Creepypasta from the Crypt Forum Index
 
 
 
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Nécromantique

 
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Wasite
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PostPosted: Mon 5 Aug 2019 - 02:20    Post subject: Nécromantique Reply with quote

En cette année de grâce 1892, je dois avouer que la condition d’érudit est assez précaire. Mon plaisir est à la recherche et la compréhension du monde, écumer les bibliothèques et les colloques d’intellectuels afin de livrer des analyses pertinentes à la société. Malheureusement, mes finances ne sont guère aussi enclines à se satisfaire de la culture. Je dois donc régulièrement m’arranger afin de vivre convenablement. Je travaille donc en collaboration avec la société d’Histoire et de Sciences naturelles sur divers cas nécessitant une approche scientifique. Oh, je vais être honnête avec vous, il s’agit d’enquêtes à propos d’événements étranges ou occultes. La mode est au spiritisme et l’exploration de ce qui se trouve au-delà du monde matériel. Toute cette frénésie à la para-psychologie est vraiment exagérée. Au cours de ces trente printemps de carrières, j'ai dû assister à moins d’une dizaine d’événements paranormaux.  
 
 
 
 
 
 
Bref, un matin, je reçus la visite d’un estimé collègue, Sir Clifford. Ce dernier me fit part de son inquiétude vis-à-vis d’un pli que reçu son frère - un oisif vivant sur les rentes offertes par son défunt père - l’invitant à une soirée. Le problème étant que la réception se situe au sein des îles britanniques, dans un manoir depuis longtemps oublié. Sir Clifford, malgré un réseau tout à fait digne de son rang, ne put déterminer l’origine de la lettre. Logiquement, mon pair craignait une tentative d’enlèvement, mais la réputation locale de hantise du lieu attisa sa curiosité. Il me proposa alors d’enquêter contre une substantielle rémunération et la présence d’un garde du corps. J’aurais certes dû décliner l’offre, mais pareil mécénat m’aurait mis à l’abri du besoin pour une longue période.  
 
 
 
 
 
 
 
Je pris la mer depuis un patelin proche de Glasgow, en direction de l’îlot privé où se tient la supposée festivité, non sans Wellington, ancien soldat de l’empire, et mon fidèle revolver. Durant la traversée, j’étudiai l’histoire de la demeure. Construite en 1794 par un noble Français en exil, passant de main en main jusqu’en 1842. À cette date, Henri De Rancy, petit fils dudit expatrié, devient le patriarche de la famille. Dès lors, le destin de la dynastie fut sinistre. Un à un, les membres de la famille moururent ou partirent vers la capitale. En l’espace de deux années, Henri se retrouva seul sur le domaine. Et ce fut au tour des autochtones résidant sur les îles environnantes de disparaître. La maréchaussée saisit donc l’affaire et perquisitionna la résidence de Mr De Rancy, mais ne trouva rien d’autre qu’une absence de trace de vie humaine en son sein. Des fouilles plus minutieuses ont permis d’exhumer le corps de l’hôte. Mort depuis quelques heures selon le croque-mort présent sur place. Cependant, les disparitions ne cessèrent pas pour autant, et la police s’en retrouva impuissante. Un soir, les locaux décidèrent de détruire les lieux par le feu ; le fait que les spécialistes chargés de rapatrier le corps du défunt ne l’aient pas retrouvé alimenta une psychose collective expliquant ce déchaînement de violence, si impropre à la race anglaise. Quoiqu’il en fût, l’incendie ne régla pas l’affaire bien que les disparitions se firent plus rares, au rythme d'une ou deux par année grand maximum. La chose dura jusqu’à récemment, et le départ des derniers habitants des villages avoisinants, qui rependirent la légende macabre de cet endroit inique. Expliquant à qui veut bien l’entendre, les pratiques sataniques et les inclinaisons nécromantiques de Henri. Autant de son vivant que de sa mort.  
 



 
 
 
 
 
Au bout de quelques heures, nous parvenons à notre destination et ma surprise est grande. Depuis l’embarcadère, nous pouvons voir un manoir parfaitement restauré et un magnifique jardin, de type français (ce qui dénote un certain mauvais goût) l’entourant. Tout en scrutant les lieux, à la recherche de la moindre anomalie, nous empruntons le chemin pavé en direction du seuil. Je sens que mon camarade de misère est nerveux, il garde constamment la main sur son arme. « Je le sens mal, monsieur Andrew. Il y a un quelque chose de malsain ici » me confesse-t-il. Je ne lui réponds que part un haussement d’épaule approbateur: inutile d’exacerber sa panique en lui racontant l’histoire des De Rancy. Je frappe à la lourde porte d’entrée, sans aucun entrain. Je ne suis pas rassuré non plus. C’est alors qu’un homme de la quarantaine plutôt bedonnant ouvre, vêtu d’une redingote et d’un costume. Un bourgeois commerçant des villes, une espèce on ne peut plus désagréable.  
 
 
 


 
 
 
 
 
« Bonjour gentlemen, c’est un plaisir de vous rencontrer. ». Le nouveau riche tend sa main afin de serrer les nôtres. « Je suis Monsieur Warren Graves, pour vous servir ». Ces gens-là… Toujours à en faire beaucoup trop… Je lui rends néanmoins la politesse.  


 
 
 
 
« Tout le plaisir est pour moi. Je suis le Docteur Josiah Andrew, mandaté par le Sir Clifford afin d’enquêter sur le domaine Rancy ». Inutile de faire durer le suspense, je compte interroger les personnes présentes sur les lieux et une position d’autorité aide toujours à cette fin.  


 
 
 
 
« Que se passe-t-il ? ». Mr Graves semble de suite bien gêné.  


 
 
 
 
« Rien de dangereux, ne craignez rien ».  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je n’attendis aucune réponse et entrai, le climat des îles britanniques est rarement clément. L’intérieur de la bâtisse est en parfait état, je m’attarde quelques minutes sur les murs et les bibelots. Rien ne semble neuf, comme s’il s’agissait d’une vieille demeure adroitement entretenue. Comme s’il n’y avait jamais eu d’incendie. Étrange. Se pourrait-il que l’histoire ne soit qu’un canular savamment monté ? Pourtant, les archives policières sont formelles… Étrange, étrange, étrange… L’œuvre d’artisans particulièrement doués, sans que quiconque n’ait eu vent de pareil chantier ? Pas même un homme aussi influent que Clifford ? Une farce faite par ce dernier, dont je serais la caution scientifique ? Peu probable, c’est un homme trop sérieux et terriblement attaché à la pensée scientifique pour se livrer à ce genre d’enfantillages. Son frère ? Je doute qu’il sache faire ses lacets, alors un exploit tel que celui-ci…  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Monsieur, Monsieur ». Warren me saisit l’épaule, extirpant mon esprit de ces considérations. Je tourne la tête et vois Wellington attrapant le bras du bourgeois et sa seconde main prête à sortir l'arme. L’homme semble surpris et très effrayé. 


 
 
 
 
« Tout va bien, Harvey », dis-je, tout en tournant mon buste afin de ne plus être en contact physique avec notre potentiel hôte. L’ex soldat libère alors sa prise.   
 
 
 
 
 
« Veuillez excuser le zèle de mon escorte ainsi que le vagabondage de mon esprit, Monsieur Graves ».  
 
 
 
 
 
« Il n’y a pas de mal ». Il semble toutefois offensé. « Permettez-moi de vous introduire auprès des autres invités ». Il prend immédiatement la tête du trio le long du couloir éclairé à la bougie.  
 
 
 
 
 
« Êtes-vous l’aimable initiateur de cette fête ? ».  
 
 
 
 
 
« Seulement le premier arrivé, je n’ai pas encore eu la chance de rencontrer notre mystérieux maître de cérémonie ». Voilà qui est au moins éclairci.   
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
Le salon est plutôt rustique, enfin pour un manoir construit par un noble, mais semble très confortable. Une multitude de fauteuils moelleux sont disposés autour d’une table centrale. Une grande cheminée crépitante trône au fond de la pièce. En comptant Warren et ma personne, il y a cinq invités. Tous de divers horizons. Une femme, plutôt jeune, dont la basse extraction est plus que visible. La robe rapiécée et sale étant un indice plutôt immanquable. Un homme, de large constitution, rentrant à peine dans ce qui semble être ses habits du dimanche. Ses mains calleuses et son visage abîmé semblent indiquer son appartenance irlandaise. Et enfin, une Lady, plutôt âgée, se tient en retrait du groupe. Bien qu’elle soit à coup sûr de la noblesse, le passéisme de son style vestimentaire dénote avec les habitudes aristocratiques. Une noble de province tentant en vain de suivre les tendances Londoniennes ?  
 L’accueil est glacial mis à part les politesses d’usage. Soit j’ai interrompu une fête endiablée, soit et plus vraisemblablement personne ne se connaît. Je m’installe donc et me sers un verre de ma fiole personnelle. Je crains un empoisonnement de la nourriture et des boissons, la thèse d’un guet-apens n’étant pas véritablement écartée. Je me lève ensuite de mon siège.   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Je porte un toast, mes chers amis. En l’absence de notre hôte, j’usurpe avec audace sa place ». Quelques rires retenus sifflent. « Je vous propose un tour de table afin de nous présenter et d’expliquer nos raisons d’être en ce lieu ». L’assemblée acquiesce de la tête, ou par des éructations informant, je pense, de leur approbation.  
 
« Kolton Hopper, m’sieur, paysan de mon état. Rien à dire sur moi, mon père a fui la famine pour s’installer en Ecosse. J’étais tout petit à l’époque, et ma mère n’a pas survécu au voyage. Si je vous dis ça, c’est que c’est en lien avec ma présence ici. Pour la faire courte, en 48, les Irlandais étaient mal vus par le reste du royaume et pas moyen de fuir la disette autrement qu'en se dirigeant vers les colonies. Mon père voulait pas risquer un tel voyage et a cherché à faire autrement. Le prêtre, je me souviens plus de son nom, a réussi à nous mettre en contact avec une famille de nobles catholiques des Highlands qui nous ont aidés et recueillis. Bon, le deal était que mon père et moi nous mettions à leurs services. Après, c’est pas la mort. Je mange à ma faim, je n’ai pas froid et les terres qu’ils nous prêtent sont bien fertiles. Les trois piécettes que je mets de côté tous les mois enverrons les gamins à la capitale pour faire des études. Et donc, le fils du compte à reçu cette invitation, mais c’est son père qui l’a vu en premier. Il m’a envoyé pour voir de quoi il retournait. » 
 
 
 
 
 
« Moi, je suis Myriam Hayeson. Et j’ai simplement répondu à une offre d’emploi qui m’a été envoyée. Rien à dire de plus. »  
 
 
 
« Et vous ne craigniez pas un piège ou des brigands, mademoiselle ? ». Rétorque mon garde du corps, presque immédiatement. 
 
 
 
 
« Mon choix était simple. D’un côté, je mourais de faim à Londres en sécurité, enfin si on veut. Les faubourgs sont des saletés de coupe-bourses et de gorges. Ou je tentais ma chance, surtout que la lettre contenait une avance pour le voyage. ». 
Elle m’a l’air très naïve, même pour une femme. 


 
 
 
« Je suis Adelyn of House. Il serait vulgaire de m’épancher sur mon histoire. Sachez simplement que ma vie et mon cœur sont dévoués à Buckingham, mon pays et à Dieu. Et la raison de ma présence ici est simple, une invitation d’un pair ne se refuse pas. Bien que je trouve ses manières plus qu’étranges ». 
Ma théorie se confirme. 
 
 
 
« J’ai eu l’occasion de me présenter à vous, mais en guise de rappel, je me prénomme Warren Graves. Je suis un négociant d’épices et c’est à cet égard que j’ai été convié. La famille De Rancy aurait une proposition à me faire. »
 
 
 
 
« Quant à moi. Docteur Josiah Andrew, partisans de l’éclectisme, mais surtout doué en sciences naturelles. Je suis présent sur la demande de Lord Clifford afin d’enquêter sur ces lieux. La raison est grossièrement similaire à celle de Mr. Hopper ». 
C’est alors que je remarque les yeux de la vieille noble s’enflammer.   
 
 
 
 
« Vous devez être un homme d’une grande qualité, les Clifford ont toujours su s’entourer de gens compétents. »
 
 
 
 
« Hum… Certes. ». 
Elle va être utile, mais profondément agaçante.  
 
 
 
 
« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider à comprendre les motivations de ces si singuliers De Rancy ».   
 
 
 
 
« C’est très urbain de votre part ». Je tourne la tête vers le premier invité à ma droite afin de conjurer mon malaise.   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après ces présentations, la glace se brise quelque peu. Bien sûr, le mélange de classe ne fait jamais de miracles, mais les échanges restent cordiaux. Cependant, je n’apprends rien qui pourrait me servir ou qui serait étrange. Aucune de ces personnes n’a plus d’informations à me transmettre. Pourtant, il y a forcément un lien entre le bourgeois, la noble désargentée et la souillonne. Je ne connais que trop mal le frère Clifford pour me permettre de l’ajouter à l’exercice. Malheureusement, si ce n’est le besoin, rien ne vient. En effet, Graves confesse ses difficultés au bout de quelques verres. C’est peut-être ça, cibler des individus n’ayant pas la possibilité de refuser l’invitation. Enfin, la chose reste vague. Le frère du Duc, et ceci est de notoriété publique, est un dandy exubérant à qui l’argent brûle les doigts. Ce qui est la raison de sa mise sous tutelle par son aîné.   
 
 
 
Enfin, toujours rien de paranormal là-dedans.   
 
 
 
 
 
 
 
 
Après quelque temps, je prétexte une nécessité naturelle afin de m’éclipser et de fouiller l’endroit. Le rez-de-chaussée ne contient rien de plus que les pièces habituelles d’un manoir nobiliaire. Une cuisine, une arrière-cuisine, un vestibule, une salle de repas, un boudoir et autres… Une seule chose me trouble, la couche de poussière omniprésente sur les meubles, les bibelots et le sol. Ce qui signifie une absence de vie humaine et une certaine antériorité. Cela ne correspond pas avec mes informations. Et je doute que des bandits communs aient choisi pareil lieu d’embuscade sans faire de repérage précédent, et comment les bougies ont-elles pu être allumées dans l’ensemble de la résidence sans que des traces de pas ne soient visibles ? Une entité qui n’est pas de notre monde ? Possible, ou bien une mise en scène particulièrement bien montée. Je serai presque honoré de me faire détrousser par pareils génies. Quoiqu’il en soit, je décide de continuer l’exploration au second étage. Une dizaine de chambres attendant d’être usitées, les placards ne contenant que linges et serviettes. Même les pots de chambre sont rutilant malgré la poussière. Toujours aucun fait notable.  
 
 
 
 
 
 
Puis je passe à la bibliothèque privée. J’ai omis de mentionner que des étagères d’ouvrage sont entreposées en évidence, mais ceci n’est en rien spécial. Signaler à ses invités que l’on est amateur de Voltaire, Rousseau ou Diderot est une marque de prestige pour ce qui fut la noblesse française.  
 
 
 
 
 
 
En revanche, les quartiers ou bureaux personnels sont bien plus révélateurs. La porte est fermée, fichtre ! Premier coup d’épaule, second et puis troisième… Je sens qu’elle cède. À l’instant où je l’enfonce, du sang coule le long de l’encadrement. Le doute n’est plus permis, il y a bien une force mystique à l’œuvre. Couvrant mes mains d’un mouchoir, je le tâte, il coule continuellement comme émanant d’une plaie, seulement à l’endroit où le bois est endommagé. Cela me fait dire qu’une entité s’est liée à la maison et qu’elles ont fait fusionner leurs caractéristiques. Pourtant, je n’ai pas souvenir d’expériences ou de lectures faisant part de tels phénomènes. Une découverte dans les cercles de l’occultisme parfera ma réputation, je ne peux m’en plaindre.  
 
 
 
 
 
 
Si la chose ne souhaite pas que je pénètre le cabinet, alors je me dois de le faire. Un bureau en chêne domine le centre de la pièce, quelques sièges confortables lui font face. L’ensemble des murs est couvert par des bibliothèques lourdes et chargées, sauf une partie qui expose un tableau masqué par un voile noir opaque.  
 
 
 
 
 
 
 
Je commence par inspecter les ouvrages, passant outre tout ce qui ne touche pas à l’ésotérisme. Oui, il est inutile de chercher d’éventuels grimoires secrets, car les mystères cabalistiques et autres Éleusis sont gages de bon goût et de bonne compagnie pour tout aristocrate et intellectuel de notre temps. Il en résulte un jeu de dupe dont le but est de cacher ces livres, tout en s’assurant qu’ils soient vus. Fascinant, vraiment. Ah, nous y voilà. Le Pseudomonarchia daemonum, classique. Le Malleus Maleficarum, écrit par un déviant sexuel pour le compte d’une institution incarnant le puritanisme. Dieu a le sens de l’humour. Le livre des esprits… Puis, une collection toute particulière retient mon attention. Une dizaine de manuscrits, reliés main et non imprimés, se cachent tout en bas des collections. Tous sont dédiés à la nécromancie, il semblerait que le dernier des De Rancy habitant sur place soit l’un des pionniers de la discipline. Les premiers tomes de ces carnets de recherches consistent en une compilation des savoirs connus à ce sujet, puis la pratique divinatoire via les entrailles, l’invocation et la communication avec les morts. L’ultime carnet, quant à lui, se plonge dans le soin par vampirisme nécromantique.  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Henri De Rancy a théorisé l’idée selon laquelle chaque individu dispose d’une âme. Selon lui, elle parviendrait à se fixer dans un corps matériel grâce à l’action préliminaire du Mesmer (il s’agit d’un flux spirituel continu propre à chaque individu, qui assure le lien entre l’âme et le corps) préparant le corps à la greffe de l’âme. Reprenant une partie des théories spirites, il s’en dévie en affirmant que l’âme en est la source, comme un cœur spirituel, et c’est lors de la grossesse que la mère transmet le sien à son enfant. Ce fluide spirituel permettrait l’arrivée d’une âme et donc de la vie, la matière n’étant qu’un réceptacle pour le spirituel. Partant de ce postulat, Henri développa des méthodes afin de l’extraire puis de s’en servir. La première étape fut un succès, mais la seconde le fut moins.  
 
 
 
Les conclusions préliminaires du nécromancien estiment que l’extraction du Mesmer de ses sujets animaliers est aisée, mais que le refaçonner est difficile. Lorsque l’âme s’extrait, l’état de stress intense du cobaye pollue le fluide irrémédiablement, même s’il précise que ce n’est pas perdu. Ce Mesmer s’écoule et imprègne le bois. Le bois est une matière vivante, donc pouvant canaliser le Mesmer et peut-être le purifier. Le sorcier fait part de ses inquiétudes quant à son état de santé défaillant: en effet, une maladie le rongeait. Il s’est persuadé que son unique chance de guérison résidait dans une transfusion de Mesmer afin de renforcer le sien. Son but était de renforcer l’emprise de son âme sur son corps, permettant ainsi qu’elle guérisse ce véhicule endommagé. Le monde spirituel ne comprend pas la mortalité et donc corrigerait ce « défaut » si le déséquilibre esprit/matière était trop largement faveur du premier. Cependant, l’urgence grandissante de son état le poussa à expérimenter sur des humains, dont le Mesmer est de meilleure facture au vu du degré de complexité de l’âme humaine.  
 
 
 
 
Le carnet s’arrête brutalement après une dizaine de cas humains. La maladie finit par avoir raison de lui.  


 
 
 


 
 
 
Je les fourre tous dans mon bagage, avant de me tourner vers ce tableau. J’ôte le voile et apparaît un portrait d’Henri jeune, un homme blond, de forte stature, charismatique. Mais gardons à l’esprit que les portraitistes mettent toujours le client en valeur. En tout cas, c’est l’occasion de vérifier une théorie. Je sors un cran d’arrêt et commence à balafrer le pauvre hère. Les murs commencent à trembler, l’entité présente a donc un attachement émotionnel envers l’ancien maître des lieux. Le voile de deuil ne m’a donc pas menti. Je recule alors pour me diriger vers la sortie, mais une bibliothèque me tombe soudainement dessus. 
 
 




 
 
 
 
 
 
 
Le grincement du plancher sous un bruit de pas me sors du royaume de Morphée, ou d’Hadès en l’occurrence. Le lourd meuble est encore au-dessus de ma tête, ma survie tient uniquement au bureau l’ayant empêché de m’écraser. C’est alors que des pieds nus, livides et décharnés rentrent dans la salle. Des mains m’extraient ensuite. La chose humanoïde, certainement féminine, me tirant par un bras est à peine vivante. Un cadavre ambulant, n’ayant même plus de dents, quelques touffes de cheveux, des yeux translucides, le visage et l’ensemble du corps si creusés qu’elle semble s’être réveillée d’un sommeil funéraire centenaire. À ce moment, un coup de feu retentit et l’immondice s’effondre au sol. Je me lève péniblement et clame.
 
 
 
 
 
« Harvey, vous êtes le meill... ». Et là, je vois Hayeson, avec l’arme de Wellington, se dressant devant moi. « Je doute que mon compagnon vous l’ait offerte de son plein gré, ou vous avez l’éloquence d’un Cicéron ».
 
 
 
« Taisez-vous, votre ami dort. Comme tous les autres. Après votre départ, ils ont tous bu et mangé, et c’était apparemment drogué ». Je lui fais un signe de tête pour qu’elle baisse son arme, ce que Myriam accepte non sans un soupir.  


 
 
« Et vous n’avez pas bu ni manger, vous ? Pourtant ça n’a pas l’air d’être le cas tous les jours. »
 
 
 
« Vraiment ? La seule chose qui compte, c’est de savoir ce qui se passe et comment partir ! Il n’y a plus de bateau amarré ! »
 
 
 
« Répondez à mes interrogations et je vous rendrai l’obligeance ». Elle soupire de nouveau... quelle outrecuidance. Je doute qu’elle s’en sorte vivante sans moi.   
 
 
 
« Je ne suis pas en recherche d’emploi, on a eu cette invitation à cause un noble ruiné voulant l’échanger contre de l’opium. On s’est dit qu’il doit y avoir pas mal de bibelots de valeurs dans ce genre de soirées. »
 
 
 
« Et vous comptiez vous faire passer pour une noble adorant le style des bas-fonds ? ».   
 
 
 
« Non, me faire recruter en tant que domestique et puis droguer le monde. Le larcin parfait ». 
 
 
 
« On vous a devancé, je crois ».   
 
 
 
« Bon, vous m’expliquez maintenant ? »


 
 
« Nous avons affaire à un nécromancien souhaitant se servir de notre Mesmer, fluide vitale si vous préférez, afin de servir je ne sais quel dessein. Peut-être guérir de sa maladie. Et cette chose est un serviteur d’outre-tombe. »
 Je sors le carnet VI explicitant le concept, sous les yeux écarquillés de la jeune fille. 
« Pour faire bref, un serviteur d’outre-tombe est un corps humain dont l’âme a été extraite. Le nécromancien ajoute une certaine quantité de son Mesmer en fonction de la corpulence et de la durée d’autonomie souhaitée pour la créature. Ensuite, une âme fidèle préalablement extraite doit être insérée dans le serviteur. Le plus sûr et efficace étant de se servir d’un chien bien éduqué à vous obéir. Cependant, la greffe est instable et l’âme ne produit pas de Mesmer. Le serviteur est donc limité et jouit d’une espérance de vie qui l’est tout autant, bien que l’invoquant puisse réinjecter de son Mesmer pour maintenir en vie l’abomination. Nonobstant, le corps se dégrade tout de même rapidement et donc le serviteur est astreint à une existence courte. »
 
 
 
« Vous êtes fêlé. »
 
 
 
« Non, cultivé. Cependant, les gens de votre espèce font rarement la distinction. En ce qui concerne notre échappatoire, il doit arriver 8 h après mon arrivée. Si j’en crois ma montre, il reste 2 h. ».  
 
 
 
« Parfait, allons nous planquer de ces trucs… En attendant que le navire arrive. » 
Elle se tourne, et pour ma part je ne bronche pas.   
 
 
 
« En aucun cas. Il y a également une entité liée à cette demeure qui sait constamment où nous sommes. On ne peut pas se cacher. Nous allons riposter. ».  
 
 
 
« Démerdez vous tout seul. ». 
La malpolie s’en va sans même attendre de réponse. Je lui emboîte le pas.   
 
 
 
« Comme vous le désirez. Je vous souhaite bonne chance dans l’éventualité de ma disparition face à des forces qui vous dépasse, sans le concours d’un expert. Sachez qu’à ce moment-là, vous n’aurez besoin que d’une seule balle. ».
J’accélère afin de la dépasser, il faut travailler ses sorties dramatiques que diable. 
 
 
   
 
 
 
 
Un silence quasiment total est tombé sur l’endroit, uniquement le craquellement de l’escalier rompt la pesanteur du mutisme généralisé... Excepté la pluie battante s’écrasant sur les vitres, qui explique en toute logique pourquoi mademoiselle est rentrée dans la demeure. Le choix entre un danger intangible et une pneumonie… Soudainement, les marches tremblent brusquement, manquant de nous faire trébucher.  


 
 
Constamment sur mes gardes, et évitant de passer à proximité des meubles massifs, je me dirige vers le salon où sont censés se trouver nos camarades. Je remarque que Myriam m’emboîte le pas, je vois que mon discours fait office. Les invités ont visiblement été déplacés, mais il est simplissime de suivre les traces dans la poussière. Ce que nous faisons aussitôt. Celles-ci mènent à un escalier s’enfonçant profondément dans les entrailles. 


 
 
 
« Non, là, c’est trop. ». La voleuse tremblote, je ne peux pas la blâmer.   
 
 
 
« Bon, prenez votre courage à deux mains ou restez vous faire dévorez en haut ». 
Les serviteurs ne sont pas anthropophages, ni les nécromanciens d’ailleurs, mais en rajouter évitera un long débat que je gagnerai sans l’ombre d’un doute.   
 
 
 
« Vous êtes une sale ordure. ». Rétorqua-t-elle, mais me suivant tout de même.  
 
 
 
 
 
 
 
La descente au gré du long colimaçon de pierre est éprouvante. Les marches sont irrégulières et tantôt très hautes, tantôt basses. Notre progression est donc lente, et à mesure que nous nous enfonçons dans l’abîme, des bruits se font de plus en plus distincts. Des bruits de pieds qui se traînent, des bruits de verres s’entrechoquant et finalement un cri perçant.  
 
 
 
Je me précipite alors en bas, me doutant quelque peu de l’origine de ce hurlement. Mais l’escalier se met à trembler et il n’y a aucune prise afin de se retenir, alors je perds presque immédiatement l’équilibre avant de chuter. Par réflexe, je parviens à protéger mon visage.  
 
 
 
Je reprends connaissance grâce à un coup de feu tiré au-dessus de moi. Péniblement, j’ouvre mes yeux et vois la petite en joue matraquant la gâchette, puis le son d’une charge lourde s’écrasant au sol. Elle se baisse et touche ma jambe, la douleur est insoutenable.  
 
 
 
 
 
« Vous avez la jambe cassée ». Cette constatation résonne comme un anathème à mes oreilles.  
 
 
 
« Aidez-moi à me lever, je vous prie. Nous devons arrêter tout cela avant que ce soit nous qui soyons arrêtés ». Mon aimable assistante m’aide à me lever et me tend une épaule en guise de béquille. 
 
 
 
« Je n’ai plus de munitions, malheureusement. Votre homme de main ne disposait que d’un barillet ». Je lui tend le mien. 
 
 
 
« Je n’en ai que trois. J’oublie toujours de le recharger après utilisation ». Sans aucune réponse de sa part, nous reprenons la route à travers l’obscurité.  
 
 
 
 


 
 
 
Heureusement, cette cave est bien éclairée. En effet, les serviteurs, s’ils disposent d’une impressionnante résilience, ont de forts mauvaises acuités. Au milieu de l’endroit, nous remarquons Koton Hopper étendu. La chose devait probablement la transporter lorsqu’elle nous surprit. Hayeson m’installe contre un mur et va au chevet de l’irlandais. Elle ouvre une bouteille de bordeaux présent sur un promontoire et en verse un peu sur le visage de l’endormi tout en lui stimulant un peu violemment le visage. Il finit par se réveiller.  
 
 
 
 
« Que se passe-t-il, je suis où ? ». Le vieux paysan essaye en vain de se relever avant que la jeune fille ne l’aide.   
 
 
« Nos camarades ont été enlevés par des créatures étranges. Voyez ». Montrant la créature étendue sur la pierre. Le catholique arbore une expression à la fois horrifiée et de peur. Anticipant sa réaction, je lui dis.   
 
 
« Nous devons arrêter celui à l’origine de cette abomination. Sinon, nous la remplacerons ». Je prends un ton le plus péremptoire possible.   
 
 
« Seigneur Jésus… Qu’est-ce qui se passe ? ». 
 
 
« Je vous l’expliquerai en route, mais le temps est une denrée précieuse. Dépêchons ».  
 
 
 
 
Nous dépassons la cave à vin pour nous engouffrer dans un passage secret ouvert. Certainement afin de faciliter la circulation des monstres.   
 
Cela nous mène vers une petite salle disposant d’un âtre dont la fumée est évacuée par un tuyau s’enfonçant dans le plafond. À côté de ce chauffage, se situe un secrétaire désordonné couvert de papiers. Je m’y installe promptement et objecte, à la révolte de mes compagnons, la nécessité vitale d’obtenir le maximum d’information.  
 
 
Je trie les notes rapidement par dates et en excluant les rapports d’expériences. Je cherche avant tout comment mettre fin à la possession de la maison et le nombre de serviteurs présents. Mais je tombe sur mieux: des notes datant de 1844. Peu de temps après la découverte du corps d’Henri par la police, et surtout signé de son nom. Il s’agit d’un rapport de situation. En effet, il semblerait que le nécromancien n’ait pas péri, mais était simplement dans un état catatonique proche du décès. Les serviteurs l’auraient emmené dans la cave afin de l’abreuver de Mesmer, repoussant ainsi l’échéance fatidique. Ce qui étonne énormément De Rancy, car ils ne sont pas censés pouvoir prendre des initiatives. Pourtant, la chose ne suffit pas à sauver complètement l’homme. Le Mesmer injecté ne soigne pas, mais ralentit le vieillissement du corps et la progression de la maladie, au prix de la majeure partie de son énergie. Il ne lui est plus possible de monter l’escalier sans dépenser l’ensemble de ses forces et ne peut rester éveillé plus d’une demie heure par apport de Mesmer. Réveils qui ne sont d’ailleurs pas automatique, et se font de plus en plus sporadiques.  
 
 
À ce moment, la poignée de la porte du fond se tourne. Heyeson se précipite pour la bloquer. Des coups ne tardent pas à secouer la fermeture métallique. Hopper la rejoint aussitôt et m’ordonne de me préparer à me battre: je lui montre ma jambe fracturée. Il saisit le pistolet de la femme et me le lance. Je leur demande, cependant, de tenir un peu, car je dois absolument comprendre le fin mot de cette histoire. Ce qui peut, de plus, nous aider dans cette lutte. Sous les protestations outragées de ces deux béotiens, je reprends ma lecture.  
 
 
 
 
 
Cependant, à chaque phase de conscience, le noble prend soin d’évaluer la situation et de tenter de la comprendre. Comment les serviteurs sont renouvelés, comment du Mesmer lui est administré ? Au fil des entrées, les réponses viennent au fur et à mesure. Un homme apporterait de la matière première inconsciente dans le domaine, apparemment payé par les richesses thésaurisés dans la salle du coffre. Des serviteurs prendraient le relais, tantôt extrairaient le fluide pour Henri ou créeraient un remplaçant. Mais d’où vient le Mesmer servant à constituer ces dits remplaçants ? La solution à cette énigme vient lorsque Henri réussi à en suivre un, entrain de s’exécuter. Dans la salle d’expérience, le zombie entaille une immense poutre porteuse d’où s’écoule un liquide rouge, du sang. Surpris, il n’en saura pas plus ce jour-là. Le réveil suivant est consacré à la résolution de ce mystère et l’examen de ce bois. Puis c’est l’épiphanie, la chose est évidente. Ce n’est pas du sang qui s’écoule, mais du Mesmer. En effet, la matérialisation d’un concept spirituel est incompréhensible pour le cerveau humain ne pouvant concevoir que le matériel. Alors, l’esprit associe le concept à son équivalent le plus proche de sa réalité. Le Mesmer se transformant en sang. Le sorcier se maudit de ne pas l’avoir compris immédiatement, lui qui fut maintes et maintes fois confronté au phénomène. Il en conclut donc que le processus de préservation nécromantique endommage les capacités cognitives. Quant à savoir comment ce « sang » est produit, la réponse est évidente à ses yeux. Les multiples rejets de Mesmer au cours de ses expériences, au fil des ans, ont imprégné le bois. Cette accumulation a atteint une masse critique permettant l’association entre la structure et une âme issue du monde spirituel. Le moyen de communication entre la demeure devenue vivante et ses mignons se ferait par le biais des rêves. En effet, il est possible de lier partiellement les esprits via le partage du Mesmer, ce qui permet une communion dans le lieu le plus proche du monde des esprits pour le matériel : le royaume des songes. Il en déduit cela, car l’entité le visiterait régulièrement, Henri peine à réellement détailler ces rêves autrement que par les sensations de chaleur, de sécurité ou autre sentiment positif. Il fait part de ses craintes vis-à-vis de l’entité, s’effrayant qu’elle travail à abaisser ses défenses afin de prendre possession de son corps ou de son savoir par la manipulation ou via un procédé nécromantique inconnu. Malheureusement, il n’y a point d’autres entrées à ce journal de recherche.   






 
 
 
Je me retourne vers la situation de mes compagnons d’infortune, qui tiennent à grand-peine le passage. Sous un flot d’insultes, ils me demandent si je suis prêt. Ce à quoi j’acquiesce, et nous nous préparons à accueillir les engeances d’outre-tombes, mais pas sans équiper les deux soldats des tisonniers présents près de l’âtre. Puis nous ouvrons la porte. Cinq serviteurs se précipitent sur nous, tels les chiens que leurs âmes étaient. Je tire un coup de feu, je touche. Dieu merci que mes classes ne soient pas un souvenir oublié. Je prépare le second coup sur celui qui se précipite sur moi. Puis, je remarque que le vieil homme est aux prises avec une de ces bêtes, mais prend légèrement le dessus, pendant que la fille se fait étrangler par un et mordre par un autre. Je tire rapidement, je l’abats, l’inverse serait honteux à cette distance. Je me prépare pour tirer une troisième fois, mais ne parviens qu’à toucher l’épaule de l’étrangleur, pendant que Hayeson perd peu à peu conscience. C’est alors que Kolton réussit à tuer son adversaire d’un coup de tisonnier bien placé, et se précipite afin de faire de même sur les autres. Par bonheur, les serviteurs sont peu vifs, le second mit bien trop de temps à réagir lorsqu’il vit le premier s’effondrer. Après cela, le paysan se mit au chevet de la gamine le temps qu’elle émerge.


 
 
 
« Nous devons nous presser » leur dis-je.   
 
 
« Elle est à peine en état de marcher et nous ne pouvons pas la laisser seule ici ». Me répondit-il, d’un ton choqué. 
 
 
« Je vais à peu près bien, réglons ça le plus vite possible ». 
La courageuse chapardeuse se lève tant bien que mal, vacillant tout de même une fois sur ses pattes.   


 
Puis nous traversons l’ouverture et nous retrouvons dans un grand laboratoire, des Erlenmeyers, des béchers et autres éprouvettes étaient disposés sur les différents plans de travail. La plupart contiennent du liquide rouge ou transparent. Au centre de la pièce, est disposée une table d’opération avec un nécessaire de chirurgie, mais pas de pointe. L’équipement date certainement de la prétendue mort du propriétaire des lieux. Sur la table, Warren Graves est percé de part en part par des tuyaux s’enfonçant tantôt dans les veines, tantôt les muscles sans réelle logique médicale matérialiste, mais suivant le protocole nécromantique de Henri De Rancy dans le but d’extraire le Mesmer. Au fond de la pièce, il y a une porte d’acier dont l’interstice laisse entrer de la lumière naturelle. Une sortie vers l’extérieur.
 
 
Le pauvre Graves est plus proche de la mort que de la vie, ce qui n’empêche pas le vieil Irlandais d’aller quérir de son état. À côté de la table, dans un chariot de bois, gît Lady Of House qui a probablement nourrit le maître de ce cirque macabre. Néanmoins, il y a une bonne nouvelle puisque Harvey est vivant.. saucissonné dans un coin, mais vivant. Hayeson se dépêche de le libérer, non contente d’avoir un renfort en cas de retour des serviteurs. Je doute qu’elle soit en mesure de se défendre à nouveau. 


 
Une fois éveillé et la situation clarifiée, je lui demande de me soutenir. 


 

 
« Vous voyez cette poutre aux multiples traces, comme des cicatrices, Mrs. Hayeson ? ».   
 
 
Le terme cicatrice convient parfaitement, ce bois est très étrange, comme si le Mesmer lui avait octroyé les propriétés régénératrices d’une membrane de chair. Certainement ce qui explique l’état de presque parfaite conservation de la bâtisse.  
 
 
« Oui ». 
 
 
« Et bien détruisez là ». 


 
« Non, si vous demandez ça, c’est que c’est le plus dangereux et donc vous ou votre garde allez le faire »; dit-elle, le ton renfrogné. 


 
« Détrompez-vous. Il s’agit de la source du Mesmer de la maison, l’organe sylvestre à l’origine de l’âme du lieu. Le cerveau si vous préférez, le détruire reviendrait à lobotomiser l’entité ». 
 
 
« Et donc, c’est bien le plus dangereux ? Je ne sais pas si vous vous foutez de moi ou me prenez pour la dernière des connes ! »


 
« Non, car cet homme, allongé sur le lit, compte bien plus pour la maison que sa propre existence. Et c’est de lui dont nous allons nous occuper. Néanmoins, échangeons si vous le désirez ». À vrai dire, je ne saurais dire si je viens de mentir. En tout cas, je ne l’ai pas convaincu, mais elle a cessé de discuter et s’exécute en soupirant, à l’aide d’un bidon de pétrole usité pour recharger les lampes du laboratoire. Quant à nous, nous allons vers le presque macchabée endormi. 


 
 
 
Sous nos pas, l’ensemble de la structure se met à trembler, les murs grincent, de la poussière tombe du plafond. Le tremblement va crescendo à mesure que nous nous approchons du nécromancien, pour finir par être un véritable vacarme.   
 
 
 
 
« Monsieur, tout l’endroit va s’effondrer ! ». Mon soutien commence à s’affoler. 


 
« J’en doute, mon cher, j’en doute. Un effondrement reviendrait à tuer son ami, ce qu’elle ne souhaite pas ». Je l’espère, bon dieu, je l’espère. 


 
« Vous êtes sûr de vous ? »


 
« Parfaitement ». Et ce bruit qui s’amplifie, ces murs qui se craquellent… 




 
Nous finissons par arriver près du Noble. Il ressemble plus à une goule qu’à un homme. Son apparence est cadavérique, la chair pourrie, les ongles noircis de même que ses dents. Ce corps serait identique à celui d’un serviteur si son visage n’était pas si paisible. Comme si l’esprit était déjà dans un monde meilleur.  


 
Je me tourne vers Miss Hayeson qui achève d’asperger le cœur de la demeure, non sans afficher sa terreur. En tout cas, j’avais visiblement raison, car toute la pierre du sol se fracture, excepté autour du lit, bien que les fissures ne dépassent pas les quelques centimètres. Puis, le bois se met à brûler et les tremblements s’arrêtent presque immédiatement. Sauf à un endroit, la parcelle du sol soutenant une table basse sur laquelle fleurit une rose rouge. La fleur tombe, caressant délicatement le visage de l’homme avant qu’un silence de mort ne retombe.  


 
Il est en tant d’en finir. Je me saisis de l’oreiller et demande à Harvey de mettre fin à ce triste conte.  


 




 
En sortant de ce domaine malfaisant, Harvey m’interroge. 


 
« C’est donc la maison qui est responsable des enlèvements, de tout le bordel ? ».  


 
« On peut dire ça. Bien que Mr. De Rancy en soit l’originel instigateur».   


 
« Comment une maison peut-elle enlever des gens ou envoyer des lettres ? »


 
« Et bien par le biais des serviteurs. Ces choses, qui vous ont enlevées, sont des êtres très primaires et d’une obéissance aveugle si bien créés avec les bonnes âmes, canines en général. La demeure est parvenue à se substituer en tant que maître des serviteurs de De Rancy lors de sa dégénérescence. Par l’intermédiaire de leurs rêves, l’endroit transmettait ses ordres et ses consignes. Que ce soit l’envoi de lettres postées depuis une autre île, la création d’autres engeances, le paiement de mercenaires pour les enlèvements ou bien nourrir Henri... ».  


 
« D’ailleurs pourquoi le garder en vie ? S’il mourait, la maison mourrait ou quelque chose comme ça ? »


 
« Non, l’amour mon cher. Simplement l’amour ».    
 
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PostPosted: Mon 5 Aug 2019 - 02:20    Post subject: Publicité

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Adiboy
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Masculin Balance (23sep-22oct)

PostPosted: Mon 12 Aug 2019 - 12:54    Post subject: Nécromantique Reply with quote

-cohérence/vraisemblance de l'histoire Je n’ai pas vu d’incohérence.

-cohérence/vraisemblance des personnages Fidèles à leur description.

-sentiment éveillé chez le lecteur De la curiosité. Je n’étais pas particulièrement attiré au début du texte, mais j’ai fini par être pris par l’histoire au fil de la lecture.

-vraisemblance du moyen de transmission de l'histoire Narration à la première personne, c’est ok.

-style d’écriture Hum... L’écriture soutenue a son charme, et les termes d’époques sont bien maîtrisés. Surtout que le registre littéraire s’accorde parfaitement avec la personnalité du narrateur.

-lisibilité du texte Le texte est long et parfois difficile à suivre. Sinon, il y a quelques fautes qui pourront être rectifiées par les correcteurs.

-intérêt de l'histoire L’ambiance du récit est plutôt bonne. Gros bémol : les zombies et la "maison vivante" ne sont pas très originaux, malgré l’explication du Mesmer. Cependant, je me rend bien compte qu’un important travail à été investi dans ce texte...

Malgré quelques doutes, je vais être POUR. J’imagine que certains lecteurs du necromential apprécieront.
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Wasite
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PostPosted: Mon 12 Aug 2019 - 14:48    Post subject: Nécromantique Reply with quote

Merci pour ta critique. Quelle sont tes doutes plus spécifiquement ? Je suis preneur de tout conseils pour m'améliorer stylistiquement ou scenaristiquement.
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Litanie
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Féminin Gémeaux (21mai-20juin) 鷄 Coq

PostPosted: Tue 10 Sep 2019 - 20:24    Post subject: Nécromantique Reply with quote

- Cohérence/vraisemblance de l'histoire et des personnages : dans l'ensemble, c'est cohérent. Par contre, j'ai un peu de mal avec le fait qu'il parvienne à se déplacer sans soucis malgré sa jambe cassée. Et je trouve, à titre personnel, qu'il découvre quand même beaucoup d'information en très peu de temps. Je ne doute pas qu'il puisse lire très vite, mais la quantité d'information qu'il obtient me semble un peu trop importante. Enfin, ce sont des points de détail.

- Sentiment éveillé chez le lecteur : j'aime beaucoup l'ambiance, beaucoup de curiosité

- Lisibilité/Style d'écriture : très bon style qui correspond bien à l'époque, quelques fautes dans le texte, mais rien de bien important. En ce qui concerne les explications, c'est peut-être un poil trop sec par moment.

- Intérêt de l'histoire : j'aime beaucoup, c'est vraiment une nouvelle dans le style des romans gothiques, et c'était très agréable à la lecture. Le sujet est intéressant, ton texte reprend vraiment bien les caractéristiques du roman gothique. Ce sera un pour de ma part
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« J'ai suturé des mots à l'oreille,
D'une fille incroyablement belle. »
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Gordjack
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Joined: 20 Apr 2016
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Masculin Capricorne (22déc-19jan) 龍 Dragon

PostPosted: Thu 12 Sep 2019 - 14:37    Post subject: Nécromantique Reply with quote

Au vu du rythme auquel les votes s'additionnent sur ce texte, on en aura encore pour dix ans. Aussi, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je le déclare officiellement accepté.
________________


Hossana meus, fortuna deus,
Protego Bescherelle in sanctus.


Hic veni da mihi, mortem iterum,
Insania ad noctis, Grammarheim in caelum.

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PostPosted: Today at 04:58    Post subject: Nécromantique

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