jour trouble, engloutissant les derniers rayons de soleil traînant dans son appartement. L'obscurité n'était pas profonde, il discernait chaque ombre de chaque meuble. Le silence avait prit quelque chose de pesant, comme s'il menaçait d'être rompu d'un instant à l'autre. Ses muscles étaient tendus, son cœur battait fort. Il s'attendait véritablement à entendre quelque chose. Il n'osait plus bouger. Le tic-tac lancinant de son réveil claquait comme des pas sur son linoléum. Sa respiration devenait celle de quelqu'un d'autre. Les gouttes de pluie qui pianotaient sur sa fenêtre évoquaient des doigts tapotant doucement contre les carreaux pour essayer de rentrer. Le parfum de pourriture embaumait toujours l'air et il s'efforçait de ne prendre que de petites inspirations pour que l'odeur ne lui reste pas collé à la peau. En vain. Tout lui semblait intrusif.


Sauf qu'on ne voulait pas seulement entrer chez lui, on voulait entrer en lui.


Le jour suivant, il se réveilla avec des courbatures douloureuses. Sa nuque était raide, ses jambes engourdies. Un vent froid secouait les rideaux de sa chambre, mais il n'avait aucun souvenir d'avoir ouvert sa fenêtre. Et vu le béton mouillé au bas de l'immeuble, il était presque sûr de lui ; il ne l'avait pas ouverte, pas un soir de pluie. Le cœur dans la gorge, il se releva et se frotta les yeux. Son regard capta alors une tâche sombre sur son poignet. Il l'éloigna de son visage et l'observa avec plus d'attention. C'était un trait noir, épais et aux contours un peu effacés. L'avait-il déjà la veille ? Il n'aurait su le dire. Ses potes lui avaient peut-être marqué quelque chose que la douche avait effacé, ou alors il s'était lui-même écrit un truc cette nuit. Il ne pouvait pas y avoir d'autres solutions. Il ne voulait pas qu'il y ait d'autres solutions.


Il se traîna de pièce en pièce comme une loque toute la journée. Il tenta de joindre ses potes, mais fut incapable de retrouver son téléphone. Ses oreilles sifflaient toujours, sa console refusait de s'allumer et la tâche noir le grattait. Et plus il déambulait dans ses couloirs, plus il se sentait oppressé. Sa nuque le démangeait, comme si on y avait planté un regard. Il entendait des bruissements, dès qu'il tournait un peu trop vite la tête. Il voyait une longue ombre noire tout près de lui, du coin de l’œil. Mais, quand il voulait la confronter, il n'y avait déjà plus rien. Plus rien, parce qu'il était fiévreux. Parce qu'il devenait ridicule.


Quand il se redressa, cette fois, la panique le submergea comme une vague violente, l'étouffant. Il était allongé par terre, sa joue trempée de sueur contre le carrelage de sa cuisine, et il n'avait aucune idée de comment il en était arrivé là. La pièce était plongée dans un noir profond, incisif, qui lui suggérait les pires horreurs. Des tambours martelaient son crâne. Un souffle rauque se faisait entendre à quelques pas de lui. Il se releva, tangua, manqua de tomber. Mais, des doigts s'imprimèrent dans la chair tendre de son poignet pour le retenir. Il se dégagea aussitôt, le cœur au bord de la rupture, les jambes molles, et se mit à reculer jusqu'à trouver le mur et son interrupteur dans son dos. La lumière jaillit du plafonnier, crue. Elle l'étourdit un instant, il cilla plusieurs fois, mais trouva finalement la force de regarder devant lui. Rien. Rien du tout. Juste cet effroi amer qui lui mouilla les cuisses.


Il n'eut pas le temps pour la honte. Des coups violents et précipités se mirent à battre la porte d'entrée, la faisant trembler. La télé s'alluma, gros plan sur une mare de sang dans lequel baignait son personnage dans le jeu. La lumière clignota, grésillant. Les clichés l'avaient toujours bien fait rire dans les films. Plus maintenant. Ne subsistait qu'une peur brute, qui le faisait hurler, qui le faisait pleurer. Qui le fit s'écrouler. Il fut incapable de bouger, paralysé par une émotion trop puissante pour être décrite, et il resta roulé en boule jusqu'à ce que l'inconscience dévore tout de ce cauchemar vivant.


À son réveil, il était tiraillé entre la folie, l'horreur et un agacement détonnant qui aurait bien aimé le distraire. Depuis trois jours, depuis cette foutue soirée dans laquelle il avait perdu le contrôle, sa vie était clairsemée de coupures confuses. Sommeil, conscience. Réalité, imagination. Les limites devenaient floues. Cette fois, il était planté sur une chaise, les bras ballants. Il était devant sa table de salon, sur laquelle reposait à présent une enveloppe tâchée par un cercle rouge en son milieu. Il ne savait pas ce qu'il faisait là, il ne savait plus rien. Il avait juste la tête enflée et tout son corps était agité de spasmes incontrôlés. Quelqu'un se trouvait derrière lui, tapi dans l'ombre, il en était persuadé. L'enveloppe devait être un test. Il ne devait pas échouer. Il ne pouvait pas se le permettre, non...


Il s'en saisit, les mains tremblantes, et l'ouvrit. Un fil noir dépassait un peu, sur l'un des bords. Il s'en empara entre deux doigts et tira lentement. Un morceau de papier blanc transpercé en son milieu s'extirpa. Une écriture enfantine y reposait. « Ce sera notre petit secret ». Il sentit des frissons parcourir ses veines, ses muscles, tout ce qui était encore apte à ressentir cette terreur absolue. Deux pas derrière lui, le plancher grinça. Sueur froide. Il tira encore sur la ficelle noire. Le reste sortit en bloc. Une aiguille, précédée d'un morceau de papier crème ensanglanté. Enfin, non, ce... oh mon Dieu, ce n'était pas du papier, mais de la peau. Il se leva brusquement, la chaise claqua contre le parquet en retombant. Il tomba à genoux, brisé par les sanglots, et voulut enfouir son visage dans ses mains, mais... quelque chose attira son attention et l'en empêcha. La tâche noire sur son poignet s'était agrandie. Elle formait un numéro distendu, qui s'étirait sur tout son avant-bras. 2. Son cœur marqua une pause.


Il se mit à frotter, encore et encore, jusqu'à s'en rougir la chair, jusqu'à s'en brûler la peau. Il cracha sur son poignet et se remit à frotter. Toujours plus fort. Mais ce n'était pas du stylo, ou même un marqueur qui avait tracé ce nombre. Ce qui ornait son bras était un tatouage. Le problème étant qu'il n'avait jamais eu de tatouage. Non, il s'était fait marqué comme du bétail et il n'en avait pas eu conscience. Il se mit à hurler. On devait l'aider, il devait prévenir quelqu'un, n'importe qui, sortir... Il se mit à hurler, oui, brisant la promesse de papier. Il lui avait pourtant dit que ça devait être un secret.


Il ne vit plus rien ensuite. Il continua d'exister dans le seul but de souffrir. Ses lèvres étaient en flammes, elle le brûlaient. Mais, il ne pouvait pas crier. Plus maintenant que les points de coutures formaient de jolies petites croix noires qui fermaient sa bouche à jamais.


Il n'attendrait pas la mort. Il n'attendrait pas Trip. Il allait se débarrasser de son tatouage. Il allait défigurer ce 2, numéro maudit. Il allait le faire avec une lame de rasoir bien tranchante. Maintenant.

L'air était lourd, chargé. Le soleil cognait avec force, l'été n'aurait pas pu être plus chaud qu'il ne l'était déjà. Elle avait l'impression que chaque pas était une épreuve, alors qu'un mur compact de chaleur moite se dressait sur sa route. Les rues étaient bondées de passants pressés, qu'elle tentait d'éviter en marchant elle-même d'un pas hâtif, déjà en retard. Son t-shirt Nirvana collait à son corps comme une seconde peau, son front perlait de sueur, ses jambes étaient molles. En fait, elle paraissait habitée toute entière par une langueur désagréable provoquée par cette hausse brutale des températures, ce qui l'agaçait considérablement. Elle se sentait lente, ce qui ne pourrait qu'allonger son retard déjà considérable. Elle plongea le nez dans son sac à la recherche d'une paire de lunettes aux verres fumés et comprenait peu à peu que la dites paire était probablement restée chez elle, quand quelqu'un la bouscula. Un homme de haute stature qui repartit sans se retourner, un rictus amusé au coin des lèvres, sans même s'excuser alors qu'il venait de réussir à la faire dangereusement basculer. Si elle réussit à retrouver son équilibre, le contenu de son sac à main n'eut pas cette chance et se renversa sur le béton brûlant du trottoir. Agacée pour de bon, elle s'accroupit en se massant l'épaule.

Elle ramassait ses écouteurs, quand une main fripée se tendit maladroitement sous ses yeux pour l'aider. Elle releva la tête et découvrit un vieil homme, très grand, aux longs cheveux gris emmêlés, drapé d'un imperméable noir qu'il avait accompagné d'un chapeau. Un malade, par ce temps, autant être clair. Et le regard aveugle qu'il posa sur elle en lui tendant sa trousse ne la rendit que plus mal à l'aise. Leurs doigts se touchèrent, au moment de l'échange, et un long frisson lui secoua l'échine. Elle prit rapidement le reste de ses affaires, puis bondit sur ses pieds, accélérant le pas pour s'éloigner de l'homme aux prunelles voilées sans même prendre le temps de le remercier. Elle rejoignit au pas de course son amie, un peu plus crispée, la nuque raide, l'oppressante sensation d'être suivie persistant. À moins que ce ne soit la chaleur, combinée au souvenir des orbes blancs. Peu importe, il fallait qu'elle se détende, tout de suite. Ce vieil homme n'était visiblement qu'un bon samaritain qui était tombée sur une pauvre impolie qui ne parvenait pas à sortir un simple « merci ». Elle avait honte, bon sang.


Le cinéma était plein à craquer, l'atmosphère fraîche des salles à air conditionné avait attiré bon nombre de personnes. Le film se lança, à grands renforts de cris et de giclées de sang, sur lesquelles son amie rigola. Le réalisme n'y était franchement pas. Pourtant, elle, elle n'y parvenait pas. Son rire lui paraissait un peu nerveux, voire forcé, face aux cris d'épouvante. Dans sa nuque, elle sentait le poids lourd d'un regard incessant. Elle était glacé et un filet de sueur froide coulait le long de sa colonne vertébrale. Un pressentiment. Rien de bien concret. Elle était simplement un peu tendue. Elle se frotta le bas du dos et reprit le cours de l'histoire.


La séance se déroula sans encombre. Évidemment. Puisqu'il n'y avait pas l'homme au chapeau dans la salle, prêt à lui bondir dessus. Son imagination venait de turbiner à cent à l'heure pendant près d'une heure vingt, quand elle avait finalement eu le courage de se retourner. Dans l'obscurité, les visages éclairés par la lumière blafarde de l'écran avaient eu quelque chose d'inquiétant. De nombreux sourires distordaient leurs lèvres de façon macabre et leurs regards fixes, brillants comme s'ils étaient fiévreux, évoquaient de vulgaires pantins de chair... pourtant, nulle trace d'un quelconque personnage malfaisant. Rien n'avait changé. Elle frotta sa nuque endolorie et sortit du cinéma. Son amie la raccompagna jusqu'à son appartement, puis elles se quittèrent.


Les démangeaisons commencèrent vraiment, alors qu'elle plongeait dans son bain. Immergée dans l'eau jusqu'aux épaules, la tête rejetée en arrière, dans une pièce embuée, cela se manifesta au début par une raideur. Comme si elle était adossée contre une paroi trop rigide. Elle changea plusieurs fois de position, sourcils froncés, mais plus elle bougeait, plus ça la gênait. Son dos la tiraillait, ou plutôt, sa peau, comme une réaction allergique. Les sels de bain qu'elle avait plongé dans l'eau tiède étaient-ils les responsables ? Probablement, car l'eau n'arrangeait pas son état. La peau lui semblait bien plus sensible au contact du liquide qu'à l'air libre. Elle se hâta de sortir, manqua de trébucher, mais finit par s'enrouler dans une serviette blanche. Elle ouvrit la porte pour faire s'échapper la vapeur chaude et se planta devant son miroir recouvert de buée. Elle glissa une main sur la paroi vitrée pour l'enlever et découvrit son reflet pâle et détrempé. Elle frissonna, malgré la chaleur ambiante. Son appartement était silencieux, seuls les battements de son cœur parvenaient au creux de ses oreilles. Elle se sentait mal à l'aise, encore oppressée. L'eau de son bain tournoyait lentement jusqu'au siphon dans un sifflement rauque, la buée se dissipait et la lumière tamisée de la pièce lui semblait soudain une bien maigre source de réconfort. Sa gorge était nouée, ses épaules rigides. Il y avait quelqu'un d'autre, elle aurait pu le jurer si sa salle de bain n'avait pas été dénuée de toute vie. Pourtant... Elle inspira profondément et fit craquer sa nuque, avant de se tourner et de laisser tomber sa serviette.


S'offrit à sa vue son dos. D'épaisses lignes noires marquaient sa peau, suivant le tracé osseux de sa colonne vertébrale, ondulant sur sa chute de reins, formant de tendres arabesques obscures jusque sur sa nuque. La paysage d'un tableau parsemé d'oiseaux ayant marqué son enfance recouvrait maintenant presque l'intégralité de son dos, tatoué par un professionnel il y a plus de deux ans. À vivre avec, elle n'y pensait plus, parfois. Une évidence n'a pas besoin d'être constamment répétée et démontrée. Néanmoins, le tracé sombre n'était plus aussi remarquable que la veille. Les contours étaient rougis, boursouflés. Pire, l'encre semblait avoir coulé à certains endroits. Des traînées noires, des dégoulinades, qui déformaient le paysage resplendissant pour le transformer en un dessin morbide. La panique la saisit à la gorge comme une main meurtrière. Impossible. Même plus qu'impossible. Un tatouage, c'est comme la mort, c'est à vie. Sans mauvais jeu de mot. Du genre définitif, indélébile, ça ne se retire pas. Ou il faut des moyens chirurgicales ! Alors... pourquoi l'encre noire qui avait toujours été impeccable formait à présent des visages distendus aux yeux vides, des visages de martyrs agonisants ?


Ses mains agitées de violents tremblements se mirent à palper sa peau, mais rien ne restait sur ses doigts. L'encre s'était figée, elle ne bougeait plus, il n'y avait pas moyen de changer. Sa peau était lisse, rien ne la salissait. Elle crut que sa poitrine allait exploser sous les coups de marteau de son cœur. Elle se mit à se griffer. Ça recommençait à gratter, encore. C'était pire qu'avant. Tout son dos était rouge. Brûlant. « Tu n'es pas encore prête, bientôt, bientôt, tu seras parfaite ». Un murmure bas, d'une voix éraillé, juste un souffle dans son cou. Elle se retourna brusquement. Personne. Personne, et pourtant, elle n'était plus seule. La terreur avait un goût de pourriture sur sa langue.


Dès le lendemain, elle courut chez son tatoueur. Elle était blême, ses lèvres elle-mêmes blanches comme celles d'un cadavre en devenir. Elle n'avait pas fermé l’œil de la nuit. Les démangeaisons n'arrêtaient pas, et elle apprendrait plus tard que, quand elles commençaient, elles ne s'arrêtaient jamais. Ou en tout cas, c'est ce que lui dit l'homme qui l'avait tatouée. Quand elle lui montra ce qui était arrivé à son dos, il se mit à paniquer et à pâlir. Il balbutiait quelque chose à propos d'une histoire qui n'était pas censée être réelle, d'encre test, il marmonna un prénom, quelque chose comme « Trip », puis l'expédia hors de sa boutique plus vite que s'il avait eu le Diable derrière lui. Et elle eut beau hurlé, tambouriné contre le battant transparent, il n'ouvrit plus. La pancarte fermée qui ornait la porte en verre représentait à merveille l'état d'esprit du propriétaire.


Elle finit par se rendre à l'hôpital, parce qu'elle n'en pouvait plus. Son dos était devenu une véritable plaque rouge, gonflé, la peau à vif. Ça devait être une infection, ou quelque chose de ce genre. Elle ne parvenait plus à s'allonger autrement que sur le ventre et, même ainsi, elle ressentait une irritation permanente. Elle avait besoin de se gratter, elle irait jusqu'à s'écorcher la peau s'il le fallait, mais cette encre ne devait pas rester en elle, il fallait qu'elle la sorte de sa peau. C'était vital. Une nécessite absolue. Ils lui donnèrent de quoi endormir un cheval, mais elle garda les yeux ouverts. Toutes leurs pommades furent vaines. Elle se tournait et se retournait dans le lit. Irritée, brûlée. Se gratter. Toujours, encore. Peut-être même avec une éponge métallique, s'il le fallait. Les larmes ne pouvaient pas s'arrêter de couler. La douleur grimpait en intensité. Se gratter. Toujours, encore. Ses cordes vocales étaient douloureuses à force de cris. Elle aurait voulu se mettre la tête dans un mur. Se gratter. Toujours, encore. Continuer. Jusqu'au sang, s'il le fallait.


Et tout s'arrêtât. Brusquement. Après une nuit terrible, son dos était en piteux état, bouillis d'encre noire et de plaques rouges, mais ça ne la grattait plus. La souffrance qui avait été sa compagne, ces deux derniers jours, retomba comme un poids mort. Le soulagement qui survint l'étourdit au point que ses jambes devinrent molles. Les paupières gonflées et les lèvres gercées, avec un bandage en travers du corps et des consignes à vau l'eau, on la laissa finalement regagner son chez soi. La théorie disait qu'elle avait attrapé une allergie méconnue jusqu'à ce jour. Il la laissait repartir prendre quelques affaires, mais il voulait tout de même étudier son cas et elle devrait revenir le lendemain. L'idée de servir de cobaye ne lui plaisait pas, mais elle avait hoché la tête sans même y penser, vidée de toutes forces. Plus envie de lutter, elle était juste fatiguée, abrutie par le besoin écrasant de dormir, de reposer sa tête qui avait été coincée entre un marteau et une enclume, ces dernières heures, jusqu'au point où elle s'était demandée si son crâne n'allait pas éclater.


Son appartement lui parut bien sombre, après cet éclatement de blancs dans les couloirs aseptisés de l'hôpital. Le silence était revenu, épais, à trancher au couteau. Elle l'entendait presque vibrer contre ses tympans, comme pour remplacer ses propres hurlements. Direction sa chambre, où elle se laissa tomber sur son lit, veillant à se glisser sous la couette. Au croisement des sens, alors qu'elle tombait dans l'inconscience, elle se prit à penser qu'une odeur lourde flottait dans la pièce, mais elle n'eut pas le temps d'approfondir. Morphée l'arracha au monde des éveillés.


Douleur aiguë. Elle a l'impression qu'on lui écorche le dos par lambeaux de peau. Tous ses membres tremblent. Elle s'aperçoit que le hurlement qui l'a véritablement réveillée est le sien. Les larmes tombent à nouveau, elle n'en peut plus. Elle veut juste trouver le sommeil, tout oublier.


Arrachée à son inconscient par une souffrance vive qui lui écrasa le cœur, c'est à ce moment précis qu'elle le remarqua. Le choc la paralysa.


Très grand, élancé, tout en muscles fins. Il paraissait presque normal, en réalité. Replié dans l'obscurité de la pièce, il l'observait attentivement avec un regard noir, sans vie, où l'absence de toutes émotions conférait à sa silhouette des airs de grande faucheuse. Accroupi comme un animal prêt à bondir, peut-être était-il là depuis le début. La lumière jaune des lampadaires de la rue jouait avec son visage, le creusant d'ombres et de cernes. Ses cheveux très courts étaient sombres, jurant avec sa peau trop pâle, qui ne recelait aucune imperfection, si ce n'est cette mince cicatrice rougeâtre qui relevait une des commissures de ses lèvres en un rictus permanent et qui courait grossièrement le long de sa joue jusqu'à sa tempe. Visage aux nuances macabres, certes, mais la suite était bien pire encore. Dieu, elle aurait donné n'importe quoi pour oublier cette vision.


Son torse nu était un patchwork écœurant de plaques informes qui lui souleva le cœur et qui fit redoubler ses larmes. D'épais et grossiers points de couture noirs striaient sa peau, la découpant en un puzzle où chaque pièce était plus ou moins foncée. Comme des greffes multiples infligées par le pire des chirurgiens. Différentes peaux pour un seul corps, pareil à un costume artisanal. Il était morcelé. Et certains de ces morceaux avaient prit des nuances sombres, comme si la chair pourrissait, et une odeur de mort pesait dans l'atmosphère, comme pour accompagner ses pensées... Un pantalon gris, retenu par un cordon sale, tombait sur ses hanches décharnées, dissimulant à ses yeux le reste de cet assemblage malsain.


Aussitôt, elle sut.


L'homme qui l'avait bousculée. Juste avant que le vieux monsieur aveugle ne vienne l'aider. Elle l'avait rapidement aperçu du coin de l’œil, grand et avec ce même rictus forcé et allongé. Alors tout habillé, elle n'avait aperçu aucune de ses cicatrices, mais c'était bel et bien lui. Et depuis qu'il l'avait touchée, sa descente aux Enfers avait commencé.


Impossible de se retenir, elle eut un haut-le-cœur qui la fit trembler de la tête aux pieds, avant qu'elle ne vomisse sur l'oreiller ce qu'elle avait mangé la veille à l'hôpital. La bile lui brûla la gorge, lui retourna les tripes, avant de la laisser dans un étourdissement passager. Et puis, de nouveau, elle eut l'impression qu'on venait de lui imprimer sur le dos un large tisonnier rougeoyant. Ça reprenait. Elle n'eut pas la force de hurler, ses yeux se révulsèrent et elle se laissa retomber sur le ventre, incapable de tenir sur ses coudes en suspension plus longtemps. Son corps se mit à convulser. On aurait pu cisailler ses os, l'écorcher vive, creuser des trous dans sa chair, bousiller ses genoux à coups de marteau ou percer son cœur avec des échardes de sa propre cage thoracique ; la douleur n'aurait pas été égalée. À vrai dire, elle avait plutôt le sentiment qu'on lui infligeait les cinq à la fois. C'était de partout, comme des aiguilles chauffées à blanc qu'on aurait enfoncé dans sa peau. Chaque parcelle en était recouverte. Surtout son dos, qui brûlait, grattait. De l'acide, c'était de l'acide, impossible autrement. Elle aurait voulu se rouler, se gratter, faire quelque chose, mais l'atroce vérité était qu'elle ne pouvait plus bouger, elle en était incapable. Le moindre mouvement était devenu un cauchemar. Et l'odeur était revenue, alourdissant l'atmosphère d'un parfum de pourriture qui semblait s'imprimer dans ses poumons pour l'étouffer. Elle suffoquait, haletait, les ongles plantés dans ses paumes. Il fallait que ça s'arrête, il fallait...


  • Je vous en supplie... enlevez-le moi, faîtes quelque chose... je vous en prie... pitié...



Les mots sortirent avec difficulté d'entre ses lèvres, hachés et balbutiés. Dans un murmure si faible qu'elle crut que personne ne l'entendrait. Pourtant, il s'approcha. Il était pieds nus et boitait légèrement. En quelques enjambées, il était près d'elle. Il s'accroupit et ses yeux s'animèrent enfin, brillant d'un feu sombre, illuminés de l'intérieur par une passion dévorante.


  • Je vais réparer ça, je vais tout nettoyer...




C'était la même voix que dans la salle de bain, rauque et abîmée. Et lorsqu'il se mit à parler, elle crut que son visage allait s'ouvrir en deux ; la cicatrice s'ouvrait largement, offrant à sa vue l'intérieur de sa bouche. Nouvelle salve de douleur. Son corps sembla se craquer en deux comme une vulgaire allumette. Elle sombra, puis revint à elle alors que l'homme examinait attentivement un scalpel. Il lui semblait flou, tout lui semblait provenir d'un épouvantable cauchemar. Mais elle vit clairement ce qu'il tenait entre ses doigts violacés. Le canif médical était tout petit, pas vraiment menaçant, et sa lame était émoussée. Une version moins entretenue de ceux que les élèves utilisent pour leurs dissections. Des tâches de rouilles ou de sang souillaient le métal argent. Elle ne savait pas ce qu'il allait faire, mais elle s'en foutait éperdument. Le brouillard de souffrance intense qui clouait sa silhouette brisée au matelas avait effacé toute trace de peur ou d'instinct de survie en elle.


Pas assez de place, quand quelque chose d'aussi fort vous prend aux tripes. La douleur, rien d'autre que cette douleur extrême, absolue et entière, qui vous brise l'âme aussi sûrement que le corps. Rien ne peut rivaliser. De même que rien n'aurait pu l'y préparer.


Alors, lorsqu'elle le vit se pencher sur son dos, elle ne tenta pas même de résister.


Il fit lentement descendre le drap, elle le sentit s'enfuir sur ses jambes. Frissons. Fièvre. Elle se remit à convulser. Il coupa ensuite le t-shirt et le bandage pour avoir accès à son dos. Sueurs froides, alors que les feux de l'Enfer brûlaient en son sein. Des cymbales et des tambours se fracassaient entre eux avec violence. Dans son crâne, dans ses oreilles. Le chaos. Puis il se mit alors à trancher minutieusement la peau, suivant les contours du tatouage avec une précision extrême. Un vrai professionnel, travaillant avec prudence, lentement, imperturbable. Il exécutait un chef d’œuvre, toute son attention tournée vers la chair palpitante qu'il découvrait peu à peu, malgré les yeux écarquillés de sa victime qui ne pouvait plus arrêter les larmes âpres de couler sur ses joues exsangues. Plusieurs éternités semblèrent s'entasser dans le sablier du temps. Il continuait, infatigable, son épuration. Avec des mouvements habiles. Parce que si la douleur était la punition de sa victime, il n'était pas cruel pour autant. Il était apte à ôter ce qui ne lui appartenait pas, puisqu'elle le lui avait demandé. Elle avait comprit, finalement, alors il lui offrirait la rédemption.


Un temps infini avait dû passer. L'oreiller était mouillé de ses larmes, sa bouche était pâteuse et elle ne sentait plus son dos, quand elle se réveilla. Elle n'avait plus envie de se gratter, les irritations étaient parties, même si une douleur diffuse demeurait. Cependant, moins vive qu'auparavant, elle lui paraissait surmontable. Elle se redressa difficilement, au prix d'un effort incroyable. Les draps étaient trempés, son corps humide. Sueur. La pièce était plongée dans le noir, des relents de vomi saturaient l'air. Les yeux à demi-fermés, c'est à bout de souffle, une batterie dans la poitrine, qu'elle parvint finalement jusqu'à sa salle de bain, titubante. Que lui avait-on donné ? L'homme dont elle avait rêvé... il n'était pas vraiment venu, non ? Peut-être que l'allergie avait cessé. Elle arriva devant son miroir et ses yeux tombèrent sur un morceau de papier scotché à lui. Elle fronça les sourcils et leva une main chancelante pour le récupérer. Une écriture maladroite, presque enfantine, était couchée sur le papier blanc.


« Ta si belle peau était souillée. Maintenant, tu es parfaite, mais toute perfection a un prix. Trip. ».


Son cœur se mit à battre comme un fou. Elle lâcha la note, qui papillonna jusqu'au sol carrelé de blanc... sur lequel ruisselait du sang. Elle se retourna vivement et son regard rempli d'effroi tomba sur le reflet de son dos. Le morceau de peau tatouée avait été retiré, ne restait plus qu'un amas de chair rugueuse et palpitante, ainsi que des muscles lisses et rougis. Elle hurla à s'en briser les tympans et s'effondra contre le sol. Le bout de papier s'était retourné dans sa lente chute. Derrière, un « 5 » avait été dessiné presque rageusement.


Si son tatoueur avait bien voulu parler, il lui aurait dit que le papier est une carte de visite. Que le chiffre au dos n'est jamais le même, qu'il évoque un compte à rebours. Que personne ne sait s'il représente des années, des mois, des jours, des heures ou des minutes. Trip pourrait même être encore là, tapi dans l'ombre, à attendre cinq secondes avant de venir réclamer son dû, parce qu'il est comme ça, Trip, imprévisible. En réalité, tout ce qu'il aurait pu lui dire, et ce qui est aussi l'unique certitude de tous ceux qui ont été confrontés à Trip, c'est que c'est à partir de cette note que commence le véritable cauchemar.

Patrick Tissier Junior. 1994, soit vingt-trois années à son compteur. Dit Trip, pour le différencier de son père, célèbre tueur en série croyant. Mère inconnue, qui l'abandonne à sa naissance sur le pas de la porte du paternel, dès qu'elle comprend avec quel monstre elle a procréé. Apparemment amie avec Marie-France, la petite amie de Patrick Tissier-père à l'époque, elle aurait tourné le dos à cette amitié pour se jeter dans les bras de cet homme aussi charismatique que cruel. Neuf mois plus tard, elle lui apprenait la nouvelle et, ivre de rage, il assassinait alors Marie-France le soir du bal du 1er mai 1971. L'autre femme disparut dans la nature ce soir-là.

Trip détestait cette partie de son histoire, qu'il connaissait par cœur et que les gens qui apprenaient son passé ne se targuaient pas de lui répéter encore et encore. Il était déjà un monstre par transposition, son chemin était tout tracé, jugé avant même d'être né et accusé peu importe les actes qu'il pourrait commettre. Il était le fils Tissier, rien ne changerait ce fait. Injustice qui le rendait malade.


Personne ne savait ce que ça avait été de grandir aux côtés d'un tel personnage. Personne ne pouvait imaginer la violence des coups, les brûlures que laissait le cuir de sa ceinture sur sa peau ou bien même le profond sentiment de désespoir qui le prenait aux tripes en se disant qu'il n'avait rien fait pour mériter pareil traitement, qu'il n'arriverait jamais à fuir son propre père, que toute échappatoire lui était à jamais interdite. Il aurait tellement voulu le hurler, leur faire comprendre. La souffrance qu'il ressentait, il désirait ardemment la transmettre à ceux qui osaient se plaindre, à ceux qui se défiaient de lui. Ils ne savaient rien, l'ignorance était le pire des vices. Il aurait tellement voulu les aider à se débarrasser de leurs œillères. Leur arracher les paupières, leur dessiner de grands yeux au scalpel, les faire taire, pour qu'ils contemplent le monde de la même manière que lui. Sans artifice. Avec justesse.


Trip grandit dans la brutalité jusqu'à l'âge de 19 ans. Son corps était strié de cicatrices profondes, mais son esprit possédait bien plus de marques indélébiles, laissées par les railleries de ses camarades, par le rejet, les doigts pointés sur lui. Il était le petit nouveau bizarre qui déménageait souvent, qui vivait à l'écart et qui était présenté comme une bête de foire. Il était le craintif, le timide garçon à qui on ne pouvait pas même tendre la main sans qu'il ne tressaille en s'écartant. Celui qui chérissait l'obscurité, car il pouvait s'y dissimuler. Celui qui était très mignon avec son teint pâle sans imperfections et ses cheveux sombres, mais qui préférait visser une capuche sur sa tête pour qu'on l'ignore.


Jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, il réussit à supporter tout ça sans broncher. Les humiliations faisaient son pain quotidien et servaient à l'endurcir, de même que les poings et les revers métalliques qui s'écrasaient sur son corps, ignorant toujours délibérément son visage pour conserver intact les apparences. Jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, oui. Le jour de son anniversaire annonçait une correction mémorable, pareille à chaque année, comme si son géniteur lui reprochait d'être né. Et il avait raison, car ce jour-là, comme il s'y attendait, son père le rejoint. Véritable acharné. Il entendit le craquement de sa jambe et la seconde suivante, il touchait son visage brûlant. Le coup de trop, cette fois. Le soir même, Trip disparaissait dans la nuit, boiteux, une plaie encore à vif en travers de sa lèvre et sa joue.


Alors, il goûta pour la première fois de sa vie à la liberté la plus absolue. Quatre années passèrent avant ses retrouvailles avec son géniteur, durant lesquelles il remit en cause l'éthique, la morale et la justice. Il y réfléchissait tout le temps. Chaque instant de sa vie était tourné à la fois vers son passé et son futur, alors qu'une haine profonde s'ancrait en son cœur, s'enracinait jusqu'au plus profond de son âme. Néanmoins, de telles réflexions et un patronyme aussi lourd ne peuvent que causer méfiance et peur. Et les gens du village dans lequel il s'était réfugié récemment ne supportaient pas de l'avoir ici. Trip était effrayant. Sans compter son visage balafré, il avait fait poser sur son corps des tatouages sombres, qui recouvraient tous les endroits que son père avait frappé, sans exception. Les volutes noires longeaient des cicatrices, se mêlaient à des brûlures et s'enchevêtraient sur les marques d'un passé qu'il croyait derrière lui. Mais pire encore qu'un simple look désaxé ; des rumeurs murmuraient que la composition était unique, un alliage d'encre et de sang animal qu'il s'était lui-même injecté sous la peau. Et le fait que plusieurs chats et chiens aient été retrouvés égorgés dans le village avait alimenté ces ragots, faisant enfler l'inquiétude.


L'ignorance, toujours elle. Ils ne savaient pas pourquoi il faisait ça, ils ne voulaient pas le comprendre. Il était unique, il devait avoir quelque chose d'unique sur lui, qui hurlerait au monde entier sa véritable identité.


Alors, lorsque le procès de son père éclata, les gens perdirent tout bon sens, toute pitié. Ils associèrent les deux Tissier. Si le père était un être dépourvu d'âme comme le décrivaient les journaux, le fils devait être de la même espèce. Aussi, furieux pour ne pas être apeurés, ils se retournèrent contre Trip. Ils lui envoyèrent d'abord des morceaux de papier, avec des numéros inscrits en lui signifiant que c'était le temps qu'il lui restait pour partir avant qu'ils ne viennent le chercher, mais cela ne le fit pas fuir. Ils vinrent alors chez lui, renversèrent son intimité et finirent par céder à leurs pulsions. Ils lui passèrent un épais sac en toile sur la tête pour qu'il perde tout repaire, l'attachèrent ensuite avec une chaîne épaisse par le cou derrière un pick up et foncèrent sur la route, se complaisant du bitume glacé qui déchirait la peau du jeune homme derrière eux. Ils saccagèrent l'image qu'il avait eu tant de mal à composer, le laissant à nu. Il hurla si fort que sa cicatrice s'ouvrit à nouveau, déchirant la chair de sa joue.


Finalement, ils le jetèrent à la limite de la mort dans une ruelle peu éclairée, le corps secoué par des spasmes involontaires, à vif, les tatouages déchirés et partis en lambeaux pour la plupart.


Sans doute parce que ceux qui avaient agencé cette petite expédition punitive se vantèrent de l'avoir fait, la nouvelle parvint rapidement à son paternel, non loin. Ce dernier réussit à échapper à la vigilance de ses juges et partit à la recherche de son fils.


Et il le trouva. In extremis, ou peut-être trop tard, en réalité.


Il le porta jusqu'à une cave humide, où il le sauva tout autant qu'il le condamna.


  • Je vais réparer ça, je vais tout nettoyer... lui chuchota son père à l'oreille avant de commencer sa chasse.




Il traqua tous ceux qui avaient osé agencer cette torture et leur prit ce qu'ils avaient retiré à son fils. Des morceaux de peaux qu'il entreprit de coudre entre eux comme une chaude couverture sur le corps de son héritier. Cela prit trois jours épouvantables. Les corps dépecés d'hommes et de femmes furent retrouvés dans de nombreux lieux différents, tous méconnaissables, les lèvres soudés pour les empêcher de crier quand le méfait avait lieu. On appela cet événement la « rafle des déchus ». Déchus, parce que d'honnêtes citoyens avaient vendu leurs âmes en cédant à la paranoïa et en condamnant un homme pour les pêchés d'un autre. Bien que le nom soit encore trop noble pour de telles personnes...


Tout est il qu'il est impossible de savoir comment et pourquoi Trip a survécu a une telle abomination. Peut-être que le repos auquel il aspirait se trouvait sur Terre. Peut-être avait-il besoin de perpétrer des crimes pour qu'il y ait finalement une raison à tous les traitements qu'on lui avait infligés. Son père lui parla de « rédemption » et peut-être aussi que ce fut cette raison qui le fit rester. Entre la vie et la mort. Sur le fil même de l'existence, à la fois désincarné et bien présent.


Carcasse vide, bien résolue à absoudre les pêchés des descendants de tous ceux qui l'ont privé de sa vie.


L'ignorance.


Surtout l'ignorance.


Condamner l'ignorance.


Et offrir le pardon à ceux qui ont ignoré ses maux, ainsi qu'à tous ceux qui rencontreront son chemin dans sa quête de pêcheurs.


Ne demandez pas pitié, car vous n'en avez eu aucune.

Ce soir-là, elle sut qu'il était revenu à la première inspiration. Rien ne traînait sur sa pelouse, la clôture blanche à la peinture impeccable était intacte, le chat ronronnait tranquillement de son côté et la porte était toujours fermée à clé.

Néanmoins, dès qu'elle passa le palier, elle découvrit que sa charmante petite maison de deux étages était imprégnée d'une odeur de viande avariée et d’œufs pourris, qui ne pouvait que lui appartenir. C'était un parfum âcre, lourd et si oppressant qu'elle avait le sentiment qu'on lui remplissait les poumons de ciment, chaque fois qu'elle la respirait. C'était quelque chose qui lui rappelait la mort elle-même.


La panique la frappa comme une gifle. Elle ordonna à ses deux enfants de sortir immédiatement, puis se rua à l'intérieur. Si elle avait pu se mettre à crier pour lui ordonner de se montrer une bonne fois pour toutes, elle l'aurait fait, mais ses cordes vocales étaient aux abonnés absents, coupées par une peur tranchante. Elle se mit à courir, le cœur battant des records au niveau de ses pulsations, tremblante de la tête aux pieds, des fourmis dans le crâne. Elle était incapable de résonner correctement, elle ne pouvait plus. La tension qui l'habitait ces derniers temps menaçait de la faire rompre définitivement, aujourd'hui.


Tout avait commencé un peu plus de huit mois auparavant. Au départ, quelques appels téléphoniques en pleine nuit. Un bruit sourd qui la tirait de son sommeil, suivi de la sonnerie stridente du téléphone fixe. Le silence, puis un souffle, de l'autre côté du fil. Elle avait fini par débrancher la ligne. À la suite de quoi, elle avait commencé à recevoir des messages textes. « Tu m'as donné 254 jours. Tu en auras tout autant. ». Elle avait reçu ce texto une fois, tout au début, mais il avait aussitôt été repris sous forme de compte à rebours dès le lendemain. À chaque nouveau jour lui était offert un nouveau numéro, et plus le temps passait, plus elle s'approchait du moment où elle recevrait l'envoi « 0 ». Complètement terrorisée, et après avoir essayé de changer plusieurs fois de numéro, elle avait finalement arrêté toute utilisation du portable. Alors, il s'était mis à envoyer des lettres. Avec toujours ce compte à rebours, qu'elle refusait de comprendre, qu'elle ne parvenait pas à accepter et contre lequel elle ne pouvait plus rien.


Son mari avait fini par trier lui-même le courrier pour qu'elle n'ait plus à faire avec ces missives, mais elle savait qu'elles arrivaient toujours. Et au plus profond de sa chair, son instinct lui hurlait qu'elle n'était jamais seule, même lorsqu'elle le pensait. Non, elle ne l'avait plus été depuis le premier appel. Elle se sentait observée, suivie. C'était une silhouette qu'elle captait parfois, quand elle tournait trop rapidement la tête. C'était une odeur persistante et les échos décalés de ses pas, le soir, lorsqu'elle marchait pour rentrer chez elle après une réunion tardive. C'était une ombre dans un recoin de sa chambre, alors qu'elle s'éveillait chaque nuit sans exception à 04h36. C'était une forme noire qu'elle apercevait au bout de sa rue, lorsqu'elle jouait avec son garçon et sa fille sur la pelouse entretenue. C'était un sentiment oppressant, qui fouillait en elle pour lui arracher une peur viscérale, qui la conduisait chaque jour un peu plus vers le moment où elle serait frappée d'hystérie.


En fait, ce jour était peut-être arrivé.


La respiration hachée, elle courrait dans toute la maison, ouvrant violemment chaque porte l'une après l'autre, vérifiant les pièces aussi minutieusement que possible. Elle nota que toutes les fenêtres étaient grandes ouvertes, le vent s'engouffrant dans les chambres en faisant battre les rideaux contre les vitres propres. Elle tournait dans l'angle d'un couloir, avec l'horrible impression que quelque chose était sur le point de céder en elle, lorsqu'elle heurta une imposante silhouette. Elle laissa lui échapper un cri et se recula, mais une main la rattrapa et elle se sentit plaquer contre quelqu'un. Elle ne se relâcha que lorsqu'elle reconnut la voix apaisante de son mari, qui lui expliqua qu'il avait aéré la maison à cause de l'affreuse odeur qui y régnait. Elle éclata en sanglots.


04h36. Claquement étouffé. Elle sursauta et s'assit dans le lit. Son regard balaya la chambre sans trouver la moindre trace de qui que ce soit. Elle inspira profondément et se leva en silence pour ne pas réveiller son mari. Sortie de la chambre, elle descendit les escaliers sur la pointe des pieds et traversa le couloir pour se rendre à la cuisine. Elle se servait un verre d'eau, lorsqu'elle remarqua l'amas de lettres sur la table. L'une d'elles, sans qu'elle ne se distingue par quoi que ce soit si ce n'est son écriture enfantine, lui sauta aux yeux et elle s'en empara dans un moment de bravoure bienvenue. Elle l'ouvrit en tremblant et découvrit un morceau de cuir souple et pâle à l'intérieur, sur lequel un numéro était inscrit. « 1 ». Son estomac se crispa et un haut-le-cœur remonta le long de son œsophage. Quelque chose allait arriver, c'était une certitude. Mais par-dessous cet élan de terreur brute, s'éveilla également un soulagement indéniable. Ce calvaire, ce harcèlement continu, allait finalement prendre fin.


Elle jeta le tout dans la poubelle et remonta comme un zombie, la fatigue trompant sa peur pour la rendre acceptable et décuplant son soulagement pour apaiser ses nerfs depuis trop longtemps usés. Et les nombreuses nuits de sommeils interrompus eurent raison d'elle, lorsqu'elle se recoucha auprès de son mari, et elle finit par se rendormir, collé contre les muscles de son dos nu.


Les chiffres de son réveil indiquaient onze heure, quand elle reprit conscience le lendemain. L'affolement prit aussitôt le pas sur le reste ; elle était plus qu'en retard pour aller bosser. Elle se releva rapidement et se mit à chercher dans sa penderie une tenue pour la journée à venir. Bon sang ! Pourquoi son mari ne l'avait-il pas réveillée ? Habituellement, lorsqu'il partait au travail, il... Elle cessa tout mouvement. Sa gorge se noua et elle se retourna très lentement, comme si son squelette était rouillé et qu'il menaçait de grincer.


Il était allongé sur le côté, dos à elle. Il ne bougeait pas, ni ne ronflait comme à son habitude. À vrai dire, il était d'une rigidité effrayante. Elle s'approcha à pas mesurés, comme pour tester son courage. Puis, elle tendit la main, tira la couette d'un coup sec.


Elle était à genoux, en train de vomir, dans la seconde suivante.


Son mari était blanc, parce que tout le sang s'était échappé de plaies à vif sur ses poignets. Et il avait les lèvres striées de fils noirs. Elle ne l'avait pas entendu remuer contre elle et il était exactement dans la même position, lorsqu'elle s'était réveillée, cette nuit. Elle avait serré son cadavre, il était déjà mort lors de son étreinte.


Elle ne se rendit pas même compte qu'elle sortait à reculons de la pièce. Son épaule frappa plusieurs murs, ses coudes se cognèrent partout. Elle tituba jusqu'à la chambre de ses enfants, son cœur battant dans chacune de ses terminaisons nerveuses, faisant d'elle une pulsation géante. Elle tremblait violemment et sans s'arrêter, lorsqu'elle ouvrit la porte. La pièce était plongée dans une obscurité rompue par les veilleuses bleues au ras du sol. Son fils était toujours sous les draps et il respirait visiblement, mais alors qu'elle s'approchait, un nouveau choc la heurta en pleine poitrine ; le lit de sa fille était vide. Elle hurla son prénom et fit volte-face. De nouveau, un éclatement d'horreur, dans ses veines, dans sa tête. Qui lui fit perdre toute raison. Des traînées de sang marbraient le mur qui descendait le long de l'escalier. Le chat égorgé devant la porte lui donna un indice. Elle tira le battant vers elle et déboula dans le jardin.


La balançoire oscillait légèrement. Sur la chaise en plastique noir, sa fille se tenait affaissée, les mains scotchés aux chaînes pour la maintenir assise. Le sang goûtait de ses ballerines roses, formant un contraste dérangeant, et une plaie béante barrait son cou délicat.


Et juste à ses côtés, sur l'autre chaise, son fils.


Le chagrin la déchira de toutes parts, elle vacilla. De l'encre noire formait des motifs sur leur peau. De grands yeux avaient été tatoués sur leurs paupières fermées. Son cœur cessa de battre, l'espace d'une poignée de secondes. Non, non, non...


Mais...


Dans le lit...


Elle le tuerait, elle lui ferait subir le même sort, elle le...


Sans plus réfléchir, elle retourna dans la maison comme une furie. Ses pas claquèrent dans l'escalier. Les larmes brouillaient sa vue, mais elle distingua nettement la forme d'un corps dans le lit de son fils, lorsqu'elle remonta, ainsi qu'une poignée de cheveux sombres dépassant de la couette. La couverture se soulevait à intervalles réguliers sous l'effet d'une respiration. La peur imprégnait chaque cellule de son être comme un poison terrible. Elle allait mourir. Oui, mourir de peur.


Elle s'avança, ses mains cherchèrent de quoi s'accrocher et elle tira. Son hurlement fut rauque et interminable, pétri dans l'horreur la plus absolue. Le monstre se redressa, les yeux vides, un rictus inanimé au coin de la bouche et il tourna la tête vers elle. Elle recula en trébuchant dans des jouets et elle ne se rendit compte qu'elle demandait « pourquoi » en boucle que lorsqu'il daigna ouvrir la bouche.


  • 1er mai 1971, après près de neuf mois, tu as accouché à 04h36. 254 jours.




Sa voix était abîmée, semblable à un râle. Et alors que ses lèvres se mouvaient au gré de ses mots fous, la cicatrice devenait monstrueuse ; elle s'ouvrait sur toute la longueur de sa joue, creusant sa chair pour lui permettre de mieux distinguer l'intérieur de sa bouche, alors que la peau se craquelait tout autour de l'ouverture rougeâtre. Elle recula encore. La compréhension la mit à genoux.


  • 254 jours, ce n'est pas rien. Mais dès que je me suis détaché de ton corps, tu m'as abandonné.




Il se redressa et s'avança lentement vers elle en boitant, alors que l'étendu de son corps couturé s'offrait à ses yeux écarquillés d'effroi. Des morceaux de peaux accrochées à son torse pendaient sur son pantalon comme un vêtement trop large. Qui avait-il dessous ? La chair ? Les organes ? Pourrait-elle voir palpiter son cœur ou n'y aurait-il qu'un trou béant ?


  • Tu m'as laissé dans un monde de souffrance, tout comme je vais te laisser dans un monde de souffrance, à présent.




Elle avait mit un point d'honneur à oublier son passé trouble, celui qui concernait Tissier, et voilà qu'il lui revenait de plein fouet sous une forme hideuse qu'elle n'effacerait plus jamais de sa mémoire.


Pourtant, alors que tout son corps se recroquevillait face à la proximité de cette présence, il passa à côté d'elle sans même la toucher et ses paroles précédentes firent mouche. Il ne la tuerait pas. Il allait la laisser se débrouiller avec son bagage insoutenable de douleur, celle qu'il venait de lui infliger en tuant sa famille. Oh mon Dieu...


Alors qu'il quittait la chambre, elle entendit ses derniers mots de façon trop claire.


  • Chaque fois que tu t'approcheras du bonheur, je serais là pour te rappeler à moi.




Non, mon Dieu, non...


Elle n'échapperait plus jamais à ce fils qu'elle avait voulu laisser derrière elle.


Elle était condamnée.

L'homme qui vint frapper à sa porte en ce froid matin de janvier n'était pas un de ces policiers qu'elle avait eu l'habitude de côtoyer, loin de là. Trop vieux, trop maigrichon, le teint maladif et l'imperméable beige évoquant un cliché qui dépassait l'entendement. Il lui demanda d'entrer, il souhaitait qu'elle lui raconte de quelle façon elle avait survécu, voir si aucun détail ne leur avait échappé. Il mentait d'un air si naturel, si bien mené, qu'elle faillit se laisser aller à le croire. Fort heureusement, elle se reprit à temps... et se décala pour le laisser entrer. Elle savait l'identité de son visiteur. Elle l'avait presque immédiatement su. Et elle comptait bien en tirer profit.

Ils allèrent s'asseoir à la cuisine, elle ne lui proposa pas de café et il n'en demanda pas un, comme s'il savait qu'il ne fallait pas trop tirer sur la corde. Et alors, elle se mit à parler de cette nuit qui avait marqué le plus déterminant des tournants dans sa vie.


Un an plus tôt.


3, 2, 1..... BONNE ANNEE !


Nouvel an. Ouais, pas génial. Les guirlandes de Noël encore enroulées autour des sapins, les feux d'artifice multicolores dans le ciel noir, la brume fraîche dans les rues de la ville, les bonnes résolutions et les piaillements de joie, alors que le compte à rebours s'enclenche... cela aurait dû être réjouissant ou, à la rigueur, entraînant. C'était une fête, un passage dans le temps, quelque chose chose d'à peu près important, pourtant, elle restait de marbre. Sans doute parce qu'elle observait tout ça depuis son jardin encombré et plongé dans l'obscurité, en compagnie de la plus saisissante solitude. Tout est il qu'elle se sentait d'humeur morose et qu'elle n'arrivait à penser à rien d'autre que sa fin prématurée.


Parce qu'il était entré dans son existence.


Elle avait trouvé un mot dans son casier, trois semaines plus tôt. Enfin, un morceau de peau, sur lequel était inscrit le chiffre « trois ». Au départ, elle avait tout de suite pensé à une mauvaise blague. Ce devait être du plastique mou, pas de la peau, ça ne pouvait pas en être autrement. Et il y avait un paquet de garces à son lycée qui auraient été ravies de lui jouer ce tour. Pourtant, alors que les jours s'étaient écoulés, elle avait rapidement compris que toute cette situation dépassait la simple blague malsaine.


Au début, cela se résumait à des objets déplacés. Elle posait son portable sur sa table de nuit, allait se brosser les dents et le retrouvait sur son oreiller à son retour. Elle croyait que son étourderie était en jeu, mais elle avait tort. Les traces de mains sur les carreaux de sa fenêtre, les pas boueux qui menait jusqu'à sa chambre, les mots tracés dans la buée sur le miroir alors qu'elle prenait une douche ou bien encore l'épais fil noir et l'aiguille qu'elle avait retrouvé sur sa couette lui avaient prouvé que tout cela allait bien plus loin que son imagination. Quelqu'un s'amusait d'elle. Quelqu'un entrait dans sa maison et y voyageait comme bon lui semblait. Le Maître du jeu et la souris de laboratoire dans son labyrinthe sans issue.


Elle avait essayé d'en parler à son père, mais elle avait rapidement apprit à se taire. Professeur d'histoire, rien ne parvenait à se frayer un chemin à travers le béton armé de sa froide logique et de sa rationalité. Il trouvait toujours une explication à tout, et quand il ne trouvait pas, il l'accusait. Pour changer. Cependant, si elle avait été effrayée en premier lieu, la peur avait finalement glissé sur elle comme une pluie légère, laissant place à un sentiment hébété de soulagement. Ce n'était pas une nouvelle année qui allait améliorer le fiasco total de sa vie et si quelqu'un avait décidé de s'en prendre à elle, très bien, il lui rendrait service. Elle ne pouvait plus rien supporter dans son existence, elle y compris.


Cette nuit de nouvelle année plus particulièrement, elle le sentait partout, dans chaque terminaison de son corps. Son regard pesait dans sa nuque comme un collier trop lourd, mais elle gardait la tête droite et la colonne vertébrale bien raide. Si elle abandonnait, elle le ferait tout de même avec une certaine fierté, il n'y avait pas de raison.


Elle était rentrée chez elle, avait monté quelques marches, abandonné les autres et leur humeur trop lourde qu'elle entendait dans le lointain.


La salle de bain était plongée dans une obscurité profonde. La fenêtre était ouverte, laissant les rideaux flotter comme deux larmes pâles sur le mur noir et permettant à l'air glacé de paralyser ses muscles. Le silence était pesant, troublé par sa respiration hachée alors qu'elle portait la lame de rasoir à son poignet. La porte grinça derrière elle, lentement. Elle tressaillit et le tranchant métallique mordit sa peau, gravant un sourire sanglant dans la blancheur de son avant-bras. La douleur éclata dans sa chair comme une morsure ou du poison, vive, puis se diffusant avec une rapidité déconcertante. Elle ramena la lame de nouveau, prête à franchir le pas. N'était-ce pas ce qu'il voulait d'elle ? Il l'avait emmené jusqu'au bord du gouffre... n'était-ce pas pour l'y précipiter ? Elle allait lui donner entière satisfaction.


Pourtant, alors qu'elle s'entaillait de nouveau, plus profondément cette fois, elle sentit des doigts longs et rugueux s'enrouler autour de son poignet. Elle sursauta et lâcha le morceau de métal rougi qui tomba en cliquetant sur le carrelage gris. Il se mit à serrer, trop fort. Elle se retourna, prête à se débattre, puis se mit à hurler, quand elle croisa les yeux vides, creux de toutes émotions, de son bourreau. Elle vit une cicatrice s'élargir, dénudant la chair, alors qu'il levait l'autre bras pour poser sa paume couturée sur ses yeux, murmurant de sa voix râpeuse :


  • Ce sera notre secret...




Ses yeux se mirent alors à brûler, à fondre, à éclater, tout à la fois. Son hurlement n'eut pas de fin. Elle ne voyait plus rien, elle ne ressentait que l'impérieux besoin de s'arracher les globes oculaires. Cependant, avant qu'elle ait eu le temps de faire le moindre geste, la souffrance atroce qui déchirait son crâne eut raison d'elle ; elle s'écroula, inconsciente.


Son réveil fut insoutenable. Sa tête paraissait enflée, au point d'éclater si elle la touchait. Une migraine semblait enfoncer des vis dans ses tempes et ses yeux la démangeaient. Toute la peau autour de ses orbes paraissait gonflée, à vif. Néanmoins, quand elle voulut porter une main à son visage, ses doigts rencontrèrent une matière rugueuse et désagréable. Oh mon Dieu, que lui avait-il fait, que... Ses paupières se relevèrent et elle découvrit sa chambre dans un champ de vision plus petit qu'habituellement. Et du noir tout autour de ce décor familier : elle portait un sac en toile sur la tête. Pas de fentes pour le nez ou la bouche, juste deux trous pour qu'elle puisse voir.


La panique s'écrasa sur ses épaules comme une enclume, l'étouffant, la faisant suffoquer. Elle essaya de prendre de grandes inspirations, mais peine perdue avec ce maudit sac ! Ses doigts trouvèrent l'ourlet près de son cou, mais elle nota alors qu'au lieu d'un simple nœud se trouvaient des petites bosses rugueuses qui étaient horriblement douloureuses : il avait cousu le tissu rêche à sa peau, l'empêchant de retirer le sac sans faire sauter tous les points noirs. Elle se mit à trembler, à tâter le tissu de manière compulsive pour chercher un moyen de retirer la chose sans se blesser, en vain. Des sanglots éclatèrent. Elle releva la tête, les yeux écarquillés.


Les pleurs ne venaient pas d'elle.


Elle ne l'avait pas remarqué, mais une forme sombre gesticulait sur son lit. Son père. Ou plutôt, ce qu'il en restait. Ses lèvres étaient noircies de fils. Son corps était couvert de plaques rouges atroces, boursouflées et purulentes, qu'il grattait sans s'arrêter. Il s'était arraché les cheveux, la peau et les ongles à force de frotter tout ce qu'il trouvait sous ses doigts. La couette était imbibée de sang. Des larmes folles coulaient sur ses joues, jusque dans son cou. Et il lui manquait son élément fétiche.


Ce spectacle la calma d'une manière aussi tordue que radicale. Elle laissa retomber ses bras le long de son corps et se releva, un peu vacillante. Il souffrait. Il souffrait tellement. Mais lorsque son regard se posa sur la lanière de cuir surmontée d'une boucle en or posée aux pieds du lit, elle sut que jamais elle ne lui viendrait en aide, que ce soit pour le garder en vie ou l'achever. Il méritait cette punition, il la méritait plus que quiconque, parce qu'elle était presque certaine qu'il restait des traces de sang sur le métal précieux de sa ceinture. Son sang.


Un bruit sourd la tira de ses pensées et elle tourna lentement les yeux vers la fenêtre, s'arrachant avec difficulté de ce spectacle morbide. Les battants en bois frappaient le mur des deux côtés sous la violence du vent. Elle courut vers eux pour les maintenir alors qu'elle se penchait sur le rebord. La bourrasque froide qui s'introduit par les trous au niveau de ses yeux la fit pleurer, mais elle put néanmoins distinguer une silhouette plus noire que les ténèbres même de son jardin, une ombre qui tranchait le paysage, s'éloigner en direction de l'avenue principale. Le nom lui vint instinctivement. Trip. Et les meurtres abominables que la presse lui attribuait ces derniers temps auraient dû l'empêcher d'éprouver de la reconnaissance. Pourtant, ce ne fut pas le cas.


Elle finit par se laisser tomber par terre et ses doigts glissèrent lentement sur les coutures sanglantes à son cou. Elle se mit à chantonner avec douceur pour se rassurer, alors que son père continuait d'agoniser. Et elle sut au plus profond d'elle-même qu'elle venait de réussir un test.




Maintenant.

 
    
Quand mes collègues sont venus, vous avez témoigné calmement. Et vous n'êtes pas la seule. Trois autres survivants ont témoigné de cette façon, certains éprouvant même de la reconnaissance pour le meurtrier. Pourquoi ? 
    
 
    
La question de l'homme la ramena dans le présent et elle secoua doucement la tête, retirant ses doigts des cicatrices à la base de son cou fin.  
    
 
    
Vous ne comprenez pas. Nous ne sommes pas des survivants, il n'a pas tenté de nous tuer. Il nous a épargné, il nous a sauvés. Ce soir-là, je suis devenue quelqu'un, j'ai enfin été Anna, répondit-t-elle d'une voix maîtrisée.  
    
[*]
Mais pourquoi vous avoir épargnés ? Insista lourdement son interlocuteur.  
    
[*]
Il ne répond qu'à sa propre justice, il nous comprend, nous sommes comme lui. Nous tous avons été témoins du même genre de monstre humain. Parents proches, collègues ou amis. Certains se sont retournés contre nous et nous ont infligé tant de choses que nous avons fini par voir le monde comme il le voyait. Sans maquillage pour cacher la laideur. Sans artifices. 
    
 
    
À ses mots, Anna baissa ses paupières, laissant à l'homme la surprise de voir plus nettement les deux grands yeux qui y étaient tatoués sur leur fine membrane. Son interlocuteur eut un mouvement de recul et se releva brusquement.  
    
 
    
Vous parlez comme lui. 
    
[*]
Parce que je pourrais être lui, s'il ne m'avait pas aidé à temps, rétorqua-t-elle avec un sourire tordu.  
    
Il fronça les sourcils et finit par hausser les épaules.  
    
 
    
Bon, j'ai ce qu'il me faut, je vais y aller. 
    
[*]
Bien sûr, inspecteur.  
    
 
    
Il se retourna, puis se dirigea vers la porte d'entrée. Erreur tactique. Elle avait fait ses recherches sur celui qu'elle avait vu cette nuit, sur cet homme qui avait tué son père, et elle savait d'où il venait. Et peu importe ce qu'il en penserait, elle allait lui rendre le même service qu'il lui avait offert.  
    
 
    
Le manche du couteau prit place dans sa paume, le bout de ses ongles touchant la lame immaculée. Les doigts de son autre main se mirent à pianoter nerveusement sur la boucle de sa ceinture.  
    
 
    
La seconde d'après, Anna s'avançait vers Patrick Tissier.
Enfin, bref. Elle en parlait si souvent que ça m'a vite gavé et je ne l'écoutais plus vraiment. Au départ, c'est pour cette raison que j'ai cru qu'elle ne me donnait plus de nouvelles et quand j'ai appelé chez elle, ses parents m'ont confirmé qu'elle ne voulait pas me voir, mais je me suis vite rendu compte que je n'étais pas le seul. Elle ne répondait plus aux messages, ne passait plus sur Facebook, ni sur ses forums, nada. Enfin, ça ne paraît peut-être pas être grand-chose, mais pour elle qui était si sociable, cela signifiait le vide complet de son côté. Je me suis dit que ça lui passerait, mais finalement, plusieurs jours après, ses parents m'ont rappelé, me disant que leur fille avait besoin de voir quelqu'un, qu'elle ne paraissait pas bien et qu'ils aimeraient que je passe.


Un peu énervé d'être trimbalé comme ça, j'ai répondu sèchement, mais j'ai fini par y aller. Mais ma mauvaise humeur n'a pas duré rapidement quand je l'ai vu. Elle était blanche comme un cachet d'aspirine et sa chambre plongée dans le noir n'avait pas dû voir la lumière du Soleil depuis longtemps. Ses mains tremblaient aussi et notre conversation me mit très mal à l'aise. Elle me demanda si je croyais aux coïncidences. Elle m'avoua qu'elle avait voulu faire peur à ceux qui la liraient, mais que le jeu semblait se retourner contre elle. Elle disait que ça la grattait, qu'elle avait des démangeaisons partout. Elle me montra sa cheville, où une rougeur marquait sa peau. Son truc ressemblait plus à un bouton de moustique et j'ai rigolé en lui disant qu'il fallait qu'elle sorte, qu'elle voie du monde. Et ce qu'elle m'a répondu m'a complètement figé. Elle a juste dit : « Je n'y croyais pas, et c'est peut-être ça le problème ». La phrase en elle-même n'a rien de spécial, mais il y avait quelque chose dans sa voix... Je ne sais même pas comment l'expliquer, mais je n'oublierais jamais ce moment.


Enfin, loin de moi l'idée de devenir obsessif à propos de ses histoires, je m'arrête là, je voulais juste exposer la base. Si je viens écrire ici, c'est surtout parce que je n'ai plus de nouvelles d'elle depuis deux jours. Tout comme ses parents. Elle est partie pour la fac un matin et n'est jamais revenue. Ils pensent à une fugue et je suis pour cette hypothèse, elle avait l'air mal dans sa peau, mais... Je ne sais pas, je me sens vraiment mal à l'aise. Il y a quelque chose qui m'embête et ça me reste en tête. Complètement ridicule, peut-être, mais je suis juste inquiet. Est-ce que quelqu'un connaît quelque chose au sujet de cette histoire ? Je n'ai rien trouvé sur internet, à part le blog d'Elise. Elle l'a sans doute inventée de toutes pièces, mais je ne suis pas sûr. J'ai vu que Patrick Tissier a réellement existé. Et elle était franchement obsédée à son propos, je trouve ça même malsain. On a retrouvé des coupures de journaux dans sa chambre, avec des titres d'articles entourés au gros feutre, parlant de meurtres et de trucs sordides du genre. Certains faisaient penser à ceux qu'elle a décrits, comme si elle s'en était inspirée... Oui, je m'éloigne de nouveau, stop.


Enfin, voilà, si quelqu'un veut bien m'éclairer, ce n'est pas de refus. Je dois sans doute me ridiculiser à donner de l'importance à cette histoire, mais je ne sais vraiment pas comment faire pour l'aider. Je me sens impuissant et, oui bien sûr, ça ne l'aidera pas de savoir pour cette histoire, mais c'est tout ce que j'ai, c'est de ça qu'elle parlait avant sa fuite, alors je n'en sais rien, vraiment. Quelqu'un a déjà connu ce cas ? Une obsession de ce genre ou une fugue ? Si quelqu'un veut bien me donner une réponse, je me sentirais déjà un peu plus rassuré.


Édit du 24 juin 2014, à 09h24.


Je viens de voir qu'Elise a posté un autre message sur son blog vers 4h (« je suis »), elle n'est toujours pas rentrée, elle ne répond pas aux commentaires, mais avoir un message d'elle, aussi flippant qu'il soit je vous l'accorde, me rassure. Merci pour ceux qui ont pris au sérieux mon inquiétude, votre sollicitude me touche et pour ce qui est des autres... J'espère sincèrement que vous ne vous retrouverez jamais dans une telle situation d'impuissance et de peur. Mon amie a disparu et vous jouez aux gamins mesquins, quelle belle mentalité. En tout cas, je continue mes recherches, je tourne un peu en rond, mais j'ai peut-être déniché quelque chose hier soir. À voir, je tiens au courant ceux qui m'ont demandé de le faire. Bonne soirée, J.




Message posté le 24 juin 2014, à 11h36, par Jul54.


Je ne répondrais plus aux messages ici. Je pense même supprimer ce sujet, désolé pour ce revirement. Elise est morte.


Suppression de l'utilisateur Jul54.


















Il manque les 5 textes sous balises à corriger, sinon le texte "général" est corrigé.
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PostPosted: Tue 24 Jun 2014 - 13:38    Post subject: Publicité

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Jiszero
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PostPosted: Tue 24 Jun 2014 - 14:07    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

J'ai beaucoup aimé cette histoire d'auteur de creepypasta qui se fait happer par ses propres histoires. Après est-il forcément utile de poster les 5 textes dans la même histoire, je n'en suis pas sûr. Simplement laisser un lien qui se dirigent vers ces textes aurait été mieux je pense, car si on s'amuse à tous les lire on ne sera plus dans le sujet principal, ce qui n'est pas réellement le but.

Mais pour le moment je laisse traîner mon POUR
________________
De l'humour ? Une belle mise en page ? Une utilité ? Ce qu'il faut pas entendre, j'vous jure... www.creepypastafromthecrypt.com/t2635-Le-Tripoda-Banned.htm

"Vziouuu boum boum vziou zla wooiiiinnngggg"
-Ratatat-


Les pasta ça va ça vient c'est comme l'argent faut pas s'en faire et mon cul, les pasta ça va et ça vient et ça revient pas comme ça bien sûr qui faut s'en faire


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Loren
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PostPosted: Tue 24 Jun 2014 - 14:20    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Oh, déjà merci beaucoup pour cet avis qui est venu si rapidement, ça fait plaisir de voir que ça plaît ! :)Et pour ce qui est des textes, j'ai beaucoup hésité à les mettre ici, moi aussi. Mais ça peut se retirer si besoin, puisque justement il y a le lien du blog, où les cinq textes sont regroupés. En tout cas, encore merci  Smile
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sony
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PostPosted: Tue 24 Jun 2014 - 18:57    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

J'ai trouvé super intéressant ! Le concept "d'addiction" aux creepypasta (j'en ai peut-être un ?) est bien trouvé est permet de mieux se plonger dans la lecture vu que cela peut être vu comme une situation "courante". L'orthographe est pas mal selon moi, j'ai pas relevé de grosses fautes, ça pique pas les yeux.
L'ajout d'une adresse web augmente le facteur réaliste de ta creepypasta.
Je pense également pense qu'il aurait fallu alterner les textes de cette jeune Elise entre différents paragraphes et commentaires, ça adouci un peu le format du texte. La, on dirait un gros bloc. o_ô
Et pour ce qui est du sentiment de peur ou autre, je dois avouer que je n'ai pas autant flippé que ça. Cependant, les textes m'ont mis mal à l'aise dans certains cas.
En bref, c'est du tout bon, j'approuve. POUR

P.S.: Le blog Skyrock qui est pas kikoo, c'est pas normal. J'ai peur. Laughing
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Loren
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PostPosted: Tue 24 Jun 2014 - 19:29    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Merci beaucoup de cet avis détaillé et de ton vote favorable, sony. : )
Je vais attendre de voir les conseils, car j'hésite toujours entre citer les textes un par un en les commentant brièvement (comme tu me l'as suggéré) , ou simplement laisser l'adresse du blog. Je ne sais pas...
C'était surtout l'effet que je visais, alors ça me va, YES !


P.S: C'est vrai que ça change, hein ? Eh eh  Successful Troll
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Tripoda
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PostPosted: Thu 26 Jun 2014 - 22:15    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Les cinq textes inclus dans la masse, je ne les ai pas lus. Peut-être plus tard. Du coup, cette lecture m'a parue un peu courte, peut-être pas assez détaillée concernant Trip (Trip comment? ).


C'est dit dans l'optique où ce texte existerait indépendamment des pastas en lien, et serait en quelque sorte la porte d'entrée de toute une cosmologie (donc seulement le lien du blog dans la pasta). Ce qui, pour peu que ce soit bien fait, en jetterait vraiment. S'agirait en quelque sorte d'arranger le texte principal afin de le rendre "publicitaire", qu'il donne vraiment envie d'en savoir plus. Je sous-estime grandement la flemme des lecteurs, certes. Mais je pense que ça pourrait être une bonne idée.




Sinon ça, on va valider quelques points. Cohérence de l'histoire: ok; cohérence des personnages: ok; sentiment éveillé: à travailler, il faudrait comme je l'ai suggéré éveiller la curiosité et pousser le chaland à lire les textes du blog; vraisemblance du moyen de transmission: ok; lisibilité: ok; intérêt: ok.
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Last edited by Tripoda on Fri 27 Jun 2014 - 16:12; edited 1 time in total
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Magnosa
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PostPosted: Thu 26 Jun 2014 - 22:37    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Je suis d'accord sur le fait que les 5 textes au milieu du texte devraient disparaître, on a l'adresse du blog, ça suffit. Et puis le blog en question est suffisamment fourni pour au moins avoir l'air très réaliste, après, je n'en lirai le contenu que plus tard. La fin est brutale mais en même temps je la trouve bien plus réaliste que ceux qui trainent en longueur en disant à quel point c'est affreux et d'autres choses.

Cohérence de l'histoire : bonne
Cohérence des personnages : bonne
Sentiment éveillé : bon (mais Tripo a raison)
Vraisemblance de la transmission : bonne
Style d'écriture : bon
Lisibilité : bonne
Intérêt : bon
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PostPosted: Thu 3 Jul 2014 - 06:57    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Cohérence de l'histoire : C'est bien.
Cohérence des personnages : Bien aussi.
Sentiment éveillé : Pareil que Magno qui dit pareil que Tripo.
Vraisemblance de la transmission : Yeah
Style d'écriture : J'ai bien aimé ici ouais.
Lisibilité : Bonn aussi.
Intérêt : Ouais là c'est cool, tu as bien tout trouvé, par rapport à l'histoire tout ça. J'aime bien, t'as même fait un blog et tout, c'est cool. 



À ça je rajouterais que j'ai pas lu les 5 textes, et que je les corrigerais plus tard. Sûrement un à un. Mais ouais ils sont pas trop utiles puisqu'il y a le blog. Je passerai aussi sur le blog, si je trouve des fautes je te MPrai.
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PostPosted: Thu 3 Jul 2014 - 12:16    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

cohérence/vraisemblance de l'histoire : Bonne

-cohérence des actions du ou des personnages : Bonnes

-sentiment éveillé chez le lecteur : La peur et l'incompréhension, on est aussi perdu que l'auteur

-vraisemblance du moyen de transmission de l'histoire : Le faite que l'histoire vienne de blog n'est pas original mais efficace, et le faite que le forum Jul54 est été supprimé explique la mise en page de celui-ci

-style d'écriture : Adapté au Blog

-lisibilité du texte: La lecture est limpide

-intérêt de l'histoire : Pas vraiment original mais le faite de passer par un vrai forum renforce le doute entre le réel et l'irréel, on ressent bien les sentiment de Jul54


Donc Pour évidement.
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Rit tout le monde rira avec toi, pleure et tout sera tout seul à pleurer.

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PostPosted: Sat 12 Jul 2014 - 14:53    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Pas de changements? Si c'est pas bientôt fait on la juge telle quelle, et en l'état je serai contre.
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Magnosa
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PostPosted: Mon 21 Jul 2014 - 21:36    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Inutile de tergiverser davantage, les votes sont ouverts.
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Tripoda
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PostPosted: Tue 22 Jul 2014 - 00:13    Post subject: Douleur exquise Reply with quote

Si je me souviens bien, j'étais ok pour tout hormis le sentiment éveillé, trop faible par faute de plus mastoc tu meurs avec des intrigues secondaires à droite à gauche. Ce qui fait que je mets contre. On avait suggéré depuis un bon moment de faire quelques changements, je prends ce délai comme un refus.

EDITH du 29/7: Désolé, mais ça traîne vraiment trop. Tu pourras toujours le reproposer plus tard, mais là, faut faire de la place.
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