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Meilleur ami de l'homme

 
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Calyspo
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MessagePosté le: Jeu 20 Sep 2018 - 17:13    Sujet du message: Meilleur ami de l'homme Répondre en citant

« J’ai pas envie d’aller sur la digue. Tu n’as qu’à y aller toute seule, je t’attendrai là. » 

 
Rachel fronça le nez et Gabin redressa la tête, lui jetant son regard qui signifiait : J’avais pas envie de venir tout court. Rachel avait toujours aimé monter sur la digue. Gabin supposait qu’être cernée par la mer et le bruit des vagues l’apaisait. Mais voilà, Gabin n’avait pas envie d’être coopératif aujourd’hui. 

 
Tout d’abord, Rachel avait lourdement insisté pour qu’il vienne promener le chien avec elle. Il avait protesté, Gribouille n’était pas son chien, et puis le temps était infect, mais rien n’y avait fait. La vérité, c’est que Rachel considérait qu’il n’était pas sain pour un enfant de passer sa journée derrière un écran d’ordinateur, et en la matière leurs parents rejoignaient malheureusement la jeune femme en tous points. Il avait donc trainé des pieds tout le long du chemin jusqu’au port pour bien faire sentir son mécontentement.  

 
La mer était calme mais une lourde brume, comme il y en avait souvent dans le coin, pesait sur la ville. Des goélands volaient à ras de terre entre les bateaux amarrés et Gribouille les coursait en aboyant à qui mieux mieux. C’était un jeune caniche, tout menu et à la fourrure aussi rousse que la chevelure de sa sœur. C’était un bon exemple de tel chien tel maître selon Gabin.  

 
« Très bien » céda finalement Rachel, « Reste ici, mais ne t’éloigne pas OK ? » 

 
Oui, oui. Et je prendrai pas les bonbons du vieux monsieur. 

 
La jeune fille le fixa encore quelques secondes, puis se détourna en soupirant. Elle s’éloigna vers la digue, le chien sur les talons. Rachel était un véritable éclair dans le décor. Elle portait une lourde robe en lainage vert émeraude et la couleur de ses cheveux contrastait singulièrement avec la grisaille ambiante. 
Elle monta quelques marches et fut avalée par la brume.

Gabin s’approcha de l’eau et fouilla dans les galets du bord. Il en sélectionna quelques-uns puis, se plaçant face au port, lança le premier. Le brouillard était particulièrement dense, épais comme de la purée de pois. On n’y voyait guère à plus de cinq mètres. Le galet fusa au-dessus de l’eau, où il ricocha en sauts souples et énergiques. 

 
Plaf. Plaf. Plaf.

Le galet fit trois bonds avant de disparaitre dans le brouillard. Gabin distingua le bruit d’un saut supplémentaire avant que toute trace de son lancer ne soit totalement avalée par la brume. Pas mal. Le secret se trouvait dans le mouvement du poignet, sec et vif. Le galet devait se trouver parfaitement horizontal à la surface pour y rebondir sans y plonger. Il en lança de nouveau un. 

 
Plaf. Plaf. Plaf.

Le choix du galet était également d’importance. La pierre parfaite était plate et symétrique, à la surface lisse et sans aspérités.


Plaf. Plaf. PLOUF !


Gabin tressaillit. Un long frisson comme un doigt glacé descendit le long de sa colonne vertébrale.
La dernière éclaboussure avait fait trop de bruit, sans pour autant avoir été vraiment imposante. Il avait beau scruter le port avec la plus grande attention, le temps était bien trop mauvais pour qu’il puisse discerner quoi que ce soit. Peut-être une dorade sautant en dehors de l’eau ? Cependant un frémissement inexpliqué lui courrait jusque dans les os, comme une crispation lui tendant les jambes en ressorts. Les ricochets ne l’amusaient plus.  
Gabin s’éloigna du bord et s’assit un peu plus loin, à quelques mètres de l’escalier. Ses yeux ne pouvaient quitter l’eau du port qui léchait les galets à intervalles paresseux. Elle montait et descendait mollement, sans frémissement particulier.  

 
Un raclement contre la pierre l’arracha à sa contemplation. Gribouille descendait les escaliers. Il trottina jusqu’à lui et vint s’asseoir à ses pieds en silence. Gabin lui caressa distraitement la tête, puis saisit un nouveau galet et le retourna entre ses mains. Le chien leva alors la patte avant et grata du bout de celle-ci son jean. Gabin fronça les sourcils. Il tourna la tête vers la digue, ou du moins, dans la direction dans laquelle il savait qu’elle se trouvait. 

 
« Rachel ? » appela-t-il.

Il lui sembla que sa voix n’avait pas porté, comme engloutie par l’épaisseur opaque qui le cernait.
A ses pieds, le chien le fixait calmement.
Rachel ne redescendit jamais de la digue. 

 
oOo 

 
Des recherches furent organisées dans l’heure suivant la disparition de Rachel. Leur père était chef d’escadron de la gendarmerie, aussi toutes les ressources possibles furent immédiatement mobilisées. Des plongeurs explorèrent minutieusement toute la zone entourant la jetée. On ne trouva rien. 

 
Son père tenait là une première victoire. Sa fille ne pouvait s’être noyée : rien n’avait été découvert le long de la digue. Le courant était fort et y rabattait tout ce qu’il attrapait. C’était là qu’on retrouvait toujours les corps fracassés des touristes imprudents, ceux qui nageaient quand même par drapeau rouge. Tout ce que la mer avalait et charriait, elle le vomissait là. Si Rachel était tombée à l’eau, son cadavre se serait trouvé à cet endroit.  
Rachel ne s’était pas noyée. Il le répétait, encore et encore, comme un mantra. Elle avait dû faire une mauvaise rencontre sur la digue, croiser un homme qui l’avait contrainte de le suivre, qui l’avait enlevée ! Et, alors qu’il s’escrimait à organiser des recherches, Gabin avait vu un de ses collègues se pencher vers son coéquipier et lui murmurer : « Elle a été dévorée par le brouillard, c’est la brume qui l’a prise » 

 
On ne pouvait en effet quitter la digue sans passer à l’endroit où Gabin se trouvait ce jour-là. De cela il était sûr, seul le chien était ressorti du brouillard qui pesait alors sur le port. Personne d’autre. 
Son père le savait, bien sûr, même si pour rien au monde il ne l’aurait admis. Certains soir où la nuit était particulièrement noire, et qu’il s’asseyait devant la fenêtre pour perdre son regard en elle, Gabin voyait tout au fond de ses yeux qu’il savait que sa fille était morte. 
Sa mère, elle, ne se faisait aucune illusion. Elle s’efforçait de se montrer forte pour son fils et son époux, mais Gabin l’avait déjà entendue pleurer dans les toilettes en pleine nuit. Toujours est-il que Gabin ne trouva ni chez l’un, ni chez l’autre un écho avec lequel partager sa propre souffrance.  

 
Il avait surpris une conversation, un matin de marché : « Vous avez su, pour le fils du boucher ? On l’a repêché seulement trois heures après qu’il soit tombé à l’eau. Les crabes lui avaient déjà mangé les yeux ! Ils n’avaient touché à rien d’autre mais il n’avait plus d’yeux !» Ces paroles gravèrent sous son crâne une image terrible pour son esprit d’enfant, qui devait par la suite hanter ses cauchemars.  

 
Seul le chien paraissait insensible à la disparition de Rachel. Gabin se surprenait parfois à le fixer haineusement. C’était un petit gabarit qui, quoi qu’il se fût passé sur cette digue, n’aurait pas pu faire grand-chose. Mais tout de même, il aurait au moins pu grogner, aboyer comme un fou, et alors Gabin aurait compris que quelque chose n’allait pas. Et bien non. Le chien était redescendu en silence pour s’assoir à côté de lui et avait levé ses grands yeux vers les siens. Il n’avait même pas couru.
Gabin se trouvait parfois éveillé au cœur de la nuit, les joues ruisselantes de larmes et, serrant convulsivement les draps entre ses doigts, il songeait : Meilleur ami de l’Homme mon cul. 

 
Gabin n’avait jamais eu de relation houleuse avec sa sœur, au contraire de la plupart des fratries. Rachel ne le battait jamais. Elle n’avait levé la main sur lui qu’une seule et unique fois, et Dieu sait – avec le recul il s’en rendait bien compte – que Gabin l’avait mérité : 

 
Martin, le fils des voisins, avait sonné chez eux un samedi après-midi pour qu’ils sortent jouer. Il avait deux lourds bâtons entre les mains et lui en avait tendu un. Ils avaient ensuite pris la direction du lac. Une petite colonie de ragondins y avait pris ses quartiers, creusant les berges comme du gruyère. Les habitants du coin avaient pris l’habitude de les nourrir de pain rassis comme on nourrissait les canards, aussi n’étaient-ils pas bien farouches.  C’est pour cette raison que les deux enfants avaient pu se faufiler entre les animaux sans les inquiéter. Martin s’était approché furtivement de l’un deux qui leur tournait le dos et grignotait quelque chose qu’il avait trouvé entre des racines. Martin avait resserré ses mains sur le bâton, l’avait dressé tout au-dessus de sa tête et avait frappé de toutes ses forces. La branche avait sifflé en fendant l’air. Tous les animaux avaient immédiatement fui dans toutes les directions. Mais Martin n’avait pas perdu de vue sa cible et l’avait talonnée jusqu’à ce que la pauvre bête se retrouve acculée contre un arbre. Gabin s’était tétanisé. Il se sentait nauséeux – le ragondin poussait de petits couinement affolés – mais il ne voulait surtout pas passer pour un dégonflé aux yeux de Martin. Aussi avait-il tout de même donné quelques coups, sans grande conviction. Martin, lui, avait les yeux brillants d’excitation, presque voilés de plaisir. Gabin était alors bien trop jeune pour pleinement saisir avec quelle ampleur le comportement de son camarade était inquiétant.  Toujours est-il que c’est ainsi que Rachel les avait trouvés. Elle avait alors levé très haut la main et baissé vivement le bras, lui assenant une gifle qui lui fit voir des étoiles et partir la tête sur le côté. Gabin avait porté immédiatement la main sur sa joue brûlante et hoqueté d’étonnement. Sa stupéfaction était telle qu’il eut du mal à reprendre son souffle.  
Elle l’avait regretté instantanément, il l’avait vu dans ses yeux. 

 
Rachel ne pouvait rester longtemps fâchée contre lui, même lorsqu’il était insupportable comme tout bon petit frère se devait de l’être. Même lorsqu’il cassait ses affaires par accident, parce qu’il avait touché à ce qu’il n’aurait pas dû. Lorsqu’il levait vers elle ses yeux de chien battu, il lui était physiquement impossible de lutter. Il en jouait, bien entendu, mais avec mesure : il se sentait parfois si fragile et petit devant l’amour absolu et inconditionnel que lui portait Rachel, et qu’il descellait alors comme à travers des volets, sans en comprendre totalement la profondeur. 

 
Oh Dieu ce qu’il détestait ce chien.

Pourtant, lorsqu’il quitta la maison pour poursuivre ses études à Paris après son baccalauréat, Gabin insista avec une rare pugnacité pour emmener Gribouille avec lui. Il n’aurait pas supporté d’être séparé de l’animal. La pensée de Rachel montant sur la digue, Gribouille dans son dos, la pensée qu’il avait été le dernier être vivant à avoir… Non.
C’était le chien adoré de sa sœur adorée, et pour ça il se le traînerait jusqu’au bout. 

 
Les années filèrent ainsi, dans une sorte de statu quo. Malgré les protestations véhémentes de son père, le juge, considérant que la disparition avait été constatée dans des circonstances présumant sa mort, déclara Rachel décédée dix ans plus tard.  

 
« Il n’a rien dit », lui avait raconté sa mère au téléphone, « Il a juste signé les papiers et récupéré le certificat. Peut-être, » et sa voix avait tremblé à ce moment, « peut-être qu’on pourra avancer maintenant. » 

 
Il lui avait dit : « Oui, peut-être. » Mais au fond il savait. Viscéralement. Il savait qu’il n’en était rien.


Il avait compris dès que la sonnerie du téléphone avait retenti le lendemain. Cette fois son père ne s’était pas perdu dans la nuit, non, cette fois la nuit l’avait dévoré, elle l’avait rejoint au pommier du fond du jardin et étendu ses longs doigts en nœud coulant depuis la plus haute, la plus solide branche.
La nuit l’avait dévoré comme la brume avait dévoré Rachel. 

 
« Oh Gabin, mon dieu Gabin, mon dieu c’est ton père. Il a… Oh mon dieu pourquoi mon dieu seigneur… » 

 
Elle s’était mise à sangloter au téléphone. Gabin tenait le combiné contre son oreille, sans un bruit, sans qu’une parole ne lui traverse l’esprit, juste du blanc, du blanc – (de la brume ?) – sous son crâne, les yeux rivés vers la fenêtre. Il faisait déjà nuit. 
Il laissa son regard se perdre en elle. 

 
oOo 

 
Il y eut beaucoup de monde à l’enterrement. Toute la gendarmerie était venue s’entasser dans le petit cimetière de la commune. Ils n’avaient pas organisé de veillée du corps. Un pendu, ça n’était jamais rien de très beau à voir. Gabin ne versa pas une seule larme alors qu’on mettait son père en terre. Une faille vide et froide, sans fond, sans aucun fond s’était creusée au cœur de son corps. Sa mère n’était qu’un amas de sanglots incontrôlables, portée à bout de bras par les anciens collègues de son mari. Lorsque la cérémonie fut terminée, il s’approcha d’eux pour leur demander de bien vouloir la raccompagner chez eux. 

 
Rachel n’avait pas de sépulture, pas de lieu où l’on aurait pu se recueillir pour elle. Quand bien même il y en aurait eu un, cela n’aurait été qu’une tombe vide de tout corps, vide de tout sens. C’est pour cela qu’il se rendit au port. Il récupéra le bouquet de roses qu’il avait laissé sur la plage arrière, fit descendre Gribouille de la voiture et se dirigea vers la jetée. Le chien, à présent âgé, le suivait mollement. 

 
Il y avait du brouillard, presque autant que ce jour-là. Il pouvait presque voir Rachel sur l’escalier, les lourds plis de sa robe verte battant ses jambes alors qu’elle montait les marches, le brasier de sa chevelure déchirant la brume, quelques instants, un si petit instant avant la dernière image qu’il aurait d’elle. 

 
Une fois les escaliers gravis, le Gribouille s’assit sur le sol de béton et refusa d’avancer plus loin. Gabin tenta vainement de l’appeler et de voir le chien abandonner Rachel, l’abandonner une nouvelle fois lui fit monter un gout de bile en bouche. 

 
« Sale bête infidèle » siffla-t-il amèrement. 

 
En le voyant s’éloigner, Gribouille poussa quelques gémissements plaintifs. Gabin ne se retourna pas et poursuivit son chemin.  
Une fois arrivé au phare, il déposa les roses au sol et resta ainsi, les mains croisées, à regarder les vagues frapper la digue. La faille dans ses entrailles le tiraillait douloureusement. Il allait faire demi-tour lorsqu’un éclat de couleur vive fila dans la périphérie de sa vision. Gabin pivota lentement sur ses pieds et s’approcha du bord. A environ un mètre du muret, il tendit la tête pour mieux observer le flanc de la jetée. Il se figea. 

 
Une sorte d’animal aux membres fins et blancs entreprenait d’escalader la digue. Ses mouvements étaient lents et feutrés, tout en précaution. L’articulation du coude se pliait selon un angle aigu et le corps pivotait sur celui-ci, transférant tout son poids vers l’avant. La chose progressait ainsi de pierre en pierre, presque rampante, et remontait vers la voie aménagée sur la digue. Gabin comprit alors que l’éclat qui avait attiré son œil était une lourde chevelure rousse, gorgée d’eau et emmêlée. Elle tombait en rideau devant la tête de la créature et sinuait le long de son échine, d’où pendaient des lambeaux de tissu vert. Elle parut se stopper un instant sous son regard, puis reprit lentement sa progression. Gabin ouvrit grand la bouche pour hurler mais n’émit aucun son, la mâchoire demeurant béante. Ses cordes vocales ne lui répondaient plus et il ne pouvait prendre que de courtes inspirations saccadées, tout liquéfié de terreur. Un gel dévorant l’envahissait comme un manteau de glace et le serrait en étau.  

 
« Rachel ? » gémit-il finalement. 

 
Il n’était parvenu à émettre guère plus qu’un couinement de souris. Alors la créature se figea et, les cheveux tous enchevêtrés d’algues et de coquillages, releva deux orbites béantes vers lui. 

 
« Ce sont les crabes » songea hystériquement Gabin, « ce sont les crabes qui lui ont bouffé les ye… » 

 
La chose tendit une main décharnée qui se referma sur sa cheville et tira brutalement. Gabin chuta en arrière et son crane heurta durement le sol, ses dents claquant les unes contre les autres. Elle entreprit de le trainer par-dessus le parapet, vers les rochers battus par les vagues. Il ne parvenait pas à esquisser le moindre mouvement pour se dégager de son étreinte. La créature le tirait par à-coups réguliers. Le sol lui entamait la peau du dos.  
Les orbites vides le fixaient comme l’œil le plus perçant, comme si des flammes y brûlaient, et Gabin compris alors que cette chose n’était pas sa sœur. Cette créature ne pouvait être Rachel, tout du moins exception faite de son corps. Pas la Rachel qui lui souriait du fin fond de son cœur, qui n’avait levé la main qu’une seule et unique fois sur lui, qui l’aimait sans doute plus qu’elle ne s’aimait elle-même. Non, ce n’était pas Rachel.  

 
Cette pensée l’électrocuta et Gabin, retrouvant enfin l’usage de ses membres, plia la jambe pour asséner un violent coup de pied dans la poitrine de son agresseur.
La créature fut rejetée en arrière avec un « Hmpfff ! » alors que l’air était expulsé de ses poumons. Elle revint cependant immédiatement à la charge, le saisissant à la gorge, et raffermit sa prise avec une force insoupçonnée. Son poids sur lui était lourd, gorgé d’une eau froide aux vapeurs d’iode. Par-delà le manque d’air qui obscurcissait progressivement sa vision d’étoiles, Gabin pouvait percevoir la respiration rauque de la chose qui finissait en petits souffles glacés sur sa joue. Elle tira de nouveau malgré ses ruades et son corps commença lentement à basculer par-dessus le rebord. 

 
Soudain, il y eut comme un choc et la chose le lâcha. Il manqua de chuter totalement vers la mer et se rattrapa aux rochers, où il se déchira les paumes. Un cri plaintif déchira l’air, suivi d’un bruit sourd. Dans sa panique, Gabin tâtonna à l’aveugle à la recherche d’une meilleure prise. Ses doigts rencontrèrent un morceau de roche plus petits que les autres, d’une taille suffisamment modeste pour qu’il puisse le soulever.  Refermant sa main sur la pierre, Gabin poussa sur ses jambes pour se redresser, titubant.  

 
Gribouille était mollement étendu contre le parapet opposé de la digue. La créature l’avait envoyé voler contre le muret. Cette dernière s’était tapie à quelques mètres de lui. Un trou béant lui découvrait la mâchoire et les dents, là où le chien lui avait arraché la joue. Elle agita furieusement la tête puis se tourna vers lui et retroussa ce qui lui restait de lèvres.  Elle tendit les muscles, se projeta en avant. Gabin resserra les doigts sur la pierre et leva le bras.
Les dents éclatèrent sous la violence du coup qu’il lui assenât. La créature siffla, un sifflement aigu tout en échos, et se replia précipitamment vers les rochers. Elle se glissa entre leurs interstices et y disparut. 

 
Gabin haletait. Il tenait toujours la pierre entre ses doigts blanchis. Il tituba vers le chien, toujours étendu au sol, manquant à plusieurs reprises de chuter. Il respirait toujours. Gabin le souleva le plus précautionneusement possible, lui arrachant un gémissement sourd. Il commença alors à rebrousser chemin, à reculons, sans jamais perdre de l’œil les rochers entre lesquels la créature avait disparue. Lorsqu’il eut finalement descendu les escaliers, il lâcha enfin la pierre et courut comme un fou à la voiture. Le petit corps toujours au creux de son bras, Gabin ouvrit la portière passager. Malgré toute sa délicatesse, le chien eut une plainte plus prononcée lorsqu’il fut déposé sur le fauteuil. Gabin remarqua alors que le truffe de Gribouille était toute humide de sang.  

 
Il referma la porte, fit le tour du véhicule et s’installa derrière le volant. Faisant fi de toutes les évidences, il se dirigea sur les chapeaux de roue vers la clinique vétérinaire la plus proche. Il ne voulait pas s’avouer qu’il était trop tard. Et ensuite ? La police ? Oh oui, bien sûr, la police, on verra bien ce qu’ils vont en dire, de ton histoire, la police ! 

 
Gribouille gémissait faiblement mais ses yeux demeuraient fixés sur lui et semblaient lui dire : 

 
Tu as vu ? J’ai pas eu le courage la dernière fois, mais cette fois oui. Je pouvais pas te perdre toi aussi.  

 
Gabin se surprit à se demander si Rachel avait fini ainsi, trainée par-dessus le parapet par une créature habitant le cadavre de sa victime précédente. Si elle aussi n’était pas parvenue à crier, la terreur la paralysant jusque dans ses cellules. Si elle avait été tirée sur les pierres qui blessaient son corps, alors même qu’il se trouvait à une dizaine de mètres sans se douter de rien. 
Cette pensée le suffoqua. 

 
La respiration du chien se faisait de plus en plus hachée. Tenant le volant d’une main, Gabin posa doucement l’autre sur sa tête. 

 
« Toi aussi, tu savais que ce n’était pas Rachel hein ? »

Le chien battit faiblement de la queue.
Gabin se mit à pleurer.
 
NB : Je ne sais pas trop si ça à sa place ici au final, j'ai l'impression que ça à plus tourné au fil du temps en histoire de culpabilité et de deuil qu'en nouvelle d'angoisse.
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MessagePosté le: Jeu 20 Sep 2018 - 17:13    Sujet du message: Publicité

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Lalya
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Inscrit le: 12 Juil 2016
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MessagePosté le: Ven 21 Sep 2018 - 09:30    Sujet du message: Meilleur ami de l'homme Répondre en citant

Cohérence de l'histoire et des personnages : c'est ok.

Sentiments éveillés : c'est prenant, beaucoup de curiosité, d'inquiétude.

Style/lisibilité : tu écris particulièrement bien donc c'est sympa à lire.

Intérêt : ça ne peut être qu'un pour. Pour répondre à ta note, la culpabilité et le deuil peuvent être des choses dévorantes et angoissantes sans aucun problèmes, on se construit chacun nos propres monstres. Le suspens du texte ainsi que sa qualité fantastique lui légitime également totalement sa place.
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MessagePosté le: Jeu 4 Oct 2018 - 14:54    Sujet du message: Meilleur ami de l'homme Répondre en citant

Cohérence: Ok


Plaisir de lecture: Très bon 


Intérêt: Idem.


Une super nouvelle, tu as un sacré talent d'écriture ! Que ce soit en terme d'ambiance ou de personnage. Même si pour moi, le suicide du père est superflus dans le déroulement du récit ou du thème de la culpabilité. 


POUR évidemment.  
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:50    Sujet du message: Meilleur ami de l'homme

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