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Ne les laissez pas entrer.

 
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DydyMcFly
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 羊 Chèvre

PostPosted: Tue 28 May 2019 - 23:04    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

https://www.reddit.com/r/nosleep/comments/bls5lo/dont_let_them_in/


L'addiction a lentement emporté notre mère, l'a bercée pour qu'elle s'endorme, profondément enfoncée dans le matelas de son lit. Quand ses dents du fond sont tombée elle les a laissées sur le côté de la baignoire. J'avais 7 ans, et je les ai gardées dans une boîte d'allumettes, ses pièces manquantes gardées en lieu sûr, pour qu'elle ne soit pas perdue à jamais. Pour que peut-être un jour on puisse la reconstruire. Notre maison s'est effondrée autour de nous, et on a fait de notre mieux pour s'élever seules. Les plafonds étaient endommagés par l'humidité et les marches du bas des escaliers avaient pourri, et en hiver les radiateurs saignaient de la rouille. Mais c'était toujours notre maison, et Annie en avait fait un foyer.


Ma sœur Annie m'a maternée, avec des pansements de travers sur mes genoux blessés et des plats micro-ondables tièdes. Elle me racontait des histoires de fantômes et ça ne l'embêtait pas que je grimpe dans son lit après, trop effrayée pour dormir seule. Elle m'a appris à danser, pieds nus sur le tapis du salon, la chaîne musicale à fond à la télé, remuant nos hanches avant qu'elles ne soient développées. Elle me laissait toujours prendre ma douche en premier pour que l'eau soit chaude, ne se plaignant jamais de devoir se laver à l'eau froide. Elle brossait mes cheveux tous les jours avant l'école, même quand je criais et la frappait quand elle attrapait un nœud. Les cheveux d'Annie étaient sombres comme ceux de son père, quel qu'il soit, mais j'étais blonde. Annie voulait désespérément être blonde aussi, comme Marilyn Monroe. Comme maman. Je pense qu'elle se disait que ça les aurait rapprochées, que ça aurait moins rappelé son père à notre mère. Je donnerais tout pour sentir ses mains dans mes cheveux encore une fois, même si ça me fait mal. Elle a déménagé à New York quand j'ai eu 18 ans et n'est jamais revenue. Je rêve encore d'elle parfois.


Le contact avec notre mère était impossible et on a appris dès le plus jeune âge qu'on serait toujours laissées pour compte. Ça n'a pas facilité les choses. Quand elle buvait un peu, elle était radieuse, nous réveillait à 3h du matin avec des pancakes couverts de sirop de cerise. Parfois quand il faisait beau et qu'elle en avait assez de se saouler toute seule, elle appelait notre école et disait qu'on était malades et on allait à la plage. Je me rappelle quand j'avais 9 ans sur la banquette arrière de la voiture, rentrant à la maison après une de nos journées d'océan, suçant le sel sur mes doigts. Annie s'était teint les cheveux en blond, sa meilleure amie Jane l'aidant pendant qu'elle était penchée dans l'évier de la cuisine. De dos, je ne pouvais pas dire qui était la mère et qui était la fille, la radio à fond et les fenêtres baissées, laissant entrer le soleil.


Quand elle avait beaucoup bu, elle sortait toute la nuit, coiffée comme une reine de beauté, les yeux vitreux et cerclés de noir et de paillettes. Parfois, elle s'absentait un jour ou deux. Elle ne nous prévenait jamais, on se réveillait juste un matin dans une maison vide avec le frigo plein, un post-it collé sur la porte avec une trace de baiser au rouge à lèvres, nous disant qu'elle serait bientôt de retour. Des fois elle ramenait des gars à la maison, recouvrant la table de canettes de bières et de cendriers, de la fumée jusqu'au plafond, maman perdue dans le brouillard. On dormait avec nos oreillers sur nos têtes, essayant de couvrir le bruit de la musique qu'ils laissaient à fond jusqu'au matin, et on se réveillait le lendemain pour trouver des étrangers attablés dans la cuisine, nous demandant où on gardait le café.


Quand maman ne buvait pas assez, elle s’effondrait. Elle ne faisait pas les courses, laissant le frigo tel un trou béant dans le mur. Elle fumait cigarette sur cigarette, laissant des traces de brûlure sur le papier peint des escaliers, comme si les murs étaient malades et tombaient en morceaux. Elle dormait à peine, errant avec des demies lunes bleues sous les yeux, les articulations grippées. Elle criait pour tout et n'importe quoi. Je me rappelle une fois, j'avais renversé du jus de fruit sur le canapé. Elle m'a regardée de son regard mort et m'a traînée sur le tapis, puis a pris tous les coussins du canapé dans la cour derrière la maison et leur a mis le feu. Annie est allée regarder un moment par la fenêtre puis s'est assise près de moi par terre, le dos appuyé contre la carcasse du canapé, la tête posée dans le creux de ma clavicule.


Quand maman buvait trop, c'était le pire. Elle riait trop fort et trop longtemps à n'importe quoi, jusqu'à ce que sa bouche se mette à trembler et qu'elle commence à pleurer, à la table du petit déjeuner, dans ses céréales. Annie se renfermait quand maman était comme ça, se réfugiant quelque part au plus profond d'elle-même, là où personne ne pouvait la blesser. Elle restait éveillée toute la nuit à regarder de vieux films en noir et blanc à la télé, murmurant les répliques qu'elle connaissait par cœur comme des prières. Quand j'avais 5 ans je pleurais quand je trouvais ma mère évanouie sur son lit, persuadée qu'elle ne se réveillerait plus. Annie essuyait mes larmes, me disant qu'elle dormait seulement, comme les princesses de mon livre d'histoires. On s'asseyait ensemble sur le lit de maman et on attendait qu'elle se réveille. Plus tard en grandissant, j'étais celle qui ramassait maman sur le sol de la salle de bains encore et encore et Annie la mettait au lit, écartant ses cheveux de son visage et essuyant le vomi de sa bouche, lui mettant des vêtements propres si elle s'était pissé dessus. A les regarder alors, il n'y avait plus de doute, Annie était la mère maintenant.


C'était en Octobre et j'avais 13 ans, Annie en avait 16. C'était un Mercredi soir et maman était absente depuis 2 jours. Elle nous avait appelées le matin d'une cabine téléphonique, sa voix brouillée sur la ligne, nous disant qu'elle passait un super moment avec tous ses nouveaux amis, et qu'elle espérait qu'on allait bien. Quand elle m'a demandé si je passais un joyeux anniversaire je lui ai raccroché au nez. Mon anniversaire était la veille. Annie m'avait offert un tas de cadeaux, des gloss à la fraise et du vernis à ongles brillant. J'ai pas demandé où elle avait trouvé l'argent pour tout ça. Je m'en foutais. On avait pris le bus jusqu'à la plage avec Jane, mangé le gâteau d'anniversaire qu'elle avait fait pour moi, du sable se collant dans le glaçage. Ça avait le gout de sucre et de la mer, et j'en ai savouré chaque bouchée, chaque grattement du sucre sur mes dents. On a regardé le soleil se coucher, Annie prenant des photos de mauvaises qualités avec son Nokia pourri alors que je soufflais mes bougies, souhaitant en boucle que maman ne rentrerait pas à la maison, qu'elle resterait absente cette fois-ci.


Mais ce Mercredi soir, Annie et moi ne nous parlions pas. La colère s'était installée entre nous, s'infiltrant à travers les lames du plancher. Ça a commencé quand elle est tombée en bas des escaliers. On a toute les deux rigolé, Annie balançant sa tête en arrière, l'espace entre ses dents de devant attrapant la lumière. Quand je me suis penchée pour l'aider à se lever, j'ai respiré son haleine, chaude contre les taches de rousseur sur mes joues. J'ai lâché son bras et elle est retombée, heurtant le sol en souriant, écartant ses cheveux de son visage. Son haleine était chargée de whisky. Je ne pouvais pas commencer à la ramasser elle aussi, la regarder tomber encore et encore. Comme maman, je savais qu'elle ne se relèverait jamais.


Je l'ai regardée de toute ma hauteur, ses cheveux blonds lui tombant dans les yeux et je ne voyais que notre mère, et puis j'ai couru, mes pieds frappant le sol du couloir comme des battements de cœur détachés. J'ai couru dans la cuisine et vidé toutes les bouteilles qu'on avait dans l'évier, repoussant Annie alors qu'elle bataillait pour m'arrêter, attrapant de l'alcool avec ses doigts pendant qu'il coulait. Elle a attrapé mes épaules et m'a fait faire tomber la toute dernière bouteille. Elle s'est explosée par terre entre nous deux, des morceaux de verre brillant comme si on avait ramené des étoiles et les avait brisées, en morceaux qu'on ne pourrait jamais recoller. Dehors, par la fenêtre ouverte, le ciel est devenu couleur or pâle, les nuage roses et crème barbouillant l'horizon. Puis j'ai pleuré, regardant Annie à genoux ramasser les morceaux. C'était Annie tout craché, toujours à essayer de réparer les choses même quand c'était trop tard.


L'odeur de la nourriture m'a attirée hors de ma chambre, mon estomac me trahissant dans ma cage thoracique. Annie faisait des pâtes, des vraies, pas au micro-ondes. Elle avait mis la table, Tammy Wynette chantait doucement depuis le lecteur CD, Annie bougeant lentement ses hanches pendant qu'elle remuait la sauce tomate, épaisse et chaude. Alors qu'on mangeait en silence, à chaque bouchée je la pardonnais un peu plus. Maman ne cuisinait jamais le dîner, et ne se rappelait pas que mon plat préféré était les spaghettis à la tomate depuis que j'étais toute petite, ou ne restait pas sobre assez longtemps pour s'asseoir à table. Annie n'était pas maman.


On faisait la vaisselle quand on l'a entendu pour la première fois. Un papillon de  nuit grimpait le long de la vitre et j'ai entrouvert la fenêtre pour le laisser sortir dans la nuit. Un bruit faible nous est parvenu de la cour arrière. J'ai penché la tête pour écouter car ça avait l'air lointain. Des pleurs. J'ai pensé que c'était Mika, le petit de 2 ans des voisins, qui faisait une colère assez forte pour qu'on l'entende, ou peut-être même Lucky Strike, le chat errant du bas de la rue, mendiant de la nourriture comme il le faisait parfois. J'ai toujours voulu le nourrir quand il venait, se frottant contre mes chevilles, mais Annie m'arrêtait toujours, me disant qu'une fois qu'on commençait à donner ils n'arrêtaient jamais de prendre. Avec le recul, je ne pense pas qu'elle parlait vraiment du chat.


Annie a allumé les éclairages de Noël accrochés au-dessus du porche et on s'est assises sur les chaises de plage en plastique à regarder le ciel. Quand on était petites, on s'asseyait dehors et Annie me disait les noms des constellations et me racontait comment elles s'étaient retrouvée accrochées dans le ciel nocturne. J'ai dû attendre de grandir pour finalement réaliser qu'elle avait tout inventé petit à petit. C'était un jeu auquel on aimait toujours jouer alors, inventant des histoires ridicules à propos des formes qu'on trouvait.
"Ah, oui, celle-là c'est la Lumière de Coors. Elle s'est retrouvée là quand Dieu l'a jetée de sa décapotable et l'a jamais ramassée," dit-elle, acquiesçant sagement et cachant son sourire.


"Evidemment," j'ai dit, secouant la main et montrant le ciel au delà des câbles électriques. "Juste à côté du Grand Cendrier, laissé là par les anges pendant une pause clope."


"Ouais, il paraît que si tu fais un vœu, il se réalise," dit Annie en souriant.


Elle arrêta de rire, baissant la voix, le visage tourné vers toutes ces étoiles mortes.


"Faisons un vœu Emmy. Faisons un vœu." Et c'est ce qu'on a fait.


Le son des pleurs nous a interrompues. C'était plus près cette fois, et définitivement humain. On s'est regardées, confuses. Annie haussa les épaules et j'ai plissé les yeux pour essayer d'y voir quelque chose dans le noir. On aurait dit un bébé, perdu, fatigué et seul.


"Ça doit être Mika ?" j'ai dit, me levant lentement. "Il a peut-être fait le tour ? Merde, tu veux bien appeler Connie et lui dire qu'on le ramène ?" Annie ne répondit pas, et j'ai soupiré, levant les yeux au ciel. "Je suppose que je vais tout faire moi-même du coup."


Je suis sortie du porche, l'herbe était douce sous mes pieds. L'air sentait la pluie, frais, propre et enveloppant. Une promesse non tenue.
"Em." La voix d'Annie était tendue. Je me suis tournée vers elle, un sourire aux lèvres. Il s'est effacé de mon visage quand j'ai vu l'air sur le sien. "Em rentre tout de suite." Elle fixait quelque chose dans le noir, devant moi, ouvrant la porte d'une main derrière elle, ses doigts peinant à trouver la poignée. Je me suis figée, pieds nus dans la boue. J'ai vu ce qu'elle regardait.


Dans les buissons près de la clôture du fond se trouvait une personne, accroupie avec les genoux repliés sous le menton, les bras enroulés autour des jambes. Sa bouche grande ouverte, s'ouvrant et se fermant doucement alors qu'elle pleurait. Comme un enfant, perdu dans le noir. Pas vraiment comme un enfant, plutôt comme quelqu'un qui fait semblant d'en être un. Imitant le son, s'ouvrant et se fermant dans la pénombre. Soudainement elle s'est redressée, se relevant, le visage toujours caché dans le noir. Elle était grande et mince, trop mince pour être normale.


La panique m'a fait bouger, un vieil instinct animal datant de l'époque où on vivait encore dans les arbres me poussant à agir. J'étais plus rapide qu'Annie, la tirant à l'intérieur et claquant la porte derrière nous, l'entendant bondir sur ses charnières alors que je la verrouillais. On a observé la personne marcher lentement vers la maison par de longs pas décidés.


Annie m'a attrapé la main, me serrant fort, et m'a tournée vers elle, me tenant par les épaules.


"Ne te retourne pas Emmy. Ne te retourne pas." Instinctivement j'ai commencé à regarder par dessus mon épaule, vers la nuit. Annie m'a attrapé le visage, fort, et a secoué la tête. C'est là que j'ai compris qu'elle était vraiment sérieuse.


"Je vais..." sa voix s'est brisée, et elle s'est raclée la gorge, saisissant ma main assez fort pour me faire mal, ses ongles se plantant dans ma peau, s'accrochant. J'ai regardé nos doigts entremêlés, toutes les deux partageant les mêmes os.


"Je vais appeler les flics et tout ira..." sa voix chancela, bégayante. Des larmes coulaient dans ses cils, gouttant comme un début de pluie. Annie ne pleurait jamais.


"Ton téléphone est sur le porche," a t-elle soupiré, et de la bile m'est monté dans la gorge. Son téléphone était à l'étage, en charge.


Un léger tapotement remplit le silence. Annie s'est tournée vers la fenêtre, ses yeux s'écarquillant en grand.


C'était le bruit de quelqu'un qui tape sa tête contre la vitre, lentement, encore et encore. Ça a commencé à accélérer, plus vite et plus fort, la peau rencontrant le verre jusqu'à ce que ce soit assez fort pour faire trembler le chambranle. Les coups se sont arrêtés et j'allais demander à Annie si je pouvais regarder maintenant quand elle a crié, suivie par le bruit du verre qui se casse et un coup encore plus gros. Qui que soit la personne dans la cour, elle avait frappé sa tête assez fort pour casser la fenêtre.


On a couru a l'étage, montant les marches 2 par 2, évitant par réflexes celles qui étaient pourries. Je me suis retournée une fois et Annie m'a tourné brusquement le visage avant que j'aie le temps de voir quoi que ce soit. Le bruit du verre brisé résonnait derrière nous alors qu'on arrivait dans la salle de bains et fermait à clé. Un léger gémissement, comme un bébé qui réclame sa mère, a rempli le couloir, piégé entre les murs et les portes fermées.


Annie a bloqué la porte avec son dos, les pieds appuyés contre la baignoire, empoignant le couteau qu'elle avait attrapé dans la cuisine. J'en ai fait autant, épaule contre épaule. Des pas lents ont commencé à monter les escaliers, tranquillement. Les pleurs étaient devenus narquois, presque des rires, des éclats de voix stridents puis un petit rire, aigu et s'arrêtant brusquement avant de reprendre de plus belle. La première porte de l'étage était celle de ma chambre et on a entendu le bruit de quelqu'un qui l'ouvre violemment. Ça nous cherchait.
"Bordel qu'est-ce qui se passe," j'ai demandé à Annie, ne prenant même pas la peine d'essuyer les larmes qui ne voulaient pas arrêter de couler. J'ai regardé ma sœur se relever et appuyer ses mains sur la porte alors qu'on entendait le bruit d'une deuxième porte ouverte à la volée. La chambre de maman. La prochaine pièce était la salle de bains. Annie m'a aidée à me relever et m'a tendu le couteau. J'ai secoué la tête et je l'ai repoussé vers elle, terrifiée par ce qu'il pourrait se passer si je devais l'utiliser. Annie m'a poussée et a appuyé le couteau dans mes mains, son pouce pressant suffisamment sur la lame pour la faire saigner. J'ai regardé le sang de ma sœur couler sur son poignet, comme un chemin rouge et sinueux, poussant toujours le couteau dans ma main malgré la douleur. J'ai pris le couteau.
Quelque chose a cogné contre le mur commun entre la chambre de maman et la salle de bains. Un plainte aigüe a suivi. J'ai retenue ma respiration, je pouvais sentir mon cœur battre frénétiquement dans ma gorge.


"Je vais chercher le téléphone dans ma chambre." J'ai secoué violemment la tête, sur le point de la contredire. Annie a plaqué sa main sur ma bouche. Je pouvais sentir le goût de son sang sur sa main, salé et pourtant sucré. Comme le gâteau d'anniversaire au bord de l'océan. "Si. Je vais chercher le téléphone et je vais appeler la police et tout ira bien." J'ai secoué la tête encore une fois. "C'est le seul moyen. Quand je sortirais je veux que tu verrouilles la porte et que tu ne l'ouvres pour rien ni personne. Ni pour moi, ni pour... personne. Promets-le moi." J'ai secoué la tête et Annie a appuyé sa main contre ma bouche, écrasant mes dents contre mes lèvres au point que j'en ai eu les larmes aux yeux. "Si. Promets-moi Em."


Quelque chose est tombé dans la pièce à côté. Annie a écarté mes cheveux de mon visage, les plaçant doucement derrière mon oreille. Elle a formé silencieusement le mot "promis" alors qu'elle déverrouillait la porte le plus lentement possible, le verrou s'ouvrant tout doucement. J'ai regardé la courbe de son épaule disparaître dans la pénombre du couloir, comme la lune pendant une éclipse. Et elle était partie. Je ne pouvais plus bouger ni respirer pendant une seconde, puis j'ai reverrouillé la porte au moment où quelque chose tapait contre celle-ci depuis l'extérieur. Un cri haut perché a suivi, la poignée tournant dans tous les sens assez fort pour faire sortir une vis. Je l'ai regardée rouler vers moi sur le carrelage. Puis le silence.


Je me suis assise par terre, appuyant mon dos contre la porte, tenant le couteau en imaginant que c'était plutôt la main d'Annie. Toujours le silence. Rien d'autre que moi et mes poumons remplissant lentement la pièce de ma respiration.


"Em ?" Une voix est venue de l'autre côté de la porte. J'ai agrippé le couteau. "Chérie qu'est-ce qui se passe ?"


"Maman ?" ma voix s'est brisée. "Maman c'est toi ?" j'ai enroulé mes bras autour de moi-même, tremblante, essayant de garder mon calme.


"Ma puce tout va bien, ouvre la porte. Tout va bien laisse-moi rentrer." La poignée a encore tourné, plus doucement cette fois. "Laisse-moi juste entrer, tout va bien." Elle a frappé la porte d'un coup et j'ai retiré ma main du verrou.


"Chérie je suis désolée. Je suis désolée d'avoir raté ton anniversaire. Je suis désolée d'être une si mauvaise mère. S'il te plaît." sa voix s'est brisée et elle a commencé à pleurer, "Laisse moi entrer mon bébé, je suis tellement désolée."


J'ai fermé les yeux. Elle avait l'air tellement triste et perdue. Je voulais juste qu'elle me prenne dans ses bras comme quand j'étais petite et que je tombais de la balançoire. Peut-être que cette fois elle était sincère. Peut-être que tout irait bien. Ma main est retournée vers le verrou.


La voix de ma sœur m'est parvenue de l'autre côté de la porte, chaleureuse et douce. "Ouais, Emilie, laisse-nous entrer, tout va bien."


Ma main s'est figée sur le verrou et j'ai resserré ma prise sur le couteau. Annie ne m'appelait jamais par mon prénom entier. Un coup a retenti contre la porte, la poignée cliquetant. "Emilie laisse nous ENTRER !" La voix d'Annie est devenue basse et gutturale, suivie par le même petit rire strident qu'un peu avant. Maman a parlé ensuite, suppliant et pleurant, sa voix de plus en plus grave. "Laisse nous entrer, laisse nous entrer, laisse nous entrer," encore et encore, ponctuée par des coups de poing sur la porte. J'ai pensé à des démons et à des monstres, toutes ces histoires pour enfants qu'on espère être fausses.


"C'est pas ma sœur et vous êtes pas ma mère !" j'ai crié à travers la porte, les mains sur ma tête. J'ai grimpé dans la baignoire et me suis roulée en boule, me berçant, le couteau serré contre moi. Je ne savais pas ce qui était de l'autre côté de la porte mais je savais que ce n'était pas Annie. Ce n'était pas la voix qui criait quand je changeait de chaîne, celle qui me chantait Joyeux Anniversaire, celle qui me disait que j'étais intelligente même quand j'avais de mauvaises notes, celle qui me lisait des histoires de princesses qui ne se réveillent jamais. Ce n'était pas humain.


Des coups et des cris ont retenti au rez-de-chaussée suivis par les pas de gens qui courent. Un hurlement bas et guttural a déchiré la maison, emplissant la pièce jusqu'à ce que j'aie l'impression de me noyer dans le bruit puis la porte de la salle de bain a été défoncée. J'ai hurlé, me couvrant les yeux, attendant de mourir. Des bras m'ont trouvée et mon soulevée de la baignoire, me transportant hors de la pièce. J'ai regardé l'extérieur de la porte alors qu'on me faisait descendre les escaliers. Elle était couverte de traces de griffes, jusqu'au sol. Des coussins éventrés recouvraient le couloir, donnant l'impression qu'il avait neigé à l'intérieur de la maison. J'ai regardé les plumes dériver lentement pendant que des hommes en uniforme vérifiaient toutes les pièces qui donnaient l'impression d'avoir été saccagées par un animal sauvage.


Dehors, dans l'allée, il y avait des voitures de police et une ambulance. Et au milieu de tout ça, il y avait Annie. Baignée de lumières bleues et rouges, éclairée comme un ange de néon, le visage rayonnant. J'ai sauté des bras du policier et ai couru vers elle, la serrant contre moi, nous tenant sous ces constellations qu'on avait inventées. Des cris étouffés venaient de l'ambulance qui balançait de temps à autres. Annie a doucement tourné ma tête de l'autre côté, souriant si tristement que j'en ai eu mal à la poitrine quand j'ai fini par comprendre.


Finalement, pas de démon. Pas d'animal sauvage ou d'homme malveillant essayant d'entrer chez nous. Juste maman, rendue folle par l'alcool, les drogues et tout le reste, arrivant à la fin d'une longue semaine de bringue. Quelque chose avait fini par craquer dans sa tête, et cette fois on n'aurait pas pu l'aider à remonter la pente, peu importe à quel point on aurait essayé. Parfois on tombe une dernière fois et on ne se relève jamais.


Annie l'avait vue dans le jardin, du sang s'écoulant de sa bouche, des traces sur ses avant-bras comme des routes hors pistes, désespérée de trouver une dernière dose, un dernier shoot. Elle avait fouillé la cuisine en quête de toutes les bouteilles que j'avais vidées et quand elle ne les a pas trouvées, elle s'est mise en chasse de la réserve qu'elle avait dans la salle de bains. C'était pas moi qu'elle voulait, juste les drogues de l'autre côté de la porte, tellement défoncée qu'elle arrivait à imiter presque parfaitement la voix d'Annie.


Au final, les vrais monstres sont ceux qui vous dévorent vivants petit à petit, du genre qui viennent dans une bouteille ou une seringue ou à la fin d'une longue liste de raisons pour lesquelles vous êtes incapable de sortir du lit le matin. Parfois les monstres sont ceux qui vous élèvent ou vous aiment le plus. Mais il ne tient qu'à vous de les laisser entrer.
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"La méchanceté d'un homme fait de lui un démon, la méchanceté d'une femme fait d'elle un enfer." - Proverbe danois.
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PostPosted: Tue 28 May 2019 - 23:04    Post subject: Publicité

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Litanie
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 鷄 Coq

PostPosted: Wed 5 Jun 2019 - 15:34    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

- Cohérence/vraisemblance de l'histoire et des personnages : Rien de particulier à signaler

- Sentiment éveillé chez le lecteur : de la curiosité, un peu d'angoisse

- Lisibilité/style d'écriture : pas grand chose à reprendre sur la traduction. Il y avait juste la traduction de "face aglow", que tu as traduit par "visage rayonnant". Perso, quand je lis visage rayonnant, j'associe ça à quelque de positif (genre un visage rayonnant de joie etc) et j'ai l'impression que dans ce texte, c'était plutôt le côté "visage illuminé par les néons" qui était mis en avant.

- Intérêt de l'histoire : le thème est très dur et plutôt bien traité, l'histoire est bien menée. On s'attend à quelque chose de surnaturel jusqu'à la fin où on se rend compte que c'est quelque chose de "banal", ce qui ne le rend que plus inquiétant encore. Ce sera un pour de ma part.
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« J'ai suturé des mots à l'oreille,
D'une fille incroyablement belle. »
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DydyMcFly
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 羊 Chèvre

PostPosted: Thu 6 Jun 2019 - 09:14    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

C'est vrai pour le "visage rayonnant", dans ma tête c'était dans le même registre que la comparaison avec un ange donc ça choquait pas ^^' puis je voulais éviter les répétitions et du coup c'est ce qui allait le mieux à mon goût :/
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Undetermined.B
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Féminin Sagittaire (22nov-21déc) 鼠 Rat

PostPosted: Mon 10 Jun 2019 - 11:21    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

• Cohérence de l'histoire : Il ne me semble pas y en avoir spécialement. Le seul truc sur lequel j'ai un peu "bugé' on va dire, c'est sur la voix de la mère qui imite celle de sa fille à la fin. Enfin, je suppose que c'est probable. Par exemple, je sais que j'ai quasi la même voix que ma mère donc pourquoi pas (qui plus est, on sait que le corps humain est capable de choses incompréhensible dans un état second). 


• Sentiment éveillé : Bon, je vais être honnête, je la connaissait déjà. La chaîne youtube "Moth Noise" en a déjà fait la traduction. Par contre, question qualité, je préfère ta version. Enfin bref, ça ne m'a pas empêcher d'être curieuse.


• Style/ Lisibilité/ Traduction : Pour moi tout va bien. Le style est appliqué sans être redondant ou hors contexte. La traduction est bien mené. J'ai relevé deux petites phrases qui m'ont semblé étrange toutefois.


• Intérêt : Je pense que Litanie à suffisamment bien exprimé ma pensée dans son post. Ce sera donc un POUR.


La paix sur toi Dydy, jolie trad.
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DydyMcFly
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 羊 Chèvre

PostPosted: Mon 10 Jun 2019 - 15:13    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

Merciiiiiiiii ! Hésite pas à me dire les phrases qui t'ont choquée, je peux encore faire des modifs avec vos avis ^^
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Gordjack
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Masculin Capricorne (22déc-19jan) 龍 Dragon

PostPosted: Wed 19 Jun 2019 - 10:23    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

Texte accepté, félicitations !
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Hossana meus, fortuna deus,
Protego Bescherelle in sanctus.


Hic veni da mihi, mortem iterum,
Insania ad noctis, Grammarheim in caelum.

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DydyMcFly
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 羊 Chèvre

PostPosted: Wed 19 Jun 2019 - 11:08    Post subject: Ne les laissez pas entrer. Reply with quote

Merciiiiiiiiiiiiiiii =D
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PostPosted: Today at 16:35    Post subject: Ne les laissez pas entrer.

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