Creepypasta from the Crypt Forum Index
 
 
 
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Les 1%

 
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Gordjack
Paladin (loyal bon) et Scribe
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Masculin Capricorne (22déc-19jan) 龍 Dragon

PostPosted: Sun 24 Nov 2019 - 11:45    Post subject: Les 1% Reply with quote

Avis à la Grammatikwaffe : Puisque ce récit est assez conséquent, il m'a semblé judicieux de poster l'intégralité de ses parties dans un même message, sous forme d'une "mini-liste de correction". Enfin bon, vous savez comment ça marche. Nonobstant, faites attention à la concordance des temps, quand vous corrigerez. Dans les traductions, c'est toujours le point le plus sensible.
Merci à Piaandy, Dydy et Undeter pour cette matière première de choix !



#995 se souvient. Il a une très bonne mémoire. Un médecin dirait qu'il a une mémoire photographique, mais il n'a vu qu'un docteur dans sa vie. Et celui-ci n'est pas intéressé par son intelligence.

#995 se souvient de chaque misérable jour qu'il a vécu.

Ce jour-là, il nettoie tous les bassins du repaire. Il y a vingt deux bassins appartenant à vingt deux numéros différents. Chacun doit être vidé, récuré, séché et remis en place. Quinze des numéros devront avoir leurs parties génitales nettoyées. Six d'entre eux seront capables de le faire eux-mêmes. Et l'un d'entre eux n'a pas du tout de parties génitales à nettoyer.

Il n'y a pas beaucoup de bruit dans la tanière. Parfois il y a des cris, mais la plupart du temps seulement le son de la souffrance. Les oreilles de #995 sont intactes pour pouvoir tout entendre. Il a demandé à Allen de les lui enlever, mais celui-ci a refusé. Il lui a dit qu'il ne pouvait pas réparer le passé.

#995 entre dans la chambre de #1470. Il est alité, comme la plupart d'entre eux au début. Son corps se rétablit après avoir été perfectionné. Il est presque complètement couvert de bandages, à l'exception de son visage. Il a toujours eu un visage parfait. #995 se souvient de la première nuit de #1470 dans le repaire. Il martelait les murs. Il criait et menaçait. C'était un homme grand, avant d'être corrigé par Allen, et avait fait très peur à tout le monde. Son visage, même rougi par la colère et la peur, était parfait. Ses yeux et ses pommettes étaient parfaitement symétriques. Même lorsqu'il a essayé de se pendre avec les draps son visage était toujours aussi beau à voir. Cela avait dû être difficile pour Allen de lui couper les joues, le nez et les lèvres. Allen aimait vraiment la perfection.

Mais il aimait encore plus son travail.

#995 glisse le bassin en dessous de #1470. Celui-ci le supplie du regard. Il a l'impression que ses yeux lui disent "tue moi". Mais évidemment, #995 ne ferait jamais une chose pareille. De plus, tout le monde dans le repaire avait exactement la même apparence. Il avait fini par s'y habituer.

#995 continue de ramener les bassins dans les chambres, mais s'attarde dans l'une des dernières. C'est #1459. Elle se tient loin de la porte, près du mur. Elle est l'une des seules à avoir le droit de s'habiller. Elle porte une tenue d'infirmière blanche et moulante. Ses cheveux sont longs et blonds, comme leurs cheveux à tous. Elle est pieds nus, mais une paire de talons hauts traîne près d'elle. Elle ne bouge pas. #995 s'approche un peu. C'est toujours passionnant de voir la transformation.

Personne n'aurait deviné qu'il y a un peu moins d'un an, c'était une ermite qui n'ouvrait sa porte qu'aux divers livreurs. #995 s'en souvient. Elle était entrée en silence, comme si elle avait déjà abandonné. Ca avait dû plaire à Allen. Il aime à prétendre que ses numéros aiment son travail. Il aime à prétendre qu'il rend leurs vies meilleures.

#1459 a dû se rendre soudainement compte de sa présence car elle se tourne pour lui faire face. Un sourire est placardé sur son visage. Son maquillage a été tatoué sur sa peau; peau tellement tirée que ça a l'air douloureux lorsqu'elle incline sa tête. "Bonjour, monsieur." Elle sourit toujours. "Le docteur m'a t'il demandée ?"

#995 secoue la tête et regarde le sol. #1459 rit légèrement. "Ce n'est pas grave, monsieur. Je serais prête lorsqu'il le fera." Elle se retourne ensuite et fait à nouveau face au mur. #995 se glisse hors de sa chambre.

Le dernier bassin devait être ramené à #1101. Une odeur horrible s'échappe de sa chambre, bien pire que toutes les autres. C'est la plus ancienne ici, mis à part #995 lui-même. Tous les autres on été transformés ou sont morts. Ou les deux.

Mais #1101 est têtue. C'est peut-être la raison pour laquelle Allen a continué de travailler sur elle pendant toutes ces années. Elle avait subi tant d'opérations qu'elle n'avait certainement plus une once de sa peau d'origine. Ses os avaient été brisés tant de fois que son corps craquait à chaque mouvement.

Mais au fil des années, elle avait gardé sa volonté. Allen avait cousu sa bouche à plusieurs reprises car s'il lui donnait ne serait-ce que la plus petite chance de parler, elle le maudirait. Elle n'avait jamais arrêté de se battre. Si elle pouvait bouger ses jambes, elle lui donnerait des coups de pieds. Si elle avait des dents, elle mordrait. Allen l'avait finalement amputée de tous ses membres. Elle n'avait plus de dents. Ni de paupières. Et elle était la seule que #995 ait jamais vue dont les parties génitales avaient été enlevées. Elle n'avait plus que de la peau lisse sans poils et des trous.

#995 se souvient du premier jour où elle est arrivée. Elle n'était pas comme #1459. Elle avait été enlevée à sa famille au cours de la nuit. Elle venait d'avoir seize ans. A peine plus jeune que #995 lui-même. C'était une fille de ferme rondouillarde qui sentait la terre. Elle portait une jolie chemise de nuit bleue qui lui frôlait les talons. Elle s'était réveillée à peine quelques heures après qu'Allen l'ait ramenée à la tanière. Elle n'avait rien dit les premières minutes, tournant autour de sa cellule comme si elle cherchait à s'en échapper. Et cette nuit, sa première nuit, elle avait montré à quel point elle était forte.

"Eh toi," avait-elle appelé. #995 était resté assis dans le couloir, la regardant comme il avait regardé tous les autres numéros. Il avait regardé autour de lui, confus, puis s'était finalement rendu compte que c'était à lui qu'elle parlait.

"C'est toi qui m'a amenée ici ?" Son ton était calme. Contenu. Elle n'allait pas marteler les murs ou éclater en sanglots. Elle étudiait ce qui l'entourait.

#995 avait seulement secoué la tête et détourné le regard.

#1101 avait froncé les sourcils. "Est-ce qu'ils vont me rendre comme toi ?"

Elle devait faire allusion à l'apparence de #995. Il avait l'air moins bien à l'époque, étant donné que les cicatrices peuvent prendre des années pour disparaître. Il était le premier 1% de Allen. Celui-ci avait exclusivement travaillé sur lui pendant huit mois. Il était chirurgien débutant à ce moment-là, juste un novice sous la tutelle de son père. Il a fait beaucoup d'erreurs sur #995. Et #995 avait senti chacune d'entre elles.

Mais sur le moment, #995 n'avait pas su s'il devait acquiescer ou pas. Il ne pouvait évidemment pas répondre oralement, étant donné que sa langue avait été retirée. Il avait donc juste serré ses bras contre lui. Son agrafe s'enfonça un peu dans le tissu cicatriciel qu'était devenu son ventre, mais il n'avait plus de terminaisons nerveuses à cet endroit.

#1101 avait appuyé ses mains contre les barreaux de la porte de sa chambre. "Approche."

#995 était hésitant. Mais il avança un peu vers sa porte. Elle avait souri gentiment. Personne n'avait souri comme ça à #995 depuis son enfance.

"Tu as un nom ?"

#995 acquisca. Il se retourna pour lui montrer l'arrière de sa nuque. A cet endroit, tatoués à l'encre rouge sombre, se trouvaient les chiffres 9-9-5. Il lui fit face à nouveau s'attendant à une expression de pitié ou de mépris. Mais à la place il vit la même gentillesse.

"Moi aussi j'ai un nom bizarre. C'est Amaryllis. C'est le nom d'une fleur. Mais pour être franche, je n'ai rien d'une fleur. Tu peux m'appeler Mar." Elle bougea pour coller ses deux mains aux barreaux. "Tu dois me promettre de ne jamais oublier ça. Tu ne peux pas oublier mon nom. Je parie qu'il vont vouloir me donner un numéro à moi aussi, mais ils ne sont pas réels. Je suis réelle. Et toi aussi. Tu comprends ?"

#995 acquiesca lentement. Puis il fit quelque chose qui, il le savait, lui aurait valu une punition de la part d'Allen. Il posa sa main intacte sur les barreaux et toucha les siennes. Il pouvait sentir sa peau, sa sueur. Il sentit une connexion pour la première fois depuis que le Dr. Allen Allship II l'avait enlevé à sa mère décédée et l'avait amené au repaire.

Il ne l'avait plus jamais touchée après ça, et elle ne lui avait plus parlé. #995 la vit tous les jours pendant quarante trois jours, mais aucun d'eux n'avait montré se souvenir de cette première nuit. Mais chaque jour #1101 avait toujours sa gentillesse en elle. Après toutes ces opérations, elle avait toujours de la gentillesse dans ses yeux sans paupières.

Mais ce jour-là l'odeur était affreuse. Et malheureusement, c'était une odeur que #995 ne connaissait que trop bien.

"Elle est morte, n'est-ce pas ?" Allen est derrière #995. Ils se tiennent là, regardant l'intérieur de la pièce ensemble. "#1101 a fini par mourir."

Allen sourit. Il est fier. "C'est une bonne nouvelle, #995. J'en ai un nouveau pour prendre sa chambre."

[C1] V ( Shead ) ; [C2] X ( - )

Barry pouvait sentir le pus qui s'échappait de ses orbites. Il s'egouttait terriblement lentement depuis le coin de sa paupière vers le côté de son nez. Il rejoignait sa lèvre supérieure. L'odeur était horrible. Mais c'était toujours le cas.

Il l'aurait bien essuyé mais ses bras étaient sanglés au lit. Il était dans ce lit depuis quasiment trois ans. Il portait ce pyjama élimé depuis aussi longtemps. Les rayures jadis bleues du tissu étaient maintenant effacées par les tâches de fluides corporels.

Barry avait été un homme très actif. Il aimait le VTT et la course à pieds. Sa vie avait été faite de jour et de nuits bien remplis. L'approvisionnement en argent illimité de la part de ses parents lui permettait de faire absolument tout ce qu'il voulait. Même épouser une strip-teaseuse dont il était tombé fou amoureux.

Mais il était maintenant limité aux quelques centimètres de lit sur lesquels il pouvait bouger. De toutes façons, ses muscles étaient si atrophiés qu'il pouvait à peine soulever sa tête. Des escarres recouvraient sa peau flettrie. Chaque jour il combattait son ennui. Il avait comptés tous les carreaux du plafond plus d'une centaine de fois. Il connaissait par coeur la course du soleil et de la lune. Il dormait autant que possible, mais la douleur le gardait éveillé la plupart du temps.

Monica venait voir comment il allait autant qu'elle le pouvait. C'était une femme timide dans la quarantaine. Elle avait beaucoup de mal à regarder Barry dans les yeux. Elle nettoyait ses plaies avec de l'alcool à frictioner, chuchotant des excuses. Ce n'était pas une infirmière, mais elle s'était habituée au sang. Barry la suppliait souvent d'appeler la police. Il lui aurait offert de l'argent en échange, plus d'argent qu'elle n'en avait jamais rêvé.

Mais elle n'avait jamais accepté son offre. Au fond de lui, Barry comprenait qu'elle ne le ferait jamais. Il avait à peine vu Jared, son mari. Mais parfois il pouvait l'entendre dans l'autre pièce. Elle aimait s'asseoir sur les genoux de Jared, riant de façon indécente. Monica ne pleura plus jamais, mais Jared si, parfois.

Il étaient tous les deux présents à son mariage il y a si longtemps. Monica avait travaillé pour lui pendant des années. Elle était plus une amie qu'une simple femme de ménage. Barry s'était assuré d'inviter aussi son mari et ses enfants. Monica avait semblé beaucoup apprécier l'invitation, même si elle l'avait prévenu qu'il y avait quelque chose de pas clair à propos de sa fiancée.

Mais Monica n'était pas encore venue lui rendre visite aujourd'hui. A en juger par la position du soleil Barry devina qu'il était à peu près onze heures du matin. Il devait attendre qu'Elle se lève avant que qui que ce soit ne vienne l'aider. Le pus continuait de goutter et il en tomba un peu sur sa lèvre inférieure. Il avait envie de vomir, mais n'avait rien dans le corps.

Sans prévenir, Elle apparut dans l'encadrement de la porte. Il aurait reculé si il avait pu bouger. Au cours des derniers mois, Elle s'était transformée en quelque chose de terrifiant. Sa voix était étrangement aigüe. Sa poitrine était complètement plate. Elle se promenait souvent dans la maison, ne portant rien d'autre que des sous vêtements Disney.

Aujourd'hui Elle était coiffée de deux tresses qui encadraient son visage. Elle portait un costume de Mickey Mouse qu'elle avait dû trouver dans un magasin de déguisements. La tenue était beaucoup trop petite pour elle, mais elle s'était débrouillée pour rentrer dedans. Barry ne dit rien, de peur d'être obligé de sentir le goût de la bile qui recouvrait à présent ses lèvres.

"Barry" railla t'elle de sa voix haut perchée. "Tu veux jouer avec moi ?"

Barry ferma les yeux. Il essaya de se La remémorer le jour de leur mariage. Elle était si belle dans sa robe. Il avait trouvé un peu étrange que ce soit une réplique exacte de la robe de Cendrillon. Mais il l'aimait tellement qu'il était prêt à lui donner tout ce qu'elle voulait. Ils avaient mangé des hot dogs et des cupcakes pendant la réception. Le DJ passait du Kidz Bop. Les invités n'avaient rien dit de négatif. Ils arboraient juste des sourires forcés. Même ses parents étaient trop nerveux pour critiquer quoi que ce soit.

"Barry! Est-ce que tu m'ignores ?" Sa voix était si forte. C'était douloureux à entendre. Mais Barry refusa d'ouvrir les yeux.

Il essaya de se souvenir d'Elle le jour de leur rencontre, au club de strip-tease. Elle se faisait appeler "Dolly". Elle jouait le rôle d'une petite fille, et ça lui rapportait pas mal d'argent. Les hommes aimaient bien ses joues rose, ses couettes et son énorme poitrine. Mais Barry vit au-delà de ça. Il vit son regard, beau et innocent. Il avait payé 900$ pour une danse privée. Ils avaient passé tout ce temps à discuter. Elle lui avait expliqué comment ses parents étaient morts dans un horrible accident de voiture et qu'elle avait dû se déshabiller pour vivre depuis lors. Elle avait commencé à danser quand elle avait onze ans. Barry lui avait dit qu'il se sentait seul et qu'il voulait vraiment se poser. Elle s'était assise sur ses genoux comme une enfant. Il pouvait se rappeler précisément de ce qu'elle lui avait dit. "Tu n'es pas comme les autres."

"Barry !"

Il fut arrâché à ses souvenirs par une douleur vive dans son cou. Il poussa un cri, réalisant qu'elle venait de lui couper la gorge. Le pus entra dans sa bouche crachota sur son torse. Elle se tenait au dessus de lui, tenant une paire de ciseaux de sécurité. Du sang avait éclaboussé son visage.

"C'est l'heure de s'amuser, petit frère." Elle prit les ciseaux et dessina un quadrillage dans son cou. "Morpion."

Barry essaya de crier mais il y avait du sang dans sa gorge et il ne put sortir qu'un gargouillement. Son sang se répandit sur son torse et rendit sa peau d'un rouge crémeux.

Elle rit jusqu'à ce qu'une expression différente traverse son visage, et elle émit un petit "Merde."

Barry sentit qu'il perdait conscience. Il cru l'entendre appeler Maman et Papa, et Monica et Jared arrivèrent en courant. Il perçut du mouvement. Puis Barry s'évanouit.

...

"Il ne doit pas mourir."

Barry reprit conscience. Il entendit la voix de Rebecca s'exprimer sévèrement. Il y avait des gens près de lui. Il ouvrit son oeil valide mais sa vision était floue. Des visages flottaient au dessus de lui.

Puis il réalisa - il n'était plus attaché. Une vague de soulagement l'envahit. Il essaya de lever son bras et, au prix de beaucoup d'efforts, réussit à toucher son visage. Son oeil ne lui faisait plus mal. Il aurait même pu rire. Les gens autour de lui remarquèrent qu'il bougeait.

"Est-ce qu'on devrait l'attacher ?" Rebecca n'avait pas l'air inquiète.

"Non. Il n'a quasiment plus de muscles. Il n'atteindrait même pas la porte." La voix était celle d'un homme. Il était calme, comme un docteur.

Barry cligna des yeux et tenta d'y voir plus clair. La scène devint un peu plus nette. Il était dans une chambre humide, sur un dur lit en metal. Rebecca et un homme qu'il ne connaissait pas se tenaient près de lui. Il pouvait vaguement distinguer Monica et Jared qui se tenaient un peu plus loin, blottis l'un contre l'autre. Une ampoule nue pendait au dessus d'eux. Elle se balançait d'un côté à l'autre d'une manière presque menaçante.

Monica tenta d'intervenir, "Peut-être que si on-"

"Maman, la ferme." Rebecca ne la regarda même pas. A la place, un sourire éclaira son visage malsain. "Tu as de la chance qu'il ne soit pas mort. S'il meurt, les patates qui te servent de progéniture meurent aussi." Elle rit cruellement.

"Vous retenez leurs enfants ?" demanda l'homme. Il n'était pas choqué. Pas inquiet. Sa voix était complètement dénuée d'émotions.

"Ils sont dans une usine en Russie. Je les ai envoyés là-bas pour fabriquer des vêtements ou quelque chose comme ça. Je n'ai qu'un mot à dire pour qu'il aient un petit accident." Rebecca ne lâchait pas Barry du regard.

Barry essaya de parler mais s'en trouva incapable. Il se rendit compte qu'il avait mal au cou. Il descendit sa main et sentit un gros pansement sur sa gorge.

"N'y touchez pas," dit l'homme. "Ca a déjà été assez laborieux à recoudre."

Rebecca grimaça un sourire. "Le Dr Allshipp est le meilleur. C'est celui qui m'a rendue belle. J'ai décidé de te confier à lui." Elle rit. "Il fait des miracles, tu sais."

Le Dr Allship s'autorisa un sourire. "Vous êtes trop aimable, Becky." Il posa une main gantée sur l'oeil valide de Barry. "Je vais avoir beaucoup de travail avec vous, jeune homme. Mais on va faire en sorte que vous soyez à nouveau au meilleur de vous-même." Il se tourna vers quelqu'un. "#995, assure toi que #1477 est à son aise. Demain, nous lui enlèveront l'oeil qui lui reste."

Barry, paniqué, essaya de se lever. Il essaya de bouger ou de faire n'importe quoi d'autre. Mais il ne réussit qu'à tomber de la table. Rebecca se moqua de lui. "Tu n'es qu'un idiot, Barry." Elle se pencha vers lui, moqueuse.

Barry entendit ensuite un grand bruit sourd. Il ouvrit son oeil valide et vit que Rebecca était tombée à côté de lui, à moitié inconsciente. Il essaya de regarder vers le haut, mais ne vit que le reflet du gros objet tenu par le Dr Allship.

"#995," dit-il stoïquement. "Nous allons aussi avoir besoin d'une chambre pour #1478." le Dr Allship se retourna pour faire face à Monica et Jared.

"S'il vous plaît..." La voix de Jared tremblait. "Nous ne dirons rien à personne. Nous n'avons jamais rien dit."

Le docteur ne releva même pas les paroles de Jared. "Quant à vous deux, nous n'avons plus besoin de vos services." Barry entendit crier Monica. Deux grandes détonations résonnèrent dans l'air. Puis il y eut deux bruits sourds, de corps qui tombent sur un sol en terre.

Le Dr Allship se pencha de façon à ce que Barry puisse le voir. Barry distinguait clairement son visage à présent. Ses yeux étaient d'un bleu pâle, presque blanc. "Vous devez m'excuser #1477. S'il vous plait, ne pensez pas que je suis quelqu'un de mauvais. Je n'ai simplement pas le temps pour quatre nouveaux patients. Parfois il faut savoir laisser filer les clients."
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

...

Allen était un très bon garçon.

Il mangeait tous ses légumes. Se brossait bien les dents. Ne répondait jamais. Allen ne se plaignait pas que Mère l'habille toujours avec les même vêtements, même si les autres enfants se moquaient de lui. Il ne se salissait jamais, ne réclamait jamais de dessert en plus, et ne veillait jamais tard. Il faisait ses devoirs. Allen aimait les devoirs, tout particulièrement la biologie.

Allen n'aimait pas grand chose. Il n'aimait pas son père. Il n'aimait pas son frère. Il n'aimait pas les autres enfants. Il n'aimait pas les petites chaussures noires qu'il devait porter tous les jours. Mais il ne se plaignait jamais. Il parlait à peine de toutes façons, à part si on s'adressait à lui. Et même dans ces cas-là, il essayait de répondre le plus brièvement possible.

Les autres enfants lui donnaient des surnoms. Il n'avait pas d'amis. Même quand les enfants le frappaient, Allen s'en allait, se débarbouillait et restait silencieux. Il ne servait à rien de crier. Il n'aimait pas le bruit de toutes façons. Les autres enfants semblaient encore plus agacés par son manque d'émotions. Ce qu'ils lui faisaient subir était de pire en pire - comme le déshabiller et l'obliger à traverser toute l'école sans rien pour couvrir son petit corps. Ils riaient encore et toujours. Allen n'avait jamais supplié ou pleuré. Il allait juste voir le principal et lui demandait calmement des vêtements, étant donné qu'il avait perdus les siens.

Mère n'avait jamais rien su de ce que lui faisaient subir les enfants. Elle l'aimait vraiment beaucoup. Elle admirait sa façon de se contrôler. Même lorsqu'il était bébé il pleurait rarement. Le mettre au monde avait été très facile et elle s'attendait à la même chose pour son deuxième enfant. Mais son plus jeune fils était l'exact opposé du premier. Il gémissait sans cesse. Il était bruyant et avait toujours besoin d'attention. Il faisait tout le temps des dégâts autour de lui.

Mais Allen - Allen était parfait.

A la remise des diplômes de Allen, Mère n'a pas pu s'empêcher de pleurer. Il avait l'intention de faire Médecine. Son père l'avait poussé à devenir chirurgien, comme lui. Allen avait accepté sans montrer d'émotions. Mais Mère ne pouvait contrôler les siennes et des larmes avaient coulées silencieusement sur ses joues.

"Tu te ridiculises," lui avait rétorqué froidement son mari.

Allen était bien content d'en avoir fini avec le lycée. A cette époque, les autres élèves le laissaient tranquilles la plupart du temps. Le fait qu'il ne réagisse pas à leur cruauté les avait lassés. Ils se concentraient sur des cibles plus faibles, comme son petit frère. Mais Allen n'aimait pas son frère, il se fichait donc de ce qu'ils pouvaient bien lui faire. Même quand celui-ci a dû être hospitalisé pour hémorragie interne, il s'en fichait. Même quand il a été découvert que ces brutes avaient enfoncé de force une batte de baseball en métal dans le rectum de son petit frère, il n'avait même pas réagi. Il avait plus important à penser.

L'école de Médecine serait facile. Allen avait toujours été bon à l'école. Il avait eu des A dans toutes les matières, sauf en art. Il ne comprenait rien à l'art. Il n'en voyait pas l'intérêt. Pour ses devoirs il dessinait des schémas compliqués de l'anatomie des animaux. Son professeur lui avait dit d'être un peu plus créatif. Donc Allen avait commencé à... "améliorer" les animaux. Il leur faisait des dents plus longues, des griffes plus acérées. Il essayait de les rendre parfaits. Mais son professeur ne trouvait pas ça assez créatif.

Il laissa tomber le cours.

Mais à part ça, Allen était l'élève idéal. Il ne parlait jamais en classe et ne perturbait pas les autres étudiants. Il terminait toujours son travail dans les temps et ses devoirs étaient excellents. Il ne dérangeait jamais les professeurs. Il allait leur manquer.

Eux ne lui manqueraient pas. Il ne les aimait pas. Il n'aimait pas grand chose.

Mais il aimait Mère. C'était une femme potelée avec des cheveux châtains ondulés. Elle avait une petite pointe d'accent allemand. Son père l'avait "rencontrée" en ligne, même si Allen suspectait qu'il ne l'ait achetée par correspondance pour l'épouser. Après tout, elle ne devait pas avoir plus de seize ans lorsqu'elle avait eu Allen. Son accent était alors très prononcé mais son père l'avait forcée à apprendre à le faire disparaître. Son père ne voulait pas qu'elle se fasse remarquer.

Mais Allen aimait bien la façon dont les mots sonnaient étrangement à cause du peu d'accent qu'il lui restait. Quand il était petit, elle lui chantait des chansons en allemand. Elle devait chanter doucement pour que son père ne l'entende pas. Il se souvenait des paroles de ces chansons. Allen détestait qu'on le touche, mais pourtant ça ne le dérangeait pas lorsque Mère l'habillait ou lui donnait son bain. Il s'était habitué à son bain quotidien où elle le lavait avec une éponge. Ils ne parlaient pas pendant qu'il était dans la baignoire, mais quand sa main caressait accidentellement sa peau, il se sentait soulagé. Ca lui rappelait la sensation d'être nourri au sein. Il avait eu la chance de l'être bien après l'âge de neuf ans.

C'était le jour de la remise des diplômes de Allen. Il était premier de sa classe. Son école lui avait demandé d'écrire un discours. Il le fit, vu qu'on lui avait demandé, sachant pertinement qu'il serait hué par les autres élèves. Le discours était court. Il a remercié sa famille et son école. Il a parlé du futur. Allen apprenait à simuler des émotions.

Comme toujours, Mère l'avait habillé. Elle lui avait enfilé son boxer, attaché son pantalon. Elle avait boutonné sa chemise blanche. Elle lui a souri gentiment. "Tu es si beau," avait-elle soufflé.

Il y eut un fracas, le petit frère de Allen avait dû jeter quelque chose contre le mur. Il leur faisait face, la mine renfrognée. "J'y vais pas," avait-il dit sévèrement.

Mère n'avait pas détourné son regard d'Allen. "Très bien. Tout le monde se fiche que tu viennes."

Son frère attrapa une lampe et la jeta au sol. "Je vais tout casser dans cette maison si vous m'obligez à y aller."

Mère lui lança un regard agacé. "Comme je t'ai dit, tout le monde s'en fiche."

Allen se racla la gorge mais ne dit rien. Les crises comme celle-ci étaient courantes. Son petit frère avait été diagnostiqué comme ayant des "troubles du comportement." Pour Allen, ça voulait juste dire qu'il était faible et stupide. Il réclamait tout le temps de l'attention, plus spécialement de la part de Mère. Mais Mère n'avait jamais aimé son deuxième fils. Il était trop compliqué et bruyant. Elle n'avait jamais eu besoin de l'aimer, puisqu'elle avait Allen.

Son jeune frère respirait bruyamment. Il inclina la tête. "Pourquoi tu ne m'aimes pas, Maman ?"

Mère se contracta. "Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça. Tu dois m'appeler Olga."

"Mais Allen t'appelle Maman !"

"Il m'appelle Mère. Et c'est comme ça que je veux qu'il m'appelle. Toi, tu dois m'appeler Olga." Elle secoua la tête. "Tu n'es pas Allen."

Le plus jeune fils fit un pas en avant. "Tu me le rappelles tout le temps."

Mère et Allen étaient toujours proches, regardant de haut le garçon pathétique. Il avait seize ans maintenant. C'était presque un adulte. Il aurait dû savoir comment se comporter, et pourtant il agissait toujours comme un enfant. Allen fit un son avec sa langue, montrant sa désaprobation.

"La ferme," commença a crier son jeune frère. "La ferme ! La ferme ! La ferme !" Il attrapa l'objet le plus proche de lui, qui était la casquette de cérémonie de Allen. Il la jeta avec force.

Il y eut un moment de silence avant que Mère ne se mette à hurler. Allen réalisa que le coin pointu de son chapeau s'était logé en plein dans l'oeil de Mère. Allen ne savait pas quoi faire. Mère tomba au sol et arracha le chapeau de son oeil. Son globe occulaire vint avec, toujours rattaché à son crâne par un fin fil rouge. Elle hurlait. Allen n'aimait pas le bruit, mais il s'agenouilla près d'elle.

Son petit frère se mit à rire. "La prunelle des yeux de Maman," le provoqua t'il. Il chercha dans la poche de son jean's et en sortit un couteau suisse. Allen le regarda. "Non," avait-il imploré.

Mais son frère était déjà sur sa mère, la poignardant encore et encore avec la petite lame. C'était comme s'il avait fini par craquer. Elle essaya de le repousser mais elle perdait trop de sang. Allen réussit finalement à pousser son frère, serrant Mère contre lui.

"Qu'est-ce que tu as fait ?" dit-il. Il essaya de crier mais sa voix ne voulait pas sortir.

Puis son père apparut dans l'encadrement de la porte. Allen Allship II regarda la scène sans rien dire. Il vit ses fils sur le sol et sa femme sombrant dans la douleur. Ses lèvres s'écartèrent en un léger sourire, le premier que ses fils virent de sa part. "Qui a fait ça ?" demanda t'il.

"C'est James," répondit rapidement Allen. "Il faut appeler les secours. Elle est en train de mourir."

James, le plus jeune fils, regarda son père. Il s'attendait à voir de la rage ou de la colère de sa part. Mais tout ce qu'il vit fut quelque chose qu'il recherchait depuis sa plus tendre enfance - de la fierté.

"Je vois que j'ai favorisé le mauvais fils." Il se dirigea vers James et l'aida à se relever. Il était couvert de sang. "Je suis impressionné, Allen."

"C'est moi Allen," dit celui-ci d'un air interrogateur. Il tenait toujours sa mère mourante dans ses bras.

"Non. C'est lui Allen. Depuis le début." Son père essuya un peu de sang sur le visage de James... sur le visage de Allen.

"Alors je suis qui ?" Le fils aîné ne comprenait pas les émotions qui le submergeaient. Tout ce qu'il savait c'était que sa mère était morte et qu'il tenait un cadavre dans ses bras.

"Toi, mon garçon, tu es #995." Son père tapota le dos de Allen. "Nous avons beaucoup de travail devant nous. Mais je sens que tu vas faire honneur à notre nom."
[C1] X ( Piaandy ) ; [C2] X ( - )

Les trois femmes sont étendues sur le tapis décrépit de la chambre. Elles fixent le néant qu’est le plafond lisse et blanc. La pièce est étouffante et sent le désinfectant. Il n’y a aucun son excepté celui du trafic au-dehors.

Theresa aime le silence. Elle en profite rarement lorsque qu’elle élève sa fille.

#1302 ne remarque pas le silence. Elle ne ressent que la piqure de souffrance que lui apporte chaque inspiration. L’un de ses poumons ayant été perdu lors de l’une de ses nombreuses interventions.

Brittney comble le silence avec un flot de pensée incessante. Elle se remémore son enfance. Elle se souvient de son ballon rose qu’elle avait eu pour ses six ans. Le ballon s’était libéré de son poignet et avait flottait jusqu’au sommet du salon. Il y a vécu presque une année avait de tomber, vaincu. Elle se souvient de l’enveloppe du ballon flottant tristement au-dessus du sol. Elle se souvint de ses pleures quand il avait finalement heurté le plancher.

Theresa n’aime pas les deux autres femmes. Elles rendent sa vie plus difficile. Elle préfèrerait se concentrer sur le diner plutôt que de leur constante distraction.

#1302 n’aime et ne déteste rien. Elle n’est plus apte à ressentir quoi que ce soit désormais. Bien qu’elle ait conservé la plupart de ses capacités cérébrales, elle est incapable de se forger une opinion.
Brittney aime les deux autres femmes. Elle n’a jamais vraiment eut d’amies fille dans son existence. Elle à grandit si seul au fil des ans. Elle est à peine autorisée à sortir. Elle à dû développé une relation avec elle-même pour pouvoir y faire face. Elle se parle tout le temps – dans sa tête bien sur. Elle parle des garçons avec qui elle est sortit à l’école. Elle se souvient de comment ils lui arracher ses vêtements et ne s’excusaient pas s’ils étaient trop violent au lit. Ils étaient mignons parfois avec elle, parce qu’elle était tellement jolie. Jolie Brittney reine du bal. Jusqu’à Greg.
Toutes les femmes frissonnèrent.
Tout est de la faute de Greg. Il est le seul a blâmer pour tout les mauvaises choses qui sont arrivées. Même #1302, qui parle uniquement lorsqu’on lui ordonne, sait à quel point Greg est horrible.
Greg avait les cheveux tellement doux. C’est ce qui l’avait attiré en premier chez lui. Ses cheveux blond cendré, délicatement lâché derrière sa nuque. Elle cherchait toujours à les toucher, mais il n’aimait pas ça. Donc elle restait éveillée la nuit en le regardant dormir, suivant ses cheveux montés et descendre à mesure de son souffle. Elle l’aimait tellement.
Theresa s’assied. Les autres font de même. Theresa ne veut pas ressasser le passé. Elle à des choses à faire. Elle à des taches à accomplir avant que sa fille revienne. Theresa aime penser au futur. Elle imagine avoir plus d’enfants et avoir plus de libertés. Quelle hâte d’avoir plus d’ami comme toutes les autres femmes.
Mais Brittney revient toujours. Elle pense à la manière dont la moisissure à grandit sur le réfrigérateur de l’appartement que Greg lui a acheté. Ca a commencé par une petite tache verte sur une surface jusque là immaculée. Ensuite, ça s’est répandu. Ca rampait le long des tiroirs et changer la couleur de ce qui se trouvait à l’intérieur des bocaux. Ca sentait si fort qu’elle ne revint plus dans la cuisine. Elle comptait entièrement sur les livraisons de Greg pour sa nourriture.
Greg aimait lui donner à manger. En faite, c’est la seule chose qu’ils faisaient ensemble. Il lui à expliqué que cela la rendait plus belle. Plus elle mangeait, plus elle serait belle. Elle est rapidement passée de 58kg à 136kg. Elle débordait de tous ses vêtements, alors elle se contentait de s’assoir complètement nu dans son appartement. Elle n’avait rien à faire à part regarder la télévision et attendre que Greg revienne. Et chaque jour, elle s’élargissait de plus en plus.
#1302 ne semblait pas avoir beaucoup de souvenir. Elle a été crée il y a dix-huit ans. Elle se souvient de beaucoup de lumière et de la souffrance. Elle se souvient avoir regardé sa peau être pelé. Elle se souvient de la sensation de graisse sur son ventre, retiré et posé sur un plateau. Elle se souvient de la perceuse faisant de minuscules trous dans son squelette. Mais ces souvenirs paraissaient si lointains. Comme s’ils étaient arrivés à quelqu’un d’autre.
Theresa en a terminer avec ça. Elle se relève. Les autres femmes font de même.
Brittney se souvient du temps où elle était tout bonnement incapable de se tenir debout. C’était quelque part autour de 180kg. Le poids de son corps faisait vibre ses os. Ca faisait si mal de bouger. Greg, bien sur, aimait cette chaire abondante. Il s’en délecté. Il lui faisait l’amour comme s’il pensait que la sexe la garderai énorme. Il lui rendait visite chaque jour. Il la couvrait de compliment et de fritures. Brittney adorait cette attention.
Theresa aurait giflé Brittney si elle avait pu. Elle ferait des tas de choses violentes. Elle fantasmer sur le meurtre quasiment tout les jours. Ca allait de cracher son mini van dans un supermarché bondé à trancher la gorge de sa fille. Elle n’a jamais agit sous l’effet de ses pulsions. Elle était vraiment douée pour se contrôler.
#1302 est encore meilleur à ça. Elle peut se tenir dans un coin pendant plusieurs jours si on le lui ordonne. Elle peut supporter d’indescriptible douleur sans émettre le moindre bruit.
Brittney n’a aucun contrôle. Quand son corps devint trop gros pour son lit Queen-size, Greg la trainait sur le sol. Il disait que ça donnait un meilleur angle à la caméra de toute manière. Il l’a filmé tout les jours pour des sites pour adultes. Il la surnommé « Peggy la cochonne ». Elle avait des fans à travers le monde. Brittney faisait tout ce qu’il lui disait. Elle utilisait tous les objets qu’il lui donnait et coucher avec tout les étrangers que Greg invitait dans son appartement. Elle lui obéissait complètement.
Jusqu’au jour où il lui à ramener un vrai cochon et lui à ordonner d’avoir une relation sexuelle avec.
Theresa aimerait frapper ses poings contre son visage encore et encore. Elle veut sentir l’empreinte de sa bague de fiançailles sur son crane.
#1302 lui rappel en silence ce que son mari lui fera si elle se blesse.
Theresa se calme.
Brittney tend la main et sent les cheveux blond tombait délicatement le long de sa propre nuque, comme le faisait les cheveux de Greg. Elle sent les point de sutures cachaient derrière ses oreilles. #1302 reconnait la souffrance provenant du mouvement de ses doigts. Theresa souhaite être seule.
Brittney souhaiterait avoir tué Greg le jour où elle l’a rencontré. Avant l’incident du cochon. Avant qu’il ne se fâche et menace de la vendre. Avant même qu’elle ne sache qu’au vingt-et-unième siècle, une femme ne pouvait être vendue aux enchères par un homme.
Brittney était supposé mourir bien avant l’arrivée de Theresa. #1302 était supposé l’avoir tué. Mais Brittney était remplit de tellement de haine qu’elle refusait d’expulser.
Donc maintenant les trois femmes occupées un corps ayant été plié, brisé, saigné et ressuscité. Elles étaient mince maintenant, même plus que Brittney l’était avant Greg. Leur maquillage était toujours parfait. Elles faisaient ce qu’on leur disait. Même Brittney n’était pas assez stupide pour se rebeller.
Les trois femmes entendent un sifflement provenant du rez-de-chaussée. #1302 marche jusqu’à la porte, ignorant le douleur brulante dû au frottement de ses os. Elle se tient en haut des marches, regardant vers le bas pour voir son mari.
« Est-ce que le docteur à besoin de quelque chose ? » Questionna #1302 d’une petite voix mignonne.
« Alena va rentrer à la maison #1302 » J’ai besoin de Theresa. »
Theresa sourit. « Oui, Allen ? »
Allen la fixe sans émotion. « Ce soir tu prépareras un pain de viande. Tu diras à Alena que tu as passée la journée avec tes amies Tu lui demanderas des nouvelles de l’école. Après le dîner, tu t’allongeras avec moi et nous essayerons à nouveau de concevoir un fils. Je deviens impatient.
« Oui, Allen »
Allen accroche son mentaux tandis que sa femme descend les escaliers. « Je t’ai offert trente avortements, Theresa. Si ton utérus ne fonctionne pas, je serais obligé d’utiliser une autre patiente comme femme. Et tu sais que je ne tolère pas l’échec. »
« Oui, Allen. » Theresa sourit gentiment. #1302 regarde silencieusement par leurs yeux communs. Brittney sens la haine bouillonnait en elle.
Elle essaie de se concentrer sur le ballon dégonflé de son sixième anniversaire, se rapprochant doucement de la mort.
[C1] X ( Ailmee) ; [C2] X ( - )

La famille Allship avait deux règles permanentes qui étaient invariables. Premièrement, personne n'allait rendre visite à Allen à son bureau. Jamais. Alena ne savait même pas à quoi ressemblait le bâtiment. Deuxièmement, Allen et Theresa avaient leur soirée du Mercredi juste pour eux deux. Ils quittaient la maison à dix sept heures et ne rentraient que longtemps après qu'Alena ne fut couchée. Une fois, Alena avait essayé de rester éveillée jusqu'à ce qu'ils rentrent pour savoir d'où ils venaient. Elle avait tenu jusqu'à trois heures du matin et comme leur voiture n'était toujours pas engagée dans l'allée, elle avait succombé au sommeil.

Alena décida d'enfreindre la règle numéro 1.

Sa meilleure amie Kelly était avec elle. Elle avait convaincue Kelly de l'aider à entrer en douce dans le bureau de son père en lui proposant en échange de lui donner n'importe quelle drogue qu'elles trouveraient sur place. Kelly était une gentille fille mais complètement accro aux anti-douleurs. Alena s'en fichait un peu. Elle voulait quelqu'un avec elle pour cette mission bien particulière.

Alena Allship était tout le contraire de son père. Lui était silencieux, sans émotions et austère, alors qu'elle était ouverte et maligne. Elle aimait passer du temps avec ses amis du lycée. Elle fréquentait des garçons depuis le collège et était considérée comme l'une des filles les plus populaires de la ville. Elle brillait par sa beauté et son humour subtile.

Mais son père l'avait toujours intriguée. C'était peut-être la façon qu'il avait de lui refuser tout amour ou encouragements. Ou sa façon de faire semblant d'être un père normal quand il le fallait. Même sa mère, qui était réservée et silencieuse, semblait inconsciente de ses bizarreries. C'est donc sa curiosité qui poussa Alena à entrer par effraction sans son bureau cette nuit-là.

Elle crocheta la serrure facilement avec des épingles à cheveux. Kelly et elle entrèrent, l'endroit était plongé dans le silence. Même dans la pénombre, on remarquait le mobilier sévère et blanc.

"Ton père a l'air d'aimer le blanc," remarqua Kelly.

Alena ne répondit pas. Elle étudia le bureau sombre. Rien d'inhabituel. Juste un bureau ordinaire avec des oeuvres d'art d'un goût particulier.

"Alors, où sont les pillules ?" Kelly commença à arpenter la pièce.

"Je ne sais pas, mais t'en fais pas. Il ne sera pas là de la nuit." Alena avait choisi un Mercredi soir pour commettre son forfait car elle savait qu'il serait sorti.

Les deux filles regardèrent dans toutes les pièces, qui étaient des salles d'examens normales. Pas de médicaments. Elles trouvèrent la salle d'opération, qui contenait quantité d'outils effrayants. Mais rien qui sortait de l'ordinaire. Alena commençait à être déçue que son présentiment se soit avéré faux.

"T'as entendu ça ?" Kelly s'arrêta brusquement. "Est-ce que c'est... des pleurs ?"

Le faible son de quelqu'un qui pleure venait d'en dessous d'elles. On aurait dit une petite fille, mais avec quelque chose de bizarre dans sa voix.

"Rien à foutre, je me tire." Kelly redescendit les manches de sa veste.

"La ferme, allons jeter un oeil." Alena s'agenouilla sous la table d'opération.

Les sons venaient bien de l'étage du dessous. Elle tatôna les carreaux autour d'elle. L'un d'eux avait du jeu. Elle l'enleva et découvrit une poignée. "Alors quoi, on va juste descendre ?" Kelly était hésitante. Mais l'addiction était un instrument puissant. Alena tira sur la poignée et une petite trappe s'ouvrit en dessous d'elles. Elle pouvaient distinguer de longs escaliers humides qui descendaient dans la pénombre.

Alena commença à descendre. Kelly resta en retrait une seconde. Alena jeta un oeil par dessus son épaule. "Allez viens. Je parie qu'il garde les trucs intéressants en bas." Elle se retourna et reprit sa descente. Elle savait que Kelly la suivrait.

Les escaliers semblaient descendre à l'infini. Heureusement, les pleurs s'étaient arrêtés. Mais il y avait encore des bruits bizarres. L'escalier était logé dans un étrange mur en terre. Ca semblait complètement déplacé si on prenait en compte l'austérité et la blancheur du bureau juste au dessus. Alena, bien qu'inquiète, se risqua à continuer tant bien que mal. Kelly, elle, trainait un peu.

Elle descendirent les escaliers en silence.

Finalement, elles arrivèrent à une grande porte métallique. Les filles se regardèrent mutuellement.

"T'es sûre que c'est là qu'il garde les médicaments," demanda Kelly. "C'est forcément là." Alena posa fermement les mains sur la poignée de la porte et la tourna.

La pièce qui était derrière était bien mieux éclairée. En fait, ce n'était pas vraiment une pièce. C'était plus un couloir. Il s'étendait devant elles et semblait ne jamais se terminer. Sur le mur de droite il y avait toute une variété d'étagères et de boîtes à outils. Sur le mur de gauche, une longue rangée de portes, toutes en métal. Les portes avaient de petites lucarnes avec des barreaux. Toutes les portes étaient fermées. Les filles s'avancèrent dans le couloir, se serrant l'une contre l'autre.

Alena avait du mal à déglutir. "Cherche les pilules dans ces armoires. Moi je vais regarder dans les pièces." Kelly se dirigea vers les étagères, avide de trouver quelque chose. Alena s'avança vers la rangée de portes.

Elle pouvait entendre des bruits qui venaient de l'intérieur des pièces. On aurait dit des animaux. Peut-être que des rats avaient réussi à y entrer. Et la puanteur était accablante. Ca sentait la pisse et plein d'autres trucs dégoûtants.

Elle s'approcha de la première porte et tenta de l'ouvrir. Elle était vérrouillée. Un bruissement vint de l'intérieur. Alena frissonna. Elle passa à la deuxième porte qui était aussi verrouillée. Mais cette fois elle essaya de regarder ce qu'il y avait dans la pièce par la lucarne. Il faisait trop sombre pour bien voir, mais on aurait dit qu'il y avait un lit et un tas de chiffons dessus. Ce qui était étrange, c'était que le tas de tissus bougeait, comme s'il respirait.

"Putain !" cria Kelly. La lourde porte métallique qui menait aux escaliers s'était fermée d'un coup. Kelly courut jusqu'à la porte. "Ca s'ouvre pas ! C'est vérrouillé putain !"

Alena se précipita vers elle. "Quel genre de porte se vérrouille de l'intérieur ?"

"La porte du labo d'un savant fou, voilà quelle porte !" Kelly frappa la porte avec ses deux mains, ce qui fit un horrible bruit.

C'est à ce moment-là qu'elles entendirent à nouveau les pleurs. Elles se figèrent toutes les deux. Ca venait de la troisième porte du couloir. La voix se lamentait. On aurait dit une enfant mais... bizarre. Comme si elle avait froid. Elle reniflait et sanglotait. Kelly regarda Alena, pas sûre de ce qu'elles devaient faire.

Alena prit une grande inspiration et s'avança lentement vers la porte. Elle était toujours la plus courageuse du groupe. Ca devait venir de son éducation. Tous ses amis trouvaient étrange qu'elle soit si indépendante. Elle était la seule d'entre eux qui appelait ses parents par leur prénom.

Mais Alena ne se sentait pas courageuse dans l'immédiat. Elle avançait petit à petit vers la troisième porte, consciente de chaque son qu'elle produisait. Juste quand elle allait regarder derrière les barreaux de la lucarne, un visage apparut soudainement. Alena hurla. Ce visage était terrifiant. C'était une femme d'âge moyen mais toute sa peau avait été tirée. Une perruque blonde bouclée avait été grossièrement agraffée à son crâne. Du sang séché peignait sa peau.

"A l'aide !" cria t'elle à Alena. "Faites-moi sortir d'ici ! J'ai de l'argent, je peux vous payer !" La voix de petite fille venait d'elle. Avec un sursaut de bravoure, Alena se hissa sur la pointe des pieds pour mieux la voir. La femme était complètement nue. Elle n'avait pas de poitrine. Son corps était complètement imberbe. Les os de ses hanches étaient concaves, comme si quelqu'un avait creusé son bassin. Elle tremblait et sa petite voix grinçante la rendait encore plus terrifiante.

Kelly se tenait derrière Alena. "Putain, c'est quoi ça ?!"

Alena se retourna vivement. "Je... J'en sais rien..."

"Faut qu'on dégage d'ici et vite !" Kelly courut vers la grande porte métallique et la frappa avec ses poings. "Au secours !" cria t'elle.

Alena se tenait juste là, debout, à regarder la scène, complètement incapable de bouger.

C'est à ce moment-là qu'Alena remarqua que la première porte, qui était vérrouillée, s'ouvrait lentement. Elle essaya de dire quelque chose mais sa voix resta coicnée dans sa gorge. Kelly était dos à Alena et à la rangée de porte. Quelque chose sortait par la première porte. C'était un homme. Ou du moins, Alena pensait que c'était un homme. Ca avait la forme globale d'un homme, mais terriblement déformé. Sa tête penchait sur son cou. Il boitait doucement sur ce qu'il restait de ses pieds. Et il brandissait un crochet là où devait se trouver sa main. Alena ouvrait les yeux de plus en plus grands, incapable de bouger. La chose s'approchait de Kelly. Elle continuait de tambouriner contre la porte, inconsciente de ce qu'il se passait. Il leva son crochet.

"#995, recule."

Kelly se retourna, vit l'homme et s'éffondra sous le coup de la peur. Elle commença à se pisser dessus, là, sur le sol. Mais Alena n'y faisait pas attention, elle s'était tournée vers la voix.

Il était là, son père. Il était un peu plus loin dans le couloir, se tenant près d'une porte ouverte. Il portait une tenue de chirurgien couverte de sang. Son visage n'affichait aucune émotion.

"C'est quoi votre putain de problème," lui hurla Kelly. "Putain de taré !"

Allen ne la regarda même pas. "Alena, tu dois être un peu trop jeune pour comprendre. Mais c'est ce que font les Allship. Nous sommes des pionniers. Nous faisons des miracles." Il regarda à l'intérieur de la pièce près de laquelle il se tenait. "Viens, sors #1302."

Le corps frissonnant d'Alena commença a trembler encore plus lorsque celle-ci vit sa mère sortir de la pièce. Elle souriait comme si elle était au carnaval. Il y avait du sang dans ses cheveux. Allen la fit pivoter de façon à faire face à sa fille. "Quand j'ai trouvé ta mère elle faisait quasiment 200kg. Elle n'avait aucune ambition, aucun intérêt. Mais je l'ai transformée. Je lui ai donné un but - donner naissance à la prochaine génération." Allen tenta de sourire. "J'ai espéré un fils, mais c'est toi qui devras prendre le relais et continuer mon travail." Alena n'avait pas les mots. Kelly n'arrêtait pas de parler. "Vous êtes cinglé ! Laissez-nous partir !"

Allen jeta un coup d'oeil rapide à Kelly, comme si ce n'était qu'un moustique. Il regarda à nouveau sa fille. "Tu viens d'une longue lignée. Tu es destinée à faire de grandes choses."

Allen commença à s'avancer vers les filles, ouvrant toutes les portes sur son passage. "Viens, regarde ce que j'ai accompli. Regarde mon travail. Ce sera bientôt le tiens. Ce sont les 1%." Il était fier. Alena n'avait jamais vu son père comme ça.

Il se tenait près d'Alena maintenant, lui tendant la main. "Je voulais attendre ton dix huitième anniversaire. Mais tout comme mon propre père, je vais devoir changer mes plans. C'est lui qui m'a amené mon premier, tu sais." Il désigna l'homme déformé, qui se tenait maintenant derrière lui. "#995 n'était qu'un fils à maman quand je l'ai eu. Maintenant il change des vies. Il sert une noble cause. Il-"

Sa voix s'arrêta dans un gargouillement. Une longue ligne de sang sortit de sa bouche. Il tomba en avant, révélant un grand scalpel qui lui sortait de la nuque. Alena, stupéfaite, recula.

Quelqu'un avait planté l'instrument dans la gorge du bon docteur.
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

"Je m'appelle Amaryllis. J'ai une famille. Je suis une personne. Je m'appelle Amaryllis. J'ai une famille. Je suis une personne."

Mar ne passait jamais une heure sans se répéter son mantra. Elle était jetée n'importe comment sur son lit de camp en metal, les membres écartés comme des tiges de maïs. Chaque parcelle de son corps lui faisait mal. Mais elle n'oubliait jamais son mantra.

"Je m'appelle Amaryllis..."

L'ennui était une torture en soi. Mar était étendue de force pendant des heures, voire des jours dans la même position. Elle n'avait personne à qui parler. La seule personne qu'elle ait vue en dehors du docteur était #995. Dans sa tête elle l'avait baptisé Otis, du nom de son cheval préféré à la ferme. Comme le cheval, #995 faisait tout ce qu'on lui demandait, mais ça n'avait jamais l'air de lui plaire. Il y avait une étincelle de rébellion derrière ces yeux vitreux. Peut-être qu'il finirait par se révolter et partir en courant d'un moment à l'autre. Mar mourrait d'envie de voir ça.

Même après dix ans, la rigueur de l'ennui mennait une guerre contre les forces fragiles qu'il restaient à Mar. La vérité, c'est que quand elle était avec le docteur, elle avait une mission. Son travail était de se battre. C'était une guerrière, même si elle était complètement paralysée. La haine qui brûlait en elle à l'encontre de ce petit homme pleurnichard la gardait en vie et en colère.

Mais dans le même temps... elle craignait de se perdre. La douleur physique n'était maintenant plus qu'un dérangement minime. Elle pouvait la tolérer. Elle s'était même essayée à marcher sur ses jambes brisées, ou arracher ses points de suture. Elle voulait causer au docteur le plus de frustration possible. Et en plus, ça passait le temps.

"J'ai une famille..."

Cela faisait quatre semaines que le docteur avait rendu visite à Mar pour la dernière fois. Pendant ce temps, elle avait écouté la respiration laborieuse de la loque humaine qui occupait la chambre à côté de la sienne. Elle s'était inventée des histoires bien précises sur qui était cette personne. Peut-être qu'il s'appelait Kévin et qu'il était alpiniste. Ou peut-être qu'il s'appelait Elijah et qu'il venait de demander sa copine en mariage. Tout ce qu'elle pouvait entendre, c'était une respiration difficile, des bruits de douleur et de profonds gémissement d'agonie. Elle se disait aussi que c'était sûrement personne de spécial, comme elle, qui était juste tombé par un horrible hasard entre les mains du docteur tordu.

A ce moment-là, Mar avait ses deux jambes et pouvait se déplacer relativement facilement, malgré ses orteils manquants. Néanmoins elle avait subi de très grosses opérations sur sa poitrine et ses bras. Tout ce qu'il restait de ses bras, c'était un peu de chair au dessus du coude. Le reste avait été dépourvu de peau et de muscle. Il ne restait que les os de ses avant-bras qui pendaient maladroitement. Le docteur avait bien pris son temps pour éplucher sa peau, obligeant Mar à le regarder trancher de petits morceaux de muscles. Il avait poli ses os à la ponceuse, ce qui avait fait vibrer tout son squelette.

Même maintenant elle avait l'impression de toujours sentir le contact du papier de verre sur ses os.

Mar était aussi devenue une sorte d'étrange contenant pour le docteur. Il avait cousu trois foies dans sa cavité thoracique et avait fourré un estomac dans son uterus. Il avait même essayé de coudre un pied à la chair de sa hanche. Le pied avait commencé à pourrir et à dégager une odeur ignoble.

Mar n'avait aucune idée de qui étaient les propriétaires des morceaux de corps qui étaient en elle.

"Je suis une personne..."

Les semaines s'étaient écoulées et Mar avait commencé à se demander si le docteur en avait fini avec elle. Après tout, ça faisait dix ans. Peut-être qu'il s'était lassé. Peut-être qu'il n'avait plus besoin d'elle. Est-ce que ça faisait vraiment dix ans ? Ca faisait peut-être juste quelques jours. Peut-être toute une vie.

Même après tout ce temps elle se raccrochait à l'éventualité d'en sortir, un jour. Mais, allongée sur son lit de camp, à entendre les cris de quelqu'un qu'elle ne connaissait même pas... peut-être qu'elle mourrait dans cette prison, en fait.

"Je m'appelle..."

Elle hésita dans son mantra. Bien sûr qu'elle connaissait son propre nom. C'est celui d'une fleur, non ? Un nom inhabituel mais étrangement joli. Elle commença à paniquer. Il fallait qu'elle se souvienne.

"J'ai une famille ?"

Elle se leva et commença à arpenter la pièce. Elle se rappellait d'un père et d'une mère. Elle se souvenait de frères et soeurs. Mais tous ces souvenirs étaient si lointains. Avait-elle toujours vécu ici ? Peut-être que ces souvenirs n'étaient que des histoires, comme celles qu'elle se racontait à propos de celui qui respirait dans la pièce à côté. Est-ce qu'ils étaient réels ? Est-ce qu'elle était réelle ? Est-ce que c'était elle l'homme dans l'autre chambre ? Est-ce que c'étaient ses propres cris qu'elle entendait ?

"Je suis une... personne ?"

Sans prévenir, la porte s'ouvrit brutalement. Le docteur se tenait dans la faible lumière. Il était si pathétique et pourtant si terrifiant. Elle le regarda, les larmes aux yeux.

"Allez," dit-il stoïquement. Derrière lui, il y avait un brancard, comme toujours. Il regarda son visage et s'arrêta. "Est-ce que... tu pleures ?"

Elle tomba à genoux. Les os de ses bras cliquetèrent comme de la vaisselle. "S'il vous plaît."

Pour la première fois, le docteur se mit à rire. "Est-ce que tu me supplies ?"

La douleur dans son corps n'était rien en comparaison de la peur dans son esprit. "S'il vous plaît, dites-moi mon nom. Je ne me battrais plus. J'arrive juste pas à me rappeler-"

"Tu t'appelles #1101." Il avait l'air menaçant.

"Est-ce que j'avais une famille ? Est-ce que... je suis..." Tout ce qu'elle savait sonnait faux. Elle avait un goût acide dans la bouche.

Le docteur avait l'air mécontent. "Tu étais ma préférée, tu sais. Celle que je ne pouvais pas briser. Mais maintenant tu es juste comme tous les autres."

"Mon vrai nom - juste une fois. Je l'ai oublié. S'il vous plaît." Elle pouvait voir Otis se tenir derrière le brancard. Est-ce qu'il s'appelait comme ça ? Qu'est-ce que c'était, ces numéros ? Est-ce qu'elle se l'imaginait ? Elle s'adressa à lui, "Je sais que je te l'ai dit. S'il te plaît, dis le moi. J'en ai besoin. Je ne me souviens plus."

Le docteur lui donna un coup de pied dans la bouche, sans pitié. Elle tomba sur le côté, en pleine crise de larmes. L'homme avec le crochet ne dit rien. Il détourna le regard.

"#995, viens ici." Le docteur fit signe à l'homme au crochet, qui entra dans la cellule. "Pisse-lui dessus."

Elle ne bougea pas. Elle n'avait personne. Elle n'était personne.

Elle sentit de l'urine couler sur son visage. Le docteur était impassible. "Tu as toujours été #1101. Et c'est tout ce que tu seras jamais."
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Le Dr. Ellis fait doucement taper son pied contre sa chaise. Le mouvement régulier et le son léger réconforte souvent ses patients. Quasiment tout dans la personne du Dr. Ellis est apaisant. Elle a les cheveux chatains coupés courts avec une raie sur le côté. Ses yeux sont fins et arrondis, surplombant un nez discret. En soi, ce n'est qu'une femme asssez ordinaire qui essaie seulement d'aider ses patients. Et si le fait de les aider peut en plus lui apporter un peu de succès, qu'il en soit ainsi.

Son nouveau patient est assis en face d'elle. Ils se sont déjà rencontrés à quelques reprise auparavant, sans succès. Le patient refuse de répondre à son nom et insiste pour être appelé #1477. Le Dr. Ellis ne comprend pas la signification de ces numéros, mis à part qu'ils sont tatoués à l'arrière de sa nuque. Mais aujourd'hui, elle va tenter une nouvelle approche qui, elle le pense, pourrait fonctionner.

"Bonjour," dit-elle chaleureusement.

#1477 regarde devant lui, clignant lentement des yeux. Ses yeux sont d'une jolie teinte de bleu froid. Il ressortent beaucoup sur son teint rougeâtre. Son visage est complètement neutre. On ne distingue presque pas son nez au milieu de ses traits, seulement de fines lèvres pâles. Ses cheveux ont l'air d'une serpillère blonde qui lui couvre les oreilles.

"Vous vous sentez capable de parler aujourd'hui ?" Demande le Dr. Ellis.

#1477 sourit. "Est-ce que le docteur a demandé après moi ?"

Son sourire n'est pas normal. Il donne l'impression qu'il essaie que sa bouche soit plus large que son visage. Le Dr. Ellis résiste à l'envie de se contracter.

"C'est moi votre docteur, vous vous rappelez ? Je suis le Dr. Ellis." Elle s'appuie sur le dossier de sa chaise, essayant de garder un langage corporel avenant.

#1477 continue de sourire. "Vous n'êtes pas mon docteur. Le docteur est un homme bon. Le bon docteur."

"Vous pouvez m'en dire plus à son sujet ?"

"Il m'a sauvé. Il m'a ramené. Il fait des miracles."

Le Dr. Ellis prend quelques notes sur son petit carnet. Le bon docteur. Son carnet est déjà rempli de mots de ses précédentes séances avec lui. "Et qu'en est-il d'avant votre rencontre ?"

#1477 se raidit un peu, bien que ce soit difficile pour lui de vraiment bouger dans sa camisole. Il a envie de répondre à la question, mais ses pensées son mélangées. Elles viennent comme des images déconnectées les unes des autres et qui prennent le pas sur sa conscience. Il est d'abord submergé par elles, puis se souvient de la voix rassurante du docteur.

"#1477, je suis fièr de vos progrès. Nous avons accompli tellement en si peu de temps. Vous êtes un vrai prodige."

Alongé sur cette table d'opération, enfin capable de voir sa propre transformation, #1477 pouvait vraiment comprendre sa valeur. Ses nouveaux yeux étaient encore mieux que les anciens. En fait, son corps entier avait été amélioré. Avant il était faible et frêle, maintenant il était fort. Son torse était large et ses bras épais. Il pouvait marcher et parler avec autorité. Il ne se rappelait pas avoir été aussi parfait que ça auparavant.

Le Dr. Ellis sait que #1477 pense à beaucoup de choses, et elle aimerait pouvoir savoir ce qu'il se passe dans sa tête. Elle dit à voix basse, "Pouvez-vous-"

"Pourquoi suis-je attaché ?" #1477 penche la tête sur le côté et regarde le Dr. Ellis.

"Pour votre sécurité." Le Dr. Ellis écrit dans son carnet, le patient semble enfin conscient de ce qui l'entoure.

"Y a t'il quelque chose de dangereux ici ?" #1477 regarde autour de lui, mais ne voit qu'une pièce capitonée. "Est-ce vous ? Êtes-vous dangereuse ?" Il a de violentes images en tête, de doigts qui fouillent l'intérieur de ses globes oculaires.

Le Dr. Ellis se penche en avant. "Je ne suis pas dangereuse, et vous ?"

#1477 y réfléchit. Il a de la violence dans la tête. Il voit du sang et entend des cris. Il n'est pas sûr que l'un ou l'autre vienne de lui. Il se tortille dans sa camisole. Quelque chose dans le fait d'être entravé le met en colère.

"S'il vous plaît demandez au bon docteur si je peux être libéré." #1477 parle calmement.

Le Dr. Ellis s'impatiente. "Vous vous souvenez de ce qu'il s'est passé l'été dernier ?" Elle sait qu'il est trop tôt pour évoquer ses crimes, mais ça va sans aucun doute déclencher quelque chose.

#1477 ferme ses yeux. Il voit des cheveux longs et de la peau. A t'il blessé quelqu'un ? Le bon docteur ne l'aurait certainement pas laissé blesser quiconque, ni lui-même, ni quelqu'un d'autre.

La respiration du Dr. Ellis devient plus bruyante. "Barry, vous souvenez-vous des enfants ?"

"Ce n'est pas mon nom." #1477 commence à s'agiter.

"Très bien, #1477 alors. Vous souvenez-vous des petites filles ?" Le Dr. Ellis sait qu'elle prend un gros risque, mais elle veut vraiment voir le résultat.

"Filles ?"

"Oui, trois. Aucune n'avait plus de dix ans. Vous vous souvenez de ce que vous leur avez fait ?"

#1477 peut voir une aire de jeu sombre. Il peut entendre des rires. Des rires d'enfants. Ce bruit lui donne la chair de poule. Il se souvient du docteur lui disant que sa rage est justifiée. Que parfois la mort est une issue qu'on ne peut éviter. Il se rappelle des ongles vernis.

"Le bon docteur m'a dit-"

"Il n'y a pas de docteur, Barry. C'est un homme que vous avez inventé pour justifier vos actes. Vous avez rendues aveugles ces trois petites filles. Vous leur avez arraché les yeux de vos propres mains. Vous ne vous souvenez pas ?" Le Dr. Ellis bavait presque.

#1477 se remet à sourire. "Il m'a prévenu que personne ne croirait qu'il est réel. C'est pour ça qu'il m'a fait sortir au grand jour. Il voulait que tout le monde puisse voir son miracle." Il regarde de Dr. Ellis dans les yeux. "Je suis un miracle. Je suis la perfection."

"Je sais que quelque chose vous est arrivé, Barry. Vous êtiez quelqu'un de bien. Vous pouvez me dire ce qui est arrivé à votre femme ?"
Le Dr. Ellis hallète presque maintenant. Si elle pouvait coincer Barry Shore, le célèbre tueur, le pousser à avouer plus de meurtres, elle aurait une promotion. Elle pourrait enfin atteindre le succès auquel elle avait toujours aspiré.

#1477 ne se souvient pas avoir eu une femme. Il se souvient d'une enfant avec des couettes. Il se souvient être sanglé. Il regarde le Dr. Ellis, les yeux grands ouverts. "C'est une jolie teinte de rose."

"Pardon ?" Le Dr. Ellis peut sentir l'air changer dans la pièce. Elle l'a peut-être poussé trop loin.

"Vos ongles. Ils ont du vernis rose."

Le Dr. Ellis avait oublié le vernis à ongles que lui avait mis sa fille ce matin. C'était appliqué un peu n'importe comment sur ses doigts. "Oh."

#1477 sourit à nouveau de son sourire inégal. "Je rend le bon docteur fier de moi."

"Barry, je-"

Avant qu'elle puisse finir, #1477 bondit de sa chaise et tombe sur le Dr. Ellis, qui laisse échapper un cri. Les agents de sécurité ouvrent vite la porte et trouvent #1477 surplombant le Dr. Ellis. Un des gardes essaie de le tirer en arrière mais le laisse presque tomber, sous le choc.

Sa bouche est couverte de sang. Il sourit et recrache l'oeil droit du Dr. Ellis. Elle est au sol, hurlant, du sang s'écoulant de son orbite.

"Rebecca. Rebecca ! Je suis libre et pas toi !" Il glousse. "Merci docteur. Docteur. Bon docteur."

Il reçoit instantanément une piqûre de sédatif, et tombe mollement. Le Dr. Ellis est sortie de la pièce par du personnel hospitalier. L'asile et en alerte rouge. Une des infirmières ramasse le carnet du Dr. Ellis. Sur la première page, qui est couverte de sang, est inscrite une question : Finira t'il par se souvenir ?
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Piotr ne quittait pas son oncle des yeux. Otto. Otto était enchainés les mains jointe derrière la tête, un large verrou pendant à sa nuque. Ses yeux étaient légèrement gonfles et de la bave s’était accumulé au coin de sa bouche. Il transpirait abondamment, créant de dégoutantes auréoles jaune sur son t-shirt blanc.
La femme d’Otto, Merle, était assise face à lui dans la salle à manger. Ses mains été clouées à la table avec de long clous de cercueil. Du sang avait volé et séché au sol. Elle était trop fatiguée pour être effrayer, mais sa mâchoire trembler comme une cabine téléphérique.
Piotr était assis en bout de table. Il avait revêtu le plus beau costume de son oncle. Il ramassa ses dents tout en le fixant.
Otto cligna des yeux pour en essuyer les larmes « S’il te plait, Piotr… »
« Ne prononce pas mon nom ». Les yeux de Piotr se plissèrent. Il parlait un Polonais épais. Cette année en Amérique ne lui avait rien appris de la langue anglaise. Il avait essayé d’apprendre, mais aucun des autres juifs ne l’avaient aidé. Dieu le savait. Otto ne voulait pas aider Piotr. La meilleure chose qu’il ai faite fut de lui offrir un sol où dormir et des restes à manger.
« Qu’est ce qu’il à dit ? » Siffla Merle en anglais à son mari. C’était une américaine qui s’était dépravé en couchant avec un étranger. Sa famille l’avait renié lorsqu’elle était tombée enceinte. Mais Otto n’était pas si mauvais. Bien sur, il était laid. Il sentait l’oignon et son anglais était déformé par un fort accent. Mais il posséder une laverie et pouvait payer son loyer. Merle aurait pu tomber sur pire.
Piotr tourna lentement son regard sur la femme. « Otto, dis à ta truie de femme de la fermer ou je vais en finir avec elle. »
Otto grimaça et répéta le message à sa femme, elle retint sa respiration et ne dit plus mot.
L’appartement empesté la merde et le sang. Piotr avait prit le dessus sur le couple depuis presque un jour maintenant. Quelque chose en lui s’était brisé. Il n’en pouvait plus d’être traité comme un chien galeux. Les autres survivants – ils étaient traités comme des héros. Comme des princes. Pourquoi lui n’avait pas droit au même traitement ?
Piotr gratta les chiffre sur son avant bras. Ca ne le démanger pas réellement – c’était une habitude. Le tatouage avait presque deux ans. Ce nombre mal griffonné avait été crée pour le définir, tout comme pour les autres survivants. Mais il y avait quelque chose de différent à propos de Piotr et tout le monde le savait.
« On à besoin de nourriture » Supplia Otto. « Et le bébé à faim. S’il te plait, j’ai juste besoin- »
« Ferme-la. » Piotr se leva, donnant un coup de pied dans sa chaise. Elle s’écrasa sur le plancher dans un bruit sourd. « Je peux prendre soin de l’enfant. »
Piotr avait soigné plus d’un enfant au camp. Bien sur, les enfants était rarement épargné. Ils étaient généralement tué sur le champ. Il se souvint observer l’arrivée du train, charriant uniquement des bambins comme passagers. Le plus vieux ne devait pas avoir plus de onze and. Ils ont tous été gazé.
Les seuls enfants autorisés dans le camp étaient les plus spéciaux.
Piotr écarta ses cheveux de son visage. L’air maussade au sein de la pièce était oppressant. La vérité était qu’il n’avait jamais à cela. Ce n’était pas quelque chose qu’il avait prévu. Otto s’était moqué de sa peau tanné et l’avait appelé « cabot ». Il lui dit que c’était son frère qui aurait dû survivre. C’est ce qui l’avait finalement brisé. Il avait saisit un couteau de cuisine à proximité et l’avait planté profondément dans le bras d’Otto. Otto hurla, compressant la plaie. Piotr avait ensuite attrapé la planche à découpé en bois et avait frappé Otto à la tête. Otto était tombé comme un arbre dans une forêt.
Merle avait accourut, uniquement pour recevoir un plateau en fonte en plein visage. Piotr pu entendre le son de son nez se brisant avant qu’elle ne bascule à son tour. Les deux corps jonchaient le sol. Piotr ventilait, mais se sentit soulagé.
Il les enchaina tout les deux avant de revenir à la vie. Pour Otto il utilisa une chaine de vélo et un verrou. Il lui cassa aussi les deux jambes avec un rouleau à pâtisserie et le plateau en fer. Pour Merle il cloua ses mains à la table et disloqua ses rotules. Il prit son temps pour effectuer ces actes. C’était la première fois qu’il touchait un autre être humain depuis le camp.
Quand le couple se réveilla ils passèrent un bon moment à hurler de douleur. Piotr passa la première heure avec leur fils, nouveau-né. Le bébé entoura ses mains autour du pouce de Piotr, toujours ensanglantés.
Mais maintenant, Piotr devait prendre quelques décisions.
Otto mordit sa lèvre douloureusement. « Piotr, ce n’est pas toi. C’est à cause du camp. Tu n’es pas comme ça. »
« Tu n’a pas idée de qui je suis. »
Piotr se rappela du jour où lui et son frère arrivèrent au camp. Sa mère, son père et sa sœur cadette étaient également avec eux. Ils avaient été réunis et jeter dans un train. Personne ne voulait leur dire où ils allaient. C’était juste tout un tas de gens, portant tous des étoiles jaunes.
Quand ils arrivèrent au camp les soldats les avaient répartis. Les personnes aptes était envoyé dans une section. Les enfants, les vieux, les handicapés et ceux que les soldats n’aimaient pas furent placer dans une autre section.
Piotr et son frère avaient treize ans. Pas assez vieux pour être envoyé avec les travailleurs. Ils supposaient qu’ils iraient avec leurs parents et leur jeune sœur. Mais un soldat les avait stoppés. Il les regarda de la tête au pied et un sourire s’étendit lentement sur son visage d’allemand.
« Vous êtes jumeaux ? »
Piotr parla quelques mots d’allemand et acquiesça rapidement. Lui et son frère était des jumeaux identiques.
Le soldat envoya les garçons dans une autre section du camp. Leur mère les appelé et pleuré, mais les soldat la repoussèrent. Les garçons regardèrent en arrière et aperçurent leur famille être envoyé en direction des bois. Il les observèrent si longtemps qu’ils entrèrent presque en collision avec un homme en uniforme spécial. Il les regarda tout les deux et rit.
« Ils sont parfait. Je prends ces deux là. »
« Oui, Dr.Mengele. » Le soldat poussa les garçons et ils tombèrent, s’égratignant chacun un genou. Ce fut la plus faible douleur qu’ils ressentirent pour les sept prochains mois.
La manière dont Otto regardait Piotr aurait pu être similaire à celle dont les victimes de Mengele le regardaient. Piotr avait eu ce regard de nombreuse fois. Il se rappelait avoir été soumis à diverse expériences. L’une des pires fut celle de l’eau bouillante versée dans ses canaux auditifs. C’était plus qu’une simple douleur physique – c’était le bruit de l’eau ricochant contre son crane. Ca a duré longtemps après son départ du laboratoire de Mengele.
Mais Piotr l’avait bien supporté en comparaison de son frère. Piotr ne savait pas pourquoi. Qu’est ce qu’il y avait à son propos qui rendait ces tortures moins difficile ? C’était son frère qui en était presque déchiré. Ses yeux avaient été retirés pour expérimentation. Ses reins avaient également été retirés. Tout deux été mesuré et étudié quotidiennement, mais son frère eut bien pire. Il était vidé de son sang chaque jour. Il était faible et à peine capable de se tenir debout. Le frère de Piotr était torturé et la plupart du temps, Megele voulait que Piotr regarde.
La plupart des enfants ayant vu et vécu ces horreurs se souvenait uniquement de la souffrance. La souffrance dans son corps et la douleur de son frère. Mais Piotr avait commençait à remarquer quelque chose.
Le pouvoir.
Mengele était un dieu qui découpait ceux qu’il voulait. Il contrôlait chacun de ses patients. Si Piotr avait refusé de participer à une expérience, Mengele n’aurait eu aucun problème à l’envoyer à la mort.
Piotr ressentait de cette puissance alors qu’il se tenait près du couple dans la salle à manger. Il fit le tour de la table. Otto et Merle commençait à le fixer, impuissant. Il s’éclaircit la gorge. « Tu sais ce que m’a dit Mengele m’a dit la dernière fois que je l’ai vu ? »
Otto commença à trembler. Merle le regarda avec confusion, ne comprenant pas le polonais de Piotr. Otto secoua la tête dans sa direction. Piotr tapa du point contre la table et tout les deux se tournèrent vers lui.
« Il à dit que la perfection était possible. Mais ça demande des hommes dévoués. »
C’était après avoir entendu ça que Piotr regarda son frère mourir sur un lit de métal froid. Le manque de sang et les infections constantes présente dans les couchettes avec eu raison de lui. Il était partie sous les yeux de Piotr. Son frère jumeau. Son seul et dernier ami.
« Quel était le nom de ton frère ? » Questionna Mengele.
« Allen. »
« Allen a donné sa vie pour une noble cause. La recherche de la perfection. Il y a seulement un petit pourcentage de gens qui peuvent se venter d’être mort pour la perfection. » Un petit pourcentage en effet. Mengele fit signe de la main à Piotr et l’emmena au loin.
Mais ces mots… Ils les entendaient hurler sous sa peau. Pendant sept mois il avait fait parti de quelque chose de plus grand que lui. Il avait vu ce que la poursuite de la perfection pouvait faire. Et Alle… Il était le vrai héro. Si Allen était en vie aujourd’hui, les autres juifs auraient voulu lui parler. Ils auraient voulu l’aider à apprendre l’anglais. Parce qu’il était parfait.
Piotr prit une profonde inspiration. Une vague de calme l’envahit. Même le bébé avait cessé de pleurer. Il savait maintenant ce qu’il avait à faire.
Il prit un couteau de cuisine et l’empoigna fermement. Il se tenait derrière Merle, qui lui bredouillait en anglais de ne pas lui faire de mal. Sans hésiter il commença à creuser dans sa nuque. Elle criait mais ne pouvait pas bouger. Il utilisa le couteau pour découper un « 1 » dans son cou. Le peau fut pelée et laissé sanglante, suintante. Tout comme le numéro que Piotr avait reçut, il numérotait ses sujets. Il imagina plusieurs projets, autant que Mengele en avait.
Il se tourna vers Otto. Otto lui hurla « Arrêtes ! Piotr arrêtes ! »
Il laboura la nuque de son oncle avec la même force, taillant un « 2 ». Le couple pleuré de douleur. Le sang coulait le long de leurs épaules, trempant leurs vêtements.
Piotr alla dans une autre pièce et ramena le bébé. Le garçon cligna des yeux et commença à rire. Piotr lui sourit et rit avec lui.
Piotr cessa de l’appeler par son nom de naissance et, à la place, le remplaça par un nouveau – Allen. Il appela son nouveau fils de la même manière. Il dit à ses voisins qu’il s’était échappé d’Auschwitz et qu’il avait finalement trouvé sa voie en Amérique. Il portait des chemises à manches longues pour couvrir son tatouage. Depuis l’étrange disparition de son oncle et de son frère, il avait reprit l’entreprise de laverie. C’était assez lucratif et bientôt, il fut en mesure de quitter le petit appartement du ghetto et de déménager dans un logement convenable. Une avec un sous-sol insonorisé.
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Le docteur était assis sur un tabouret pivotant, la regardant. Il ne savait plus quoi faire d'elle. Elle était devenue comme tous les autres à présent. Juste un être humain brisé, coincé dans un corps. Il devrait pas avoir de problème pour l'opérer. Il avait même songé à simplement la tuer, histoire de libérer une chambre. Mais l'idée lui donnait une drôle de sensation. C'était peut-être un reste d'humanité qui traînait en lui. Non, ce n'était pas possible.

Ses yeux s'ouvrirent lentement, clignants à la vue de la pièce où elle se trouvait. Combien de fois avait-elle été étendue sur cette table, sentant la lame tranchante d'un scalpel ? Elle ne s'en souvenait plus. Sa mémoire était comme une vieille serpillère sale qui trempe dans un seau d'eau marron. La lumière de la lampe au dessus d'elle lui faisait l'effet de millions de petites aiguilles qui se plantaient dans ses yeux. Elle lécha ses lèvres desséchées.

Le docteur releva la tête. "Tu es réveillée," dit-il d'un ton neutre.

"Oui." Elle réalisa doucement qu'elle n'était pas paralysée comme les autres fois. Sa mâchoire était endolorie mais bougeait librement. Qu'était-il arrivé la dernière fois ? Ah oui. Le docteur avait enlevé un peu plus de ses bras. Maintenant l'os était nu jusqu'aux épaules. Il dépassait de ses muscles déchirés.

Le docteur serrait et désserrait les poings. Il se sentait... bizarre. Quelle drôle de sensation. La seule chose qu'il avait l'habitude de ressentir avec ses patients était le pouvoir. Le contrôle. L'excitation. Mais en regardant #1101 il redevenait un adolescent maladroit. Il ne savait pas quoi lui dire, mais il avait le sentiment de devoir lui dire quelque chose.

"Je..." il s'arrêta. Mon Dieu ce qu'il détestait ça. "Je vois que tu guerris bien. L'os est presque complètement blanc maintenant."

Elle regarda ses bras squelettiques. "Oui." Elle le regarda de nouveau, sans expression. "Qu'est-ce que vous allez me faire maintenant ?"

Il s'éclaircit la gorge. "Je ne sais pas." Il se leva et commença à arpenter la pièce. "Je pensais à te tuer."

"Oui." Sa voix était basse. Elle bougea un peu les jambes. "Ce serait bien."

"Je n'aime pas tuer les numéros." Il se tourna et la regarda. "Je ne suis pas un meurtrier. Je suis un médecin."

"Alors ne me tuez pas." Elle remua les orteils. Pour une certaine raison, le fait d'arriver à bouger en sa présence lui faisait du bien.

"Tu me fais penser à elle," dit le docteur depuis l'autre bout de la pièce. "Tu avais la même morphologie, avant qu'on commence à travailler ensemble. Les mêmes cheveux. Tu avais même un peu la même odeur qu'elle."

"Qui ?" Elle réalisa que c'était la première fois qu'ils avaient une conversation. Ca n'avait toujours été que dans un sens. Elle avait d'étranges visions de lui qui l'opérait, de elle qui lui hurlait dessus, de se débattre comme une folle. Mais elle ne se rappelait pas pourquoi.

Le docteur serra ses poings ensemble. "Mère."

Juste au moment où la dernière syllabe sortait de sa bouche, #995 entra dans la pièce. Il transportait une femme sur ses épaules. Son crochet était planté dans sa hanche et des gouttes de sang tombaient sur le sol. Le docteur ne les regarda même pas entrer. #995 grogna.

Le docteur était crispé. "Mets-la à côté de #1101."

#995 boita jusqu'à la table et posa la femme presque delicatement sur le sol. Celle-ci était nue, avec de grosses entailles dans la peau. #995 avait dû lui planter plusieurs fois son crochet sans faire exprès. Il la coucha sur le côté droit, de façon à tourner son ventre et ses seins vers elle.

#995 se releva petit à petit. Il regarda #1101 dans les yeux pendant une seconde entière. Elle vit de la tristesse en lui. Elle essaya de le regarder gentiment. Elle n'arrivait pas trop à se rappeler, mais elle savait qu'il y avait du bon en lui.

"Sors," dit sévèrement le docteur. #995 se dépêcha autant qu'il le pouvait sur ses membres mutilés. Il ferma la porte de la salle d'opération avec un lourd claquement.

Le docteur se frotta les tempes. "Je pensais utiliser ta peau pour #1459. Elle est d'une teinte de marron dégoûtante, non ?"

#1101 étudia la femme qui était au sol. Elle était peut-être orientale, ou latine. Elle était complètement évanouie et de la bave se répendait sur le sol, près de sa bouche. Elle était en fait très belle, contrairement aux dires du docteur.

Le docteur s'adossa au mur. "Je ne sais pas pourquoi je te parle comme ça. Ce n'est pas du tout professionnel. Tu dois avoir une bien pauvre opinion de moi."

#1101 ne pouvait pas quitter du regard la femme sur le sol. Elle était captivée. Elle suivait le mouvement de sa poitrine lorsqu'elle respirait. Elle pencha un peu la tête sur le côté.

Le docteur pris une grande inspiration, agacé. "#1101, pourquoi tu ne me réponds pas ?"

#1101 était subjuguée par la vue des plaies ouvertes sur le corps de la femme. Elle suivit chaque ligne une par une. Elle étudia les coupures qui suintaient et ruisselaient.

La colère du docteur grandit. "Regarde moi, #1101 !"

#1101 l'ignora et garda les yeux fixés sur la femme qui était par terre. Celle-ci grogna un peu dans son sommeil. Elle frotta son ventre, y laissant une trace de main sanglante.

Le docteur se précipita vers #1101 et attrapa son visage des deux mains, avec colère. "Tu vas me répondre, #1101 !"

#1101 n'hésita pas. Elle bougea son visage rapidement et planta ses dents dans la main du docteur. Elle mordit très fort. Il cria et tira sa main d'un coup sec. Elle l'avait mordu tellement fort d'un morceau de chair resta dans sa bouche. Il serra sa main contre lui et la regarda. Elle recracha le morceau de peau et se mit à rire, du sang coulant de ses lèvres.

"Je ne suis PAS #1101. Je m'appelle Mar. Et je ne vous répondrais jamais."

Le docteur attrapa un scalpel et se dirigea vers elle. Elle lui flanqua un coup de pied dans l'estomac, le repoussant. Mar savait qu'elle ne serait pas capable de s'échapper. Elle était trop faible et il avait tous ces copains un peu partout dans le cabinet. Mais avec sa colère toute neuve, elle lui hurla, "Vous n'êtes rien ! Vous n'êtes pas un homme ! Vous êtes un gamin qui se pisse encore dessus ! Je parie que votre mère vous a jamais aimé !"

Le docteur attrapa une seringue près de lui, remplie de paralytique. Il arriva à la lui planter dans le cou. Elle continua à l'insulter jusqu'à ce que le produit fasse effet. Il respirait fort et fit tomber la seringue. Qu'importait ce qui lui avait pris d'un coup, il avait réussi à la maîtriser. Il allait lui coudre la bouche pour qu'elle ne puisse plus lui cracher tous ces mots. Il lui enlèverait les jambes pour qu'elle ne puisse plus lui donner de coups de pieds. Il prendrait son temps pour la torturer, le plus lentement possible, pour qu'elle ne soit à nouveau plus rien.

Dans sa rage, il ne remarqua jamais le motif que #995 avait "accidentellement" gravé dans la femme endormie à ses pieds. Avec de longues et épaisses coupures, il avait épellé M-A-R.
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Olga rêve de l'Allemagne. Elle porte une simple chemise de nuit et ses cheveux sont coiffés en tresses. Le soleil apparaît furtivement derrière les rideaux de sa mère. Du pain frais et du fromage l'attendent sur la table de la salle à manger de son enfance. Son père écoute la radio. Il ouvre la bouche et elle se déboîte, sa mâchoire tombant sur son torse. Un serpent noir sort de sa gorge et sourit à Olga. Il dit, "Fais-le pour nous."

Elle se réveille, trempée de sueur. Ca a traversé ses vêtements. Non, ce n'est pas de la sueur. Elle se souvient lentement de la douleur puis d'avoir sombré dans les ténèbres. Elle se rappelle le plus jeune, ce chien, la poignardant encore et encore.

Son coeur accélère. Qu'en est-il d'Ally ? Si ce salaud a bléssé son précieux Allen elle...

Son esprit est lourd. La pièce est sombre. Peut-être qu'elle est morte et que c'est l'Enfer. Mais la pénombre calme est tellement plus agréable en comparaison de la vie avec ce con de Polonais et son fils ingrat. Peut-être que c'était avant qu'elle était en Enfer. Cette pièce noire est plus salvatrice que tout ce qu'elle a vécu jusqu'à présent.

Olga ne bouge pas. La douleur commence à revenir. Ca commence dans sa tempe et ça se répand comme des fils barbelés vers le reste de son corps. C'est une douleur physique. Elle l'a ressentie entre les mains de son mari à de nombreuses reprises. Et avant qu'elle ne vienne de ses poings, elle l'avait ressentie de la part de son propre père. Son abruti de père qui écoutait la radio toute la journée et qui les tabassait elle et sa mère le soir venu. Le même homme qui l'avait vendue à un Americain pour pouvoir se payer à boire.

Mais la douleur de se faire faire frapper n'est pas comparable à celle d'être expédiée loin de chez soi. De regarder sa mère se cacher derrière ses rideaux, sachant que si elle versait une larme elle le regretterait. De laisser un fils de pute de Polonais la toucher à des endroits intimes sous peine qu'il la tue. Cette douleur - c'était insupportable.

Et pourtant, la voilà allongée, se laissant réconforter par une pièce sombre dans sa vie habituellement horrible. Mais non, tout n'était pas horrible dans sa vie. Elle avait son petit Ally. Elle aurait aimé pouvoir lui donner son nom à elle, et pas celui de son sac à merde de père. Mais ce n'était pas grave. Au moins elle avait quelqu'un de bien dans sa vie. Elle voyait un peu sa propre mère dans ses yeux. Il avait eu tant de problèmes, ce garçon. Mais Olga savait qu'il deviendrait un homme bon. Un homme fort. Un homme qui ne lèverait jamais la main sur une femme.

Olga ne réalise pas que ses yeux sont encore fermés jusqu'à ce que quelqu'un n'allume la lumière. La douce lueur n'agresse pas ses yeux. Elle les ouvre tout doucement et permet à la lumière de l'atteindre. Peut-être qu'elle avait eu raison en pensant qu'elle était morte. Peut-être qu'elle est au Paradis.

Au début, elle ne reconnaît pas ce qui l'entoure. La pièce est couverte de bâches bleues. Ca ne ressemble presque pas à une pièce. Mais il y a une odeur qui est enterrée au fond de sa mémoire. Une petite odeur d'os de poulet et de bouillon de boeuf. Ou peut-être de steak saignant. C'est l'odeur que cette honte de mari ramène sur lui tous les jours. Elle réalise avec horreur qu'elle est peut-être toujours dans leur maison.

Allen II pousse un morceau de bâche et entre dans la pièce. Il porte une blouse de médecin et un tablier rouge. En regardant mieux, Olga se rend compte que le tablier était autrefois blanc et qu'il a été tâché d'un liquide cramoisi. Comme d'habitude, il ne sourit pas.

"Comment te sens-tu, #996 ?"

Olga suit son regard vers son torse, qui est couvert de pansements. "J'ai mal." Elle ne relève pas le nom qu'il vient de lui donner.

"C'est normal. La douleur va durer." Son mari s'approche d'elle.

Elle a un mouvement de recul instinctif, ce qui lui fait encore plus mal. "Allen, il est en sécurité ?

Allen II penche la tête sur le côté, la regardant. "Ce nom n'est plus le sien. Il est #995 désormais." Les coins de sa bouche se soulèvent imperceptiblement. "Allen s'occupe de lui en ce moment."

Les larmes commencent à envahir les yeux de Olga. "Je ne comprends pas."

"Tu n'as jamais compris." Il est à côté d'elle, examinant ses pansements. "Tu as toujours été trop simple d'esprit pour comprendre. Ce n'est pas grave. Tu verras bientôt le résultat. Tu en fais partie maintenant."

Olga veut désespérément s'éloigner mais n'en a pas la force. "Où suis-je ?"

"Tu ne reconnais pas la cave ?" Il appuie sur son torse et elle sent une vive douleur, mais ne bouge pas. "Bien sûr, tu n'as jamais été autorisée à y descendre. Père l'a conçue. Elle est insonorisée. Elle a trois pièces, assez pour en stocker quelques-uns. La cave de mon cabinet est beaucoup plus grande. J'en ai dix stockés là-bas."

"Dix quoi ?" Olga est soulagée lorsqu'il ne la touche plus.

"Numéros. Ou personnes, je suppose qu'on peut les appeler comme ça. C'est là-bas qu'est #995 maintenant. Malheureusement, tu ne le rejoindras pas. Il vaut mieux qu'il te croie morte. Ca aidera pour briser son mental." Il se tourne dos à elle et enfile une paire de gants. "C'est le premier de Allen. Il lui a déjà enlevé une main. Il était un peu plus brouillon que je ne l'aurais voulu, mais c'est sa première fois."

Olga a du mal à respirer. "Je ne comprends pas. Est-ce que Allen est vivant ?"

"Le garçon auquel tu fais allusion, notre fils aîné, s'appelle #995 maintenant. C'est le nom qu'il aurait dû avoir dès le début. C'est son numéro." Il enfile un masque chirurgical sur son visage. "L'homme qui continue notre lignée à présent est notre plus jeune fils. Il m'a prouvé au cours de ces derniers jours qu'il mérite de s'appeler Allen."

Allen II sort une seringue de quelque part dans sa blouse. "Je dois encore recoudre quelques-unes des plaies qu'il t'a faites. J'ai utilisé des agrafes mais ça ne tiendra pas très longtemps. J'aurais dû le faire il y a plusieurs jours mais tu étais endormie. Je voulais attendre pour que tu puisses sentir la couture."

Olga sent ses émotions quitter son corps. "Pourquoi tu ne me tues pas simplement ?"

Allen II la regarde comme si elle était folle. "Tu fais partie des 1% maintenant. Tu as enfin un but. N'es-tu pas heureuse ? On va faire quelque chose de toi. Tu ne seras plus inutile."

Olga ferme fort ses yeux. Peut-être qu'elle peut retourner dans la pièce sombre. Elle sent la brûlure de l'aiguille dans son bras. Mais son esprit s'éloigne, il retourne en Allemagne. Elle et Ally se tiennent la main sur le banc qui est dehors, devant leur cottage. Leur petite fille roucoule dans son berceau. Le soleil se couche. Ally se penche et murmure quelque chose de gentil dans son oreille.

Mais c'est le souffle chaud de Allen II qu'elle sent dans son cou. Il dit "Je vais te guérir complètement, et ensuite te démonter morceau par morceau. Je pense que je vais commencer par ces grosses saucisses Allemandes que tu appelles des doigts."
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Alena est dans sa chambre, jouant joyeusement avec son amie, Rhi. Elle a l'air d'un ange, drapée dans plusieurs foulard et ses cheveux coiffés en deux longues tresses. Rhi ne tient pas la comparaison. Elle est petite pour son âge, et dégingandée. Les deux enfants ont sept ans, mais Rhi pourrait passer pour une petite de quatre ans. Elle est maigre et ses côtes sont visibles sous sa peau. Ses cheveux sont sombres et son large nez occupe presque tout son visage. Alena, au contraire, et une belle petite blonde. Ses traits sont doux et ses yeux sont grands et brillants. Les deux enfants sont complètement différentes mais arrivent quand même à apprécier leur séance de jeu hebdomadaire.

Alena est la meneuse du duo, inventant toujours de nouvelles aventures magiques. Rhi est juste contente de participer. Ce jour-là, Alena dirige une grande armée et Rhi fait partie de ses soldats. Elles mènent une terrible bataille contre ses Barbies.

"Nous triompherons !" Crie Alena, brandissant un coussin comme s'il s'agissait d'une splendide épée.

"Oui," dit Rhi, bien plus calmement.

"Oh non, l'ennemi est sur nous." Alena prend toutes ses poupées dans ses bras. "Attention !" Puis elle lance une par une les poupées sur Rhi, qui essaie de les esquiver avec son coussin. Mais Alena en lance une juste un peu trop fort et elle atteint Rhi à la tempe.

Rhi laisse tomber son coussin et attrape sa tête en pleurant. Alena laisse tomber ses poupées, inquiète. "Je suis désolée Rhi !" Est-ce que ça va ?" Elle se précipite près de son amie. Rhi est penchée en avant, des larmes tombant sur son t-shirt gris.

"Je vais chercher ma maman." Alena reste un moment en retrait, voyant apparaître quelques gouttes de sang près des cheveux de Rhi. Alena a déjà vu du sang, mais celui qui s'écoule de la tête de Rhi lui fait un drôle d'effet. Elle se débarasse de ces pensées et accourt vers la chambre de ses parents.

Elle se précipite à l'entrée de la pièce et trouve sa mère debout dans un coin, face au mur. Tout est silencieux. Sa mère se tient si près du mur que son nez frôle la peinture blanche. Alena a l'habitude de trouver sa mère dans cette position. Elle fait ça tout le temps, à moins qu'elle ou son père n'aient besoin d'elle.

"Maman, Rhi saigne." Alena n'entre pas dans la pièce. Elle n'a pas le droit de mettre un pied dans la chambre. Son père lui a dit que c'était réservé aux adultes. Tout le monde respecte les règles instaurées par son père.

Sa mère se retourne lentement, clignant des yeux. Elle la regarde comme si elle sortait d'une transe. Mais après quelques secondes elle affiche ce grand sourire artificiel sur son visage, que Alena connaît si bien. "Oh non," dit doucement Theresa. "Que s'est-il passé ?"

"On jouait et sans faire exprès j'ai... elle s'est fait mal sans faire exprès." Alena rougit et regarde ses pieds.

"Ne t'en fais pas, je suis sûre qu'elle va bien." Theresa sort de la chambre et suit Alena dans la sienne. Rhi est toujours penchée, pleurant en silence. Elle ne lève pas la tête quand elles entrent.

"Tu es blessée ?" La voix de Theresa est étrangement monotone. Elle ne crie jamais, ni ne montre d'émotions. Elle s'est entraînée à garder dans sa voix une pointe d'intérêt tout féminin. Alena n'en sait pas plus et donc ne trouve pas ça étrange du tout.

Rhi ne répond pas, mais acquiesce silencieusement. Alena s'agenouille à ses côtés. "Je peux voir ?" Sa curiosité enfantine est piquée.

Rhi déplace à contrecoeur ses cheveux vers l'autre côté pour révéler une petite entaille sur sa tempe. Ce n'est pas profond et a juste coupé un peu la peau. Alena ressent l'envie de toucher, mais sait que ce n'est pas correct, et ne le fait donc pas.

Theresa fait claquer sa langue. Le bruit semble démesurément dur. "Ce n'est rien." Rhi garde les yeux baissés. Elle n'aime pas la maman d'Alena.

"Je sais, tu peux avoir un de mes pansements de princesse !" Alena bondit d'excitation. "On peut jouer au docteur et je peux te soigner ! Mon papa est docteur. Il soigne des gens tout le temps."

Le regard de Theresa est sans vie. "Bien, il semble que vous ayez trouvé une solution." Elle s'en va, s'éloignant sur la pointe des pieds. Elle va sûrement retourner dans son coin et regarder le mur.

Alena est radieuse. "Je suis le docteur Alena et je vais te soigner !"

Rhi reniffle. "Non c'est bon, ça va." Elle cache son egratignure avec sa main et s'éloigne un peu de l'autre petite fille.

"Pourquoi ? Tu crois pas que je peux te soigner ?" Alena fait la moue. "Mon papa est le meilleur docteur et moi aussi. On a juste besoin d'opérer."

Rhi a reculé jusqu'au lit, les yeux grands ouverts et effrayée. "Non, s'il te plaît."

Alena fronce le nez, confuse. "Je vais pas te faire mal."

Rhi essaie de se relever. Alena se lève aussi et pose ses mains sur les joues de Rhi. Elles sont rouges et brûlantes. "Tu me fais confiance, non ?"

Rhi fronce les sourcils mais ne s'éloigne pas. "Oui. Oui d'accord."

Alena sourit à nouveau et se précipite vers la salle de bain pour récupérer ses pansements de princesses Disney. Elle en choisit un avec Belle, sa princesse préférée. Quand elle était plus jeune, elle pouvait regarder La Belle et la Bête encore et encore jusqu'à s'endormir devant l'écran. Alena attrape le pansement et sautille jusqu'à sa chambre. Elle la trouve vide. "Rhi ! Rhi !" Elle appelle et cherche partout dans la pièce. Elle va jusqu'à la chambre de ses parents, où sa mère se tient dans sa position habituelle. "Maman, tu as vue Rhi ?"

"Non." Theresa ne se retourne même pas.

Alena regarde dans toute la maison mais ne trouve Rhi nulle part. Son père est assis dans la bibliothhèque mais elle ne le dérange pas. Elle ne préfère pas. A regret, elle retourne dans sa chambre. Elle est agacée. Elle s'asseoit sur son lit, les jambes pendantes. C'est à ce moment là qu'elle entend éternuer sous le matelas.

Elle se laisse tomber par terre et crie, "Je t'ai trouvée !" Elle tire Rhi par la cheville alors que Rhi essaie de s'échapper. Alena n'est pas habituée à ce genre de jeu, mais elle s'amuse quand même. Elle est plus grande et plus forte que Rhi, donc elle finit par réussir à la tirer de sous le lit. Une fois qu'elle est sortie, Rhi s'immobilise.

"Si tu voulais jouer à cache-cache, il fallait le dire !" Alena rit. "Ton pansement princesse peut attendre je suppose, je vais me cacher !"

Rhi ne dit rien. Elle regarde derrière Alena, vers le couloir. Alena tourne la tête et voit son père qui se tient là. L'ombre d'Allen n'est pas grande mais tout de même oppressante. Alena sourit. "Coucou papa !"

"Bonjour." Son père n'entre pas dans la chambre. "Que se passe t'il ?"

"On jouait au docteur, mais Rhi a commencé à se cacher. Mais je l'ai trouvée !" Alena sourit Rhi commence à frissonner.

"Je me cachais pas, on jouait !" Rhi essaie de se calmer mais n'arrête pas de trembler.

Allen ne quitte pas sa fille des yeux. "Je pense qu'il est temps que Rhi rentre chez elle."

"Oh non, déjà ?" Alena hausse les épaules et se lève. Elle aimerait aller vers son père pour lui faire un câlin, mais sait qu'elle ne peut pas. Donc à la place, elle tire Rhi vers elle et lui fait un énorme câlin. "Je t'aime, Rhi. On se voit Dimanche prochain."

Le père d'Alena fait signe à la plus petite des deux fillettes, qui avance lentement vers lui. Alena a déjà commencé à ranger ses Barbie comme si elles étaient dans une salle de classe. Allen pose une lourde main sur l'épaule de Rhi alors qu'ils traversent la maison et se dirigent vers la voiture. Des larmes coulent sur les joues de Rhi.

"Qu'est-ce que je t'ai dit à propos du fait d'essayer de te cacher ?" La voix de Allen est glaciale. Rhi ne dit rien. Sa prise se resserre sur elle. "Si tu ne te tiens pas tranquille, je vais devoir mettre fin à ton temps avec Alena."

"S'il vous plaît, non." Rhi essaie de le regarder mais il lui prend le menton pour l'obliger à continuer de regarder devant elle.

"Je vais devoir trouver un nouveau compagnon de jeu pour Alena. Peut-être ta petite soeur, #1343. Elle est bientôt prête à servir de toutes façons."

L'homme et la petite fille sortent de la maison. Alena les regarde par sa fenêtre et leur fait signe de la main, mais personne ne la voit. Rhi montant dans la voiture de son père est la dernière image qu'elle aura d'elle.

Jusqu'à onze ans plus tard, quand Alena se retrouvera face à face avec l'enveloppe émaciée de son ancienne amie, tout au fond de la tanière de son père.
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Les femmes fixent le sol de la salle d’opération. Elles sont habitées à ce sol. Chaque carreau blanc est un carré parfait. Ca doit être reposant pour quelqu’un capable de ressentir le calme.
Theresa est épuisé. Elle a passé toute la journée debout dans la chambre, comme elle le fait habituellement. Alena était rentré du collège un peu plus tôt, elle avait donc dû préparé un collation et à dîner. Et, comme chaque mercredi soir, elle accompagna son mari au travail en tant qu’infirmière.
#1302 lui rappelle qu’elle est son infirmière et Theresa, uniquement sa femme. #1302 n’apprécie pas particulièrement assister aux projets du médecin. Mais cela lui permet de se détaché légèrement de la douleur continuel qui secoue son corps.
Brittney déteste cet endroit. Elle ne peut pas se parler ici. Elle est coincée ici.
Le médecin est en bas, choisissant sur quel numéro travaillait aujourd’hui. Il prend son temps. Theresa espère que c’est une femme. Il y a quelque chose à propos de l’agonie des autres femmes qui la laisse de sang-froid. La semaine dernière, il a terminé de coudre sa perruque sur le cuir chevelure d’une femme qui travaillera dans son bureau. Elle tenait sa tête droite pendant que Allen la perçait de son aiguille encore et encore. La femme ne s’est pas débattue. Ils ne le faisaient jamais à ce stade.
Tout comme #1302 ne luttait pas quand le docteur l’opérait. La procédure la plus récente se résumé à une large greffe de peau sur sa cuiise. Il disait qu’il avait besoin de cette peau pour le visage de quelqu’un d’autre. Le pelage était si douloureux que Brttney s’était presque évanouie. #1302, toujours obéissante, refusa de se laisser aller.
Les femmes peuvent entendre les pas de #995 et de leur mari chargeant un corps. La personne semble étonnement alerte et forte. Peut-être est-ce un nouveau projet. Généralement, les seuls sons présents sont ceux des brancards et des hommes soulevant des corps lourds. Mais cette fois, elles peuvent entendre quelqu’un grinçant derrière un bâillon.
Les femmes reculent tandis que le brancard est tiré sur les marches menant à la tanière. #995 grogne bruyamment. Ils soulèvent le chariot de la trappe au sol de la salle d’opération. La personne sur le brancard est couverte par une bâche bleue. En-dessous, la silhouette se débat et tente de se libérer.
#1302 regarde le docteur avec espoir. Elle est patiente et attendra ses recommandations.
Theresa regarde son mari d’un air absent. Elle est dégoûtée par l’odeur de la tanière qui se cramponne à la forme sur le chariot. Brittney tente de prétendre qu’elle est ailleurs.
Le docteur ne sourit pas, mais il bouge avec excitation. Ce n’est pas quelque chose auquel les femmes sont habituées. « #1302, j’ai une surprise pour toi. »
#1302 redresse la tête. « Oui, docteur ? »
#335 se glisse hors de la pièce sans que personne ne le remarque. Il ne veut pas être témoin de ce qui va arriver.
Le docteur pousse #1302 pour la positionner au bout du brancard. Il bouge son bras et sa tête de manière à ce qu’elle regarde directement sous la bâche dissimulant le corps. Il a cessé de se débattre et respire difficilement, essayant juste d’inspirer suffisamment d’air. Un sentiment étrange tire sur son cœur.
Les recoins de la bouche du docteur frémissent. Il retire le drap tel un magicien et l’envoi valser au loin, révélant l’homme qui est en-dessous.
L’homme est ligoté et bâillonné, ses yeux sont rouges. C’est un homme mince. Ses côtes ressort dans différents angles. Il est nu. Son pénis est enroulé dans une sorte de bidule fait de fils barbelés. Mais son visage… Son visage est parfait. Il a des traits complètement symétriques. Et ses cheveux sont toujours magnifiques malgré la sueur.
Brittney laissa échapper un gémissement. « Greg… »
Le docteur s’autorise finalement un sourire « Plus maintenant. Il est #1470 désormais. »
#1302 garde ses mains sur ses hanches. Ses poings sont si contracté qu’elle doit utiliser tout son self-control pour desserrer ses doigts.
« Comment puis-je vous assister docteur ? »

Brittney hurle intérieurement. C’était le batard qui les avaient mit là. C’était l’homme qui leur avait volé leur vie.
Theresa ressent une haine curieuse.
Le médecin bouge en direction de ses outils chirurgicaux et prend un long scalpel. Il danse dans sa main. Il le balance au-dessus de #1470 qui essai de crier mais son bâillon est trop serré « Tu sais #1302, j’ai vraiment apprécié ton travail dernièrement. Ton assistance dans la salle d’opération à été d’une immense aide. »
#1302 ne répond pas. Les femmes observent le scalpel bouger dans les airs près du visage de Greg, priant pour qu’il tombe.
Le docteur semble content. « J’ai décidé de te laissé faire la première entaille. »
Soudain, Brittney se tait. Pour la première fois depuis des années, elle ressent de l’excitation. Les deux autres femme lutte pour le contrôle mais c’est Brittney qui tend la main, prête à saisir la lame. Le docteur lui donne gentiment.
« La seul chose que je te demande est de ne pas le tuer, peu importe combien tu en as envie. »
Brittney se dirige – déterminé – au-dessus du visage de Greg. Ses yeux la supplient. Elle réalise qu’il ne la reconnait pas. Ca à du sens ; son apparence physique est incroyablement différente de quand il l’avait vendu au docteur. Mais ses yeux sont les mêmes. Elle bloque son regard. L’expression de son visage passe de l’excitation au mépris. Greg le remarque et commence à trembler.
Un large sourire se propage sur le visage de Brittney.
D’un mouvement souple Brittney entaille la peau de sa pommette gauche. Greg hurle contre son baillions mais est incapable de faire quoi que ce soit. Le docteur s’avance pour lui prendre le scalpel mais elle frappe à nouveau, lui coupant la joue droite.
« #1302, Donnes moi le scalpel. » Gronde le docteur d’un ton ferme et irrité.
Brittney ne lui adresse même pas un regard. A la place, elle fait trois rapides entailles sur les lèvres de Greg. Une piscine de sang s’écoule de ses blessures. Il pleure et lutte contre ses liens. Brittney ne peux pas s’arrêter de sourire.
Le docteur fait un pas en arrière. Il réalise que c’est un autre aspect de la transformation de #1302. Il regarde avec attention.
Brittney se rapproche du visage de Greg. Elle prend sa joue ensanglanté d’une main et de l’autre commence à scier son nez. Le sang commence à couler dans sa gorge et il peine à reprendre son souffle. Il faut moins d’une minute à Brittney pour retirer complètement son nez. Elle le jette sur le sol comme un déchet.
Elle regarde son travail. Le visage de Greg est méconnaissable. Il est en état de chaque, à peine conscient et perdant toute capacité à respirer. Pour la première fois de sa vie, elle se sent en paix.
#1302 reprend le contrôle et laisse le scalpel tomber sur la poitrine de Greg. Elle se tourne vers le docteur, horrifié par sa désobéissance. « Je suis désolé, docteur ».
Le docteur récupère le scalpel et se pivote en direction de #1302. « Ca suffit. Nous devons dégager ses voies respiration sinon il mourra. » Il fit une pause, l’étudiant. « Et si il meurt, nous seront incapable de travailler sur lui à nouveau. »
Theresa ne s’est jamais sentit proche de son mari. #1302 ne s’est jamais sentit moins sur d’elle. Il y a un espace vide dans leur corps. Les deux femmes réalisent que Brittney n’est plus avec elles désormais.
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )

Allen II ne croyait pas en la nostalgie. Pour lui, c'était du gaspillage. Quand son esprit dérivait vers des souvenirs de son enfance, il s'occupait rapidement pour éviter quelque émotion inutile. Son père avait l'habitude de lui expliquer que les émotions étaient la racine de la fainéantise. Allen II faisait de son mieux pour ne rien ressentir, même si l'admiration écrasante qu'il avait pour son père était inévitable.

Il s'assit sans son fauteuil dans le salon, les yeux fixés sur le journal. Un feu brûlait dans la cheminée. Il s'autorisa à apprécier brièvement les vagues de chaleur sur ses extrémités avant de retourner à sa lecture. Il lisait la rubrique nécrologique, comme d'habitude. C'était ce qui se rapprochait le plus d'un divertissement, pour lui. Il ne sourit pas lorsqu'il vit un visage familier dans la colonne, même s'il aurait pu. La femme souriait sur la photo. Il n'avait jamais vu son sourire avant.

Olga descendit les escaliers, ses pieds claquant sur le sol. Il ne se tourna pas pour la regarder. Il savait à quoi elle ressemblait ; ses cheveux seraient relevés en chignon. Son visage, autrefois joli, serait renfrogné. Pendant un instant il repensa au jour où il l'avait rencontrée ; le jour de leur mariage. Son père l'avait encouragé à épouser une Allemande. "Quelque chose de jeune," avait-il dit, sa voix chargée se son héritage Polonais. "Jeune et Allemande. Quelque chose qui nous permettra de faire notre travail, peut-être même aimer ça."

Olga avait quinze ans quand ils se sont mariés. Allen II en avait trente. Il avait déjà fini l'école de médecine et s'épanouissait dans sa pratique. Ses patients appréciaient ses manières franches et sa façon d'aller droit au but. Lui, bien sûr, méprisait tous ses patients normaux. Il n'y avait que les 1% qui l'intéressaient.

Allen II se rendit compte qu'il se perdait dans ses souvenirs et secoua violement la tête. Olga s'approcha de lui, hésitante.

"Kann ich dich fragen-"

"En Anglais !" Allen II ne leva pas la voix, mais son ton fit presque pleurer Olga.

"Oui. En Anglais. Désolée." Elle était en Amérique depuis douze ans. Douze ans d'examen minutieux de son accent. Allen II lui avait appris l'Anglais en la frappant. Mais même avec cette brutalité, il lui arrivait de se laisser aller. "Je voudrais acheter un cadeau pour Allen. Je peux utiliser le chéquier ?"

Allen II se moqua d'elle, ne levant pas les yeux de son journal. "Tu l'infantilises. Si il veut reprendre l'affaire familiale il faut qu'il soit un homme. Il n'a pas besoin de cadeau."

"Mais il n'a que neuf ans !" Olga rêvassait souvent à s'échapper avec son fils, trouver un moyen de retourner en Allemagne pour y vivre leur vie ensemble. Peut-être qu'ils adopteraient une petite fille et l'élèveraient ensemble.

"Quand j'avais neuf ans, j'assistais mon père dans la salle d'opération. Ton fils peut à peine tenir un couteau pour couper son dîner." Allen II leva enfin les yeux et regarda sa femme. Elle était belle. D'autres hommes se sentiraient honorés d'avoir des enfants avec elle. Mais tout ce qu'elle avait produit était un fils à maman et un ingrat. "Par ailleurs," dit-il froidement, "j'ai dépensé nos dernières économies dans un nouveau cabinet. Il a l'espace de stockage que je cherchais."

"Mais c'est Noël !" Olga voulait tellement être une bonne mère.

"Noël est une fête inutile pour les hommes gras et les enfants fainéants." Il jeta son journal au sol et se leva.

Allen II n'autorisait pas de décorations dans la maison. Il pensait qu'elles étaient excessives et superflues. Allen II détestait tout ce qu'il trouvait superflu, comme les desserts, la musique, les filles, la conversation. Noël avait toujours été une période morne dans la famille Allship. Cette année ne serait pas différente.

Allen II n'avait pas l'intention de frapper sa femme, mais elle se recroquevilla quand même. Elle était si faible, contrairement à la qualité Allemande que son père voulait pour lui.

Olga essuya une larme. "Est-ce que je peux au moins le sortir de la cage maintenant ?"

Les deux adultes regardèrent en direction de la cuisine, où Allen III était assis silencieusement dans une caisse pour chien. Allen II l'y avait mis plus tôt ce matin-là car il avait renversé du lait sur le comptoir. En toute honêteté, il avait complètement oublié le garçon.

"Très bien, laisse le sortir. Tu sais où sont les clés." Il se rassit lentement, regardant le feu.

"Maman, tu peux me laisser sortir moi aussi ?" Une petite voix l'appela depuis la cuisine. C'était James, l'ingrat. Il était dans sa caisse depuis un jour et demie. Ca puait là-dedans. Pendant les premières heures, il s'était lamenté et s'était jeté contre les barreaux. Mais il avait fini par se calmer et s'asseoir aussi sagement qu'il le pouvait, se balançant d'avant en arrière. "S'il te plaît, Maman ?"

"Ne m'appelle pas comme ça." Olga avança vers Allen III, ouvrit la porte et le prit dans ses bras. Elle lui chuchota quelque chose à l'oreille.

James pressa son visage contre la porte. "Mais Maman, je-"

"Tu peux bien pourrir ici, pour ce que j'en ai à faire." Olga prit la main d'Allen III et l'entraîna hors de la cuisine. Elle allait l'emmener dans la salle de bain à l'étage pour leur bain du soir.

James les regarda s'éloigner, abattu. Il allait pleurer quand son père vint dans la cuisine et se tint au dessus de lui. Il ne regardait pas son père dans les yeux. Il avait peur de son père. Celui-ci souriait presque, savourant la peur dans le regard de son fils.

"Tu veux sortir ?" demanda t'il calmement.

"Oui, s'il te plaît." James essaya d'empêcher sa voix de trembler.

"Tu sais, quand j'avais ton âge, j'avais déjà tué trois hommes. Mon père m'a montré comment faire. J'ai tué le premier avec un couteau. Le second avec une hâche. Et le troisième avec un marteau. Mon père m'a regardé faire, puis a corrigé ma technique." Allen II baissa les yeux. "Tu veux tuer un homme ? J'en ai un attaché dans mon bureau en ce moment même."

James ne trouvait pas les mots pour répondre. A la place, il commença à se pisser dessus de peur. Il tremblait comme une feuille pendant que l'urine faisait une flaque autour de ses pieds.

"C'est bien ce que je pensais." Allen II tourna le dos à la cage et retourna dans l'autre pièce. Il se rassit dans son fauteuil, leva le journal, et lut l'article sur la femme qu'il avait enlevée trois ans auparavant. Sa famille avait finalement accepté le fait qu'elle soit morte. Ils avaient diffusé sa nécrologie avec une photo d'elle, souriante. Allen II faillit rire. Qu'est-ce qu'ils feraient si ils savaient qu'elle était vivante, se rétablissant dans la cave humide qu'il avait créée sous son cabinet ? L'investissement dans ce cabinet était nécéssaire ; il avait besoin des cellules qui se trouvaient sous son lieu de travail pour pouvoir continuer le travail de son père sans risquer d'être découvert.

La femme souriante était la première patiente qu'il avait mise dans sa nouvelle cave. Il pouvait l'imaginer maintenant, allongée sur le lit de camp en metal, se remettant lentement de sa greffe de visage. Son nouveau visage était plus doux et plus blanc, moins Juif. Elle serait bientôt parfaite.

Il soupira profondément, ignorant les pleurs de son fils dans l'autre pièce. Sa nouvelle cave était ce qui se rapprochait le plus d'un cadeau de Noël pour Allen II. Il s'autorisa à contrecoeur à l'apprécier.
[C1] X ( - ) ; [C2] X ( - )
________________


Hossana meus, fortuna deus,
Protego Bescherelle in sanctus.


Hic veni da mihi, mortem iterum,
Insania ad noctis, Grammarheim in caelum.

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PostPosted: Sun 24 Nov 2019 - 11:45    Post subject: Publicité

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